SA MERCURIALE AD PARLEMENT
tion des plaidoiries et la inimitié des formes si utiles aux intérêts des particilliers et si fastidieuses pour les juges. Montaigne avait dit : c Jurisprudence est
< science de sa nature génératrice d'altercation et di-
< vision. » La pensée de Montesquieu était que : « On € pourrait, par des changements imperceptibles dans a la jurisprudence, retrancher beaucoup de procès ^ » Enfin, comme ses collègues d'aujourd'hui, il était opposé aux appels et en donnait les raisons dans des termes presque inédits ' : t Quand on a appelé d'un € juge à un autre et que celui-ci a prononcé, c'est un € grand abus de permettre de recourir à un troisième ; € parce que l'esprit de l'homme est fait de manière « qu'il n'aime pas à suivre les idées des autres, qu'il « se porte naturellement à réformer ce qui a été fait « par ceux à qui il croit des lumières inférieures. Mul- « tipliez les degrés des tribunaux, vous les verrez « moins occupés à rendre la justice aux citoyens qu'à « se corriger les uns les autres. »
Deux faits doivent être signalés dans la carrière de Montesquieu.
En 1728, il fut chargé de faire le discours de rentrée du parlemeni de Guyenne. Sa mercuriale, éloquente, émue, abondante, s'adressant plus à l'âme qu'à la raison, fait voir de quoi il était capable dans ce genre. On y retrouve d'abord ses plaintes habituelles contre la complication des lois et contre les formes ju-