‹ Histoire de MontesquieuChapitre 112 sur 274 · CORRECTIONS DU P. CASTEL · texte numérisé non relu

CORRECTIONS DU P. CASTEL

^ On Timprimait en Hollande par l'intermédiaire de l'ambassadeur. Le P. Castel recevait à Paris les feuilles en première épreuve et usait du droit qui lui avait été donné par l'auteur. Au XXII» chapitre, un ami conunun voulut « réprimer sa liberté. » Montesquieu, pris pour juge, approuva les observations de son prote de conscience, en fit même quelques autres ôt lui demanda d'aller jusqu'au bout du volume. La lettr^ adressée alors par le Jésuite à l'auteur contient des passages curieux ' .

« Monsieur, je n'aurois pas voulu tant de correctifs et de ménagements dans votre ouvrage. I] me paroit qu*il n'y avoit de "bien pressant que les deux derniers endroits qui regardoient ou qui sembloient regarder Tautorité spirituelle de l'Église, et tout au plus les termes de monachal et de monachisme,,. Je ne puis cependant qu'applaudir au généreux parti que vous avez pris de tout adoucir... Parmi les correctifs que vous me faites l'honneur de me proposer, il y en a un qui dit : Le schisme des Grecs fut surtout pernicieux en ce que les troubles ne furent plus apaisés chez etix par VautorUé de VÈglise d'Occident, Ce n*est pas avec les Papes que ces paroles-ci pourroient vous brouiller, mais avec le clergé de France. Je passe peut-être le but et mon observation est trop raffinée; si vous disiez par Vautorité de VÉglise tout court, vous ne vous brouilleriez sûrement avec personne ; au lieu qu'en disant VÈglise 'dOccident, vous semblez donner au Pape rinfaillibîiité qu'on lui conteste dans ce pays-ci... Il est pourtant vrai que les personnes d'un certain ordre ne se permettent ces insultes et ces hauteurs que dans les conversations; et que tout ce qui en transpire dans le public ne vient

1. Charles Nisard, Mémoiret et Correspondaneet inédites^ in-t8. Paris, M.-Lévy, 1858, pp. 47-51.

io6 CHAPITRE XII.

que de la part de quelques petits auteurs ténébreux et anonymes, jeunes même et licencieux. »

Ces derniers mots visaient peut-être bien rauteuf des Lettres persanes, Montesquieu supprima la phrase soulignée et atténua les remarques sur les moines. Le double éloge du suicide * suscita plus de difficulté ; toutefois l'écrivain céda aussi sur ce point et l'ouvrage parut en Hollande « exempt de reproche, » tel que le P. Castel l'avait corrigé.

La première édition est intitulée : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décade72ce, à Amsterdam, Jacques Desbordes MDCCXXXIV. Le titre rouge et noir est orné, comme fleuron, d'un buste dans une cartouche accosté de deux tritons, qui embouchent la conque marine. Ce livre in-12 a des cartons pages 17 et 18, 121 et 122, 179 et 180, 199 et 200, et un errata.

Dans un second tirage, Montesquieu rétablit^ les articles anglo-romains sur Charles I" et Brutus, car « il y tenait un peu. Mais les magistrats et lui-même « les supprimèrent définitivement, » pour pouvoir imprimer l'ouvrage en France et obtenir le privilège du roi.

Enfin le livre parut à Paris, chez Huart; et le P. Castel en publia dans les Mémoires de Trévoux ^ deux grands extraits, précédés de l'éloge de l'auteur anonyme.

. 1. Comte de Champagny, Les Césars, t. IV, p. 188. 2. P. Castel, V Homme moral. To\i\o\x»e, 1756, ubîsupra»

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