Leltre de Montesquieu du 16 novembre
sens le plus philosophique, n'abusa jamais de ses secrétaires. Dès que la fatigue était sur le point de venir, il cessait de dicter, de méditer, pour lire, causer ou faire une promenade*. On retrouve l'homme qui avait écrit : « Belle parole de Sénèque : sic a prœsentibtis utaris voluptatibus^ ui futuris non « noceas ^. »
Des collaborateurs aussi différents et des méthodes de travail aussi singulières lui permirent enfin de se mettre à Y Esprit des Lois.
t. D'Alembert, Eloge de Monttsquieu, 2, Pensées diverses.
Composition y lectures préalables et impression de V Esprit des Lois.
Après la publication des Lettres persanes, Montesquieu avait commencé Y Esprit des Lois, vers 1724, et en avait trouvé, chez les Anglais, en 1730, la partie dogmatique, avant la composition de la Grandeur des Romains, puisqu'une note * de cet ouvrage parle de ses trois espèces de gouvernement.
Dès 1736, d'Argenson, qui s'était lié avec l'auteur au club de l'Entre-Sol, nous apprend qu'il connaissait des morceaux assez nombreux de cet ouvrage, car il en dit avec perspicacité ^ : « Je crains bien que l'en- < semble n'y manque et qu'il n'y ait plus de chapitres « agréables à lire, plus d'idées ingénieuses et sédui- « santés que de véritables et utiles instructions sur la « façon de rédiger et d'entendre les lois. »
La correspondance de Montesquieu établit qu'il ne s'adonna à son chef-d'œuvre qu'à partir de 1743, loin de Paris, non distrait par les dîners et les soupers.
t. Chap. IX, infini.