TI INTRODUCTION
c qoieu et ses ouvrages, i Enfin M. Guizot m'a écrit, le li septembre 1871 :
Voas avez bien raison d'étudier à fond et minutieusement tout ce qui se rapporte à Montesquieu.
De tous les grands esprits du dix-huitième siècle, il est, je croîs, celui qui restera le plus grand dans tous les siècles, et duquel notre siècle en particulier a le plus à apprendre etie moins à désapprendre.
Caton rAncien avait composé des Antiales^ pleines de faits, de lois et de batailles, sans y mettre le nom d'aucun citoyen, rapportant à Dieu et à la patrie tous les services rendus.
Peu à peu, à mesure qu'on a cru moins aux principes, on a cru davantage aux hommes, et le progrès a changé le style des auteurs. Aujourd'hui, dans notre société cosmopolite et athée, l'égoîsme a fait naître la biographie qui est la glorification de l'individu.
Une nouvelle cause a développé ce genre de littérature. Depuis que l'histoire a cessé d'être un art pour devenir une science, l'érudition nous a montré que les détails ont leur importance , et que la vie des grands hommes est le commentaire le plus pathétique de leur temps et du genre qu'ils ont illustré.
Les Anglais ont consacré deux volumes à un des
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marins qui ont tenté de découvrir le passage du pôle nord ; les Allemands ont fait une Vie de Jésus pour établir que Jésus-Christ n'a jamais existé; la mode en Italie est de s'occuper des musiciens célèbres» et chez les Espagnols de peindre les grands ascètes. Nous, nous préférons nous occuper des militaires , depuis la chanson de Roland jusqu'à l'histoire de Napoléon.
Quelques écrivains prennent pour sujets des inventeurs, ceux-ci des poètes, ceux-là des princes, beaucoup des actrices.
Nulle part, même en France, il n'y a personne, ni magistrat, ni publiciste, ni docteur es lettres ou en droit, qui ait entrepris un travail biographique sur Montesquieu '. Depuis longtemps des maîtres delà critique s'en sont plaints.
D'après l'un ^, le mal vient de ce qu'il vécut alternativement trop dans la solitude ou dans la société, tantôt avec les gens du monde, tantôt avec les paysans, peu avec les écrivains : prudence fréquente ches les moralistes, qui aiment mieux être observateurs
1. Pendant que J'achère d'imprimer ee Tolome, on me aig^nale, dans V Université catholique ^ une c Ëtude surnn gnnd homme du dixhuitième siècle, * qui n'est autre que Montesquieu, par M. Algar Grl- ▼eau. Ldè huit articles parus de 1839à 1842, dans cette reTue, sont pleins de recherches, mais ils ressemblent plutôt à une réfutation théologique qu*à une histoire de notre auteur.
3. Auger, Vie de Montesquieu, dans les Œuvres complètes de Hohtesqniett, Paris, I.erebvre, 1820.