L'ABBÉ COMTE DE GUASCO. «9Ô
ces rois, les satellites de ces soleils. Descartes avait eu le P. Mersenne, Boileau avait Brossette, Buffon Leblanc, et Montesquieu Tabbê comte de Guasco ^ . Ce riche et noble Piémontais, né en 1712, avait failli, dans sa jeunesse, devenir aveugle à force d'étudier. Après sa guérison, la reconnaissance lui fit em^ brasser l'état ecclésiastique, mais il l'embrassa sans s'astreindre à la résidence. Il vint à Paris en 1738. C'est sans doute à cause de lui que Montesquieu disait ^ : « Les Italiens font tableau quand ils parlent, et leurs expressions semblent avoir de la couleur. » Cette qualité, jointe à une érudition agréable, le fit distinguer du futur autçur de YEsprit des Lois. Alors, parti pour quelques jours à Bordeaux, à La Brède ou à Clairac, il y passa des mois entiers chargé des aumônes de la baronne, qui était calviniste, confesseur de sa fille, qui était catholique, et conseil de son hôte, qui était à l'occasion calviniste et catholique. Le reste du temps était consacré à composer des vers, à traduire du russe, à briller dans les salons de mesdames Geoffrin ou d'Aiguillon, à faire des voyages, à concourir pour l'Académie des inscriptions qui le nomma membre étranger, sans oublier l'administration de son abbaye de Tournaye. Il est mort, en 1781, dans son pays, près de sa sœur, béni des pauvres, après avoir publié la plus grande partie
1. Académie des inscriptions ^ 1785, l. XLV; -^ La Harpe, Corres~ pondanccy lettre 33 ; — Grimm, Correspondance^ édit. Tourneux.