‹ Histoire de MontesquieuChapitre 152 sur 274 · Montesquieu, Esprit des Lois^ liv. XXHI, ch. xxi · texte numérisé non relu

Montesquieu, Esprit des Lois^ liv. XXHI, ch. xxi

« vaut mieux laisser un crime impuni que de con- « damner un innocent. La peine a été établie pour « Tamélioration des hommes. La servitude est un état « contre nature. »

Cependant à chaque bout du monde, apparaissent deux systèmes de gouvernement qui ont particulièrement exercé la sagacité de Montesquieu.

En Orient, le Koran, adressé à des peuples idolâtres, indolents, voluptueux et guerriers, maintint l'esclavage, proclama l'infériorité de la femme sur l'homme, consacra la polygamie, promit des récompenses sensuelles dans l'autre vie, donna une forme religieuse aux lois hygiéniques, enseigna le fatalisme et prêcha la guerre sainte contre les étrangers au nom d'un Dieu unique. En échange de ces services, Mahomet devint prophète et transmit à ses successeurs le pouvoir le plus absolu dont l'histoire fasse mention.

En Occident, il paraît résulter des codes barbares que les Germains, demi-sauvages, demi-nomades et passionnés pour la liberté, étaient gouvernés par une espèce de roi héréditaire dont la puissance était limitée. Au-dessus de lui était l'Assemblée générale de la nation, qui délibérait sur toutes les affaires communes, intéressant la paix et la guerre. Chaque homme était soldat et chaque soldat se serrait par groupe autour du plus brave et du plus fort. Lorsque ce chef de bande se changea en propriétaire, ses compagnons devinrent ses vassaux. De là un système ayant l'inégalité pour principe et la subordination

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d'homme à homme pom* objet. C'est la féodalité , qui a dominé surtout en France jusqu'au douzième siècle.

Au moyen âge, il semble que la principale idée politique appartient au clergé, prêchant la trêve de Dieu et créant la chevalerie. 11 faut ajoute;* les jurisconsultes, dont le plus célèbre ', Beaumanoir, appelé par Montesquieu lui-même « la lumière de ce temps-là et une grande lumière, » demanda l'extension du pouvoir royal et .favorisa l'acquisition des fiefs par les roturiers.

Peu à peu, à la brutalité de ce temps, à la générosité qui l'accompagnait quelquefois, à la piété qui la corrigeait souvent, les princes du quinzième siècle substituèrent la cruauté et la mauvaise foi. C'était le temps où les auteurs de l'antiquité retrouvés se jetaient les uns dans l'érudition, les autres dans l'histoire, tous dans la liberté d'examen.

Machiavel eut le goût de lutter contre Aristote et Tite-Live, et de les vaincre sur leur terrain en parlant ex professa de matières dont ils n'avaient parlé que de auditu. Bien mieux : les publicistes jusqu'à lui avaient cherché des lois générales fondées sur l'analyse des faits. Son but fut plus pratique. Il était le contemporain de Louis XI, de Ferdinand d'Aragon, de Gonzalve de Cordoue, et « plein de son idole, le duc de Valentinois *, » il mit leur conduite en maximes et convertit

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