‹ Histoire de MontesquieuChapitre 198 sur 274 · MADAME GEOFFRIN ET L*ESPR1T DES LOIS · texte numérisé non relu

MADAME GEOFFRIN ET L*ESPR1T DES LOIS

Deux hommes fort écoutés dans leur temps, D'Aydie et Titon du Tillet, en firent l'éloge. Montesquieu écrivit à Tun :

... Je suis bien charmé de la conversation que vous avez eue ; je ne crains rien là où vous êtes. M. de Fontenelle a toujours eu celte qualité bien excellente pour un homme tel que lui : il loue les autres sans peine.

L'autre reçut cette lettre, restée inédite ' :

... Puisque vous trouvez, Monsieur, que j'ai habillé la raison d'un bon velours à quatre poils et d'une belle couleur, et que je l'ai placée au milieu d'un cristal de roche solide et transparent ; je vous prie de placer dans votre bibliothèque l'exemplaire que j'aurai l'honneur de vous envoyer.

On se rappelle que madame deTencin sepiquait d'obliger les gens de lettres et avait mille façons de le faire. En face de la prohibition mise sur l'ouvrage de son commensal, Piron eut ordre d'improviser un madrigal en faveur de Montesquieu. Ensuite elle pria un libraire de Paris de réimprimer furtivement^ Y Esprit des Lois, força les habitués de son salon d'y souscrire (la souscription était de vingt-quatre livres), et en prit elle-même un grand nombre d'exemplaires, qu'elle distribua gratuitement. Aussi les contemporains ' attribuent-ils à cette dame l'honneur d'avoir donné la première impulsion à ce chef-d'œuvre.

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