LA FILLE DK MONTESQUIEU. IS'J
trait une prédilection manifeste? 11 existe de lui à elle, alors en pension au monastère de Paradis près du port Sainte-Marie, une correspondance dans laquelle il lui parle avec une grâce et une souplesse de style charmantes, d'un chat et d'un chien qu'elle aimait. 11 lui dit, au sujet des lettres que les sœurs lui dictaient :. « écris toi-même, ma chère fille; j'.aime mieux tes « petites niaiseries que tous les traits d'esprit que « ces dames peuvent te fournira » Sa personne^ était vive et gracieuse; sa figure très-agréable sinon très-jolie, et son caractère le plus enjoué du monde. Elle fut d'un grand secours à son père par les lectures qu'elte lui faisait pour soulager sa vue affaiblie. Du reste son instruction était assez grande pour que les livres les plus sévères, tels que Joinville et'Beaumanoir, ne la rebutassent pas, et elle trouvait moyen d'égayer leur vieux langage par des' saillies amusantes. Un poëte du pays ' lui avait, à la mode du temps, adressé, dans sa jeunesse, un madrigal qui finissait ainsi :
Des ouvrages de votre père Chacun vous juge le meilleur.
Quanta madame de Montesquieu, je rappelle pour la dernière fois qu'elle était calviniste. Sans doute l'époque n'était pas à la dévotion, mais on peut attri-
1. GhaudoQ et Delandine, Dictionnaire historique,- y^ Filz-Jumes.