RAPPORT SUR L'ESPRIT DES LOIS
corriger, dans son livre, tout ce qu'elle ne saurait approuver. A mon avis, c'est un acte de justice d'entendre un auteur, avant de le juger sur quelques idées particulières...*
La séance venue, dans les premiers jours de septembre, le prélat Bottari, au lieu de déposer son rapport, obtint à la majorité des voix de l'ajourner, sans doute sur la promesse donnée par l'auteur de faire une nouvelle édition. Mais le père Concina, dominicain, théologien ordinaire du pape, « lut un passage d'un de ses livres, qui contenait une sortie véhémente contre I'jE^prit des Lois et notamment contre le chapitre où l'auteur dit que l'Inquisition n'est qu'une affaire de police, dans quelques pays ; qui diffère selon les pays ; qui peut avoir de la modération dans les uns et dans les autres de l'excès ^. »
Montesquieu, informé, pensa de suite à répondre au P. Concina, mais des conseils l'en détournèrent.
Il écrivit, le 8 octobre 17S0, au duc de Nivernais :
Sur la nouvelle qui me vint que quelques gens avaient dénoncé mon livre à la Congrégation de Vlndex^ je pensai que, quand cette Congrégation connaîtrait le sens dans lequel j'ai dit les choses qu'on me reproche... on me laisserait en repos à Rome; et que moi, de mon côté, dans les choses que je ferais, je changerais les expressions qui ont pu faire quelque peine aux gens simples, ce qui est une chose à laquelle je suis naturellement porté... Votre Excellence remarquera que si mes premières éditions contenaient quelques hérésies,