‹ Histoire de MontesquieuChapitre 258 sur 274 · LETTRE INÉDITE DE CL. DDPIN · texte numérisé non relu

LETTRE INÉDITE DE CL. DDPIN

même du pamphlet, Dupin, qui écrivait au sous-préceptBur du dauphin, le 10 juin 1759 :

Je fus choqué de ce que l'auteur de V Esprit des Lois avait écrit contre un état auquel ]e hasard m'a appelé et que j'ai tâché de remplir avec honneur : sentiments permis, nécessaires même à chaque individu pour le bien et l'utilité générale. Je fus surpris de ses efforts pour faire fraterniser Je despotisme avec la monarchie, je fus fatigué de cette multitude de pointes, de saillies. L'humeur me prit et, en moins de quatre [semaines], je jetai sur le papier la valeur de trois volumes in-S», et j'en fis imprimer seulement huit exemplaires. Quand je me relus de sang-froid, je ne fus pas content, je me trouvai faible, je me reprochai des personnalités, je jetai mes exemplaires au feu, à l'exception de deux que je ne pus retirer.

Du reste, sans l'aveu de Dupin, la connaissance du pamphlet pourrait sans doute suffire, pour montrer qu'un pareil livre a dû être détruit par l'auteur avant de voir le jour.

La difficulté était de trouver un des deux exemplaires subsistants. L'un est à Blois, chez M. 6, du Plessis, bibliophile très-complaisant et très-distingué, qui descend du fermier général ; l'autre est à Paris, à la bibhothèque de l'Arsenal, et il y vient de d'Argenson, qui était Conmiissaire de la librairie lors de l'apparition du livre.

Je ne veux pas en donner l'analyse, parce qu'elle a été faite ^ tout récemment et parce que Dupin a publié

1. Voir (JEuvres de Montesquieu, édU. Laboulayc, t. III, p. xxxix.

une seconde' édition de sa critique, où il a supprimé les personnalités.

Je m'en tiens à la première édition, qui est inconnue, et dont l'intérêt réside dans les détails.

En voici la description : Réflexions sur quelques parties d'un livre intitulé be l'Esprit des Lois. Paris, Benjam. Serpentin, 1749. 2 vol. in-8", papier de Hollande.

Cette ^critique est anonyme, comme l'ouvrage. Jamais Dupin ne s'y désigne et n'y désigne Montesquieu par son nom. Nous allons voir comment il l'appelle. Il lui dit tantôt (t. I, p. 404) :

L'auteur n'est pas assez ferme sur ses étriers politiques.

Tantôt (t. I, p. 168) :

Ce passage est un amas de contradictions et de faussetés.

Ou (t. I, p. 123) :

L'auteur livré à une imagination qui l'entraîne, entasse contradiction sur contradiction, énigmes sur énigmes, sans s'embarrasser d'être entendu et probablement sans s'embarrasser de s'entendre ]ui-mème.

Ailleurs (t. II, p. 1 00) :

L'auteur ne nous a parlé que d'après des lectures qu'il n'a pas bien comprises et des ouï-dire de gens mal instruits, ou dont il n'a pas entendu le langage.

I. Observation sur un livre intitulé de VExprit des lois, sans lieu, ni date, ni nom d'imprimeur, 3 vol. in-8, papier de Hollande.

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