INTRODUCTION. IX
légende de Montesquieu s'est formée d'une façon qui a besoin d'être expliquée.
Il était d'usage, sous l'ancien régime, dans les grandes familles de robe, que le fils aîné composât la vie de son père. C'était une espèce de discours qui servait moins à faire connaître un personnage qu'à présenter à ses enfants et à ses collègues un modèle des vertus domestiques et parlementaires.
Le hasard protège toujours les chercheurs ; M. Lefèvre, marchand d'autographes, qui le tenait sans doute de Villenave, rédacteur des Annales politiques, m'a vendu un manuscrit ^ de vingt pages in-8** intitulé : Mémoire pour servir à Véloge historique de M, de Montesquieu par M. de Secondât son fils, et daté du 4 avril 1785. Ce document réunit les conditions du programme ; Sem et Japhet n'en ont pas usé autrement vis-à-vis de leur père ; chacun doit en faire cas. Ma seule peine est qu'il ait servi de base à tout ce qui a été écrit sur Montesquieu.
Je n'ose pas dire que M. de Secondât, homme soigneux de la gloire de sa maison, ait envoyé des copies de sa notice à tous les auteurs qui lui en demandèrent Pourtant Dreux du Radier s'en prévaut dans ,1a table du Journal de Verdun; d'autres le firent croire
1. Voir, sar ce manuscrit, lUnntfe littéraire^ 1776, t. VI, et la Notice qui précède les Œuvres de Montesquieu éditées par Belin, 2 vol. Pari», 1817. — Il est imprimé infra pour la première fois.