‹ Histoire de MontesquieuChapitre 150 sur 274 · ARISTOTE ET PLATON · texte numérisé non relu

ARISTOTE ET PLATON

Platon ]a remplit par une méthode plus facile encore : la famille et la propriété sont des institutions qui attachent l'individu, il les abolit, et mit à la tête du gouvernement des philosophes chargés de maintenir cette ruche d'abeilles dans leurs alvéoles. Malgré sa république, où manque l'initiative humaine, ce théoricien est grand; c'est que, avant les autres pubUcistes, il a montré qu'une Constitution pondérée est la seule garantie de la liberté ; il a exigé que les législateurs donnassent les raisons de leurs lois, et il a réclamé que la société ne se contentât pas de punir les coupables mais cherchât à les corriger.

Si Platon a fondé la politique idéale, Aristote a fondé la politique expérimentale * .

Le grand principe de celui-ci est l'utiUté. Dans son livre, il enseigne conmient les hommes doivent se conduire sous les diverses espèces de gouvernement, moins pour le réformer que pour en tirer le meilleur parti possible. La méthode d'observation . qui lui a révélé tant de lois profondes et expliqué la raison de tant de faits, sans tenir compte de la justice absolue. Ta conduit à mépriser le travail manuel et à admettre l'esclavage ; mais ces erreurs sont peut-être moins celles de son esprit que celles de son temps. D'aiUeurs, l'ouvrage d' Aristote débute par une in-

1. Aristote voulait satisfaire tantôt sa jalousie contre Platon, tantôt sa passion pour Alexandre. Platon était indigné contre la tyrannie du peuple d* Athènes.

Esprit des Lois^ 1. XXIX, ch. xix.

troduction consacrée au droit naturel et à la critique de ses prédécesseurs. Il pose ensuite les principaux problèmes de la science politique : tels que les théories de la souveraineté, de l'exécution et des révolutions, avec l'analyse des diverses espèces de gouvernements. Selon lui, la noblesse et le peuple, les riches et les pauvres, les forts et les faibles sont deux ennemis naturels, aussi incapables d'obéir que de commander, qui ont le même goût pour la tyrannie. Les uns veulent partout l'inégalité, même là où elle est injuste ; les autres veulent partout l'égalité, même là où elle est impossible, s'agitant entre une inégalité arbitraire et une égalité violente. De là viennent toutes les révolutions : celles du peuple dans les démocraties, celles de la noblesse dans les aristocraties. Pour obvier à ces révoltes, il faudrait qu'aucun régime n'abusât de son principe, que dans la démocratie le peuple ne s'occupât que de l'intérêt de la noblesse et que dans l'aristocratie la noblesse ne s'occupât que de l'intérêt du peuple. Aristote, dans cette conjoncture, donne le pouvoir à la classe moyenne, qui lui paraît s'être toujours distinguée par la sagesse et qui est placée heureusement pour contre-balancer les projets despotiques de l'aristocratie et les penchants démagogiques de la démocratie. Tous ces principes sensés et pratiques se résument dans cette belle maxime d'une application éternelle : « L'autorité est d'autant plus durable qu'elle est moins étendue. »

C'est Cicéron et Polybe qui, en analysant les ressorts

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