Pen$éeê
2. Labat, le Château de La Bréd^*) recueil de PAcadëmle d'Agen, 1 834*
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diciaires, « qui, selon lui, ruinent les plaideurs et em- « barrassent les juges. » La transition était facile de la justice à ses collaborateurs. Il loua le talent et le désintéressement des avocats, tout en blâmant la \dvacité dont ils usaient entre «ux, et engagea les procureurs à moins employer « les artifices et les pièges de « la chicane. » Le point principal fut le portrait suivant, qui montre quelle haute idée il se faisait de sa profession. « Pour lors, il n'a plus suffi que le magis- « trat examinât la pureté de ses intentions, ce n'a plus « été assez qu'il put dire à Dieu : proba me, Deus^ et « scito cor meum; il a fallu qu'il examinât son esprit, « ses connaissances et ses talents. Il â fallu qu'il se « rendît compte de ses études, qu'il portât toute sa vie « le poids d'une application sans relâche, et qu'il vit si « cette application pouvait donner à son esprit la me- « sure des connaissances et le degré de lumière que « son état exigeait. »
Ce discours eut un tel succès que, jusqu'à la Révolution> on le réimprima tous les ans à la rentrée du Parlement de Bordeaux; et on le vendait ce jour-là à la porte du palais de Justice ^
Je veux parler d'un fait plus important. En 1722 ^, le gouvernement avait imposé de quarante sols chaque tonneau de vin sortant de la Guyenne. Tous les négociants s'émurent de voir surtaxer la richesse princi-
1. Bernadau, mis,; — Grlmm, Correspondance^ 16 juillet 1772. ^ 2. y o\T Registres secrets du parlement de Bordeaux^ aux Archives de la cour d*appel de Bordeaux.
ENTREVUE AVEC D'AOUESSEAU. 37
pale du pays. Le parlement de Bordeaux, à l'exemple peut-être de celui de Paris, pensa aussi à présenter au roi des remontrances. Il en chargea Montesquieu, comme le plus capable de ses membres, et qui sait ? comme le plus riche propriétaire de vignobles.
Le président à mortier du parlement de Guyenne , fut reçu par le chancelier de France qui était alors, je crois, d'Aguesseau.
On a souvent, dans les palais de Justice, mis o6te à côte ces deux hommes ^ qui ne s'appréciaient pas ; du moins Montesquieu n'a jamais parlé de d'Aguesseau, et d'Aguesseau n'admirait ^ pas Montesquieu. Sans doute, ils ont quelques points de ressemblance, tel^ que l'horreur des nouveautés, le respect du pouvoir et l'amour de la patrie ; mais leurs différences sont plu^ grandes encore.
D'Aguesseau était un catholique pratiquant, un disciple de Malebranche , un jurisconsulte doublé d'un moraliste, un politique inspiré de l'Écriture sainte, un père de famille patriarcal. Sa vie fut entièrement consacrée à servir l'Etat et le roi, et ses loisirs à composer, dans une forme oratoire et savante, de nombreux çt substantiels traités en règle sur des points de droit, qui font honneur à sa profession.
Montesquieu suivait sa religion en homme du
1. Fr. SclopiB, B^cherches hisioriques et critiques sur r Esprit des lois. Tarin, 1857, iii-8, p. 87.
2. OEuvres complètes de Moniesquieu, Paris, Garnieri 7 toI. in-8, 1877. Édition donnée parËd. Laboulaye, t. III, p. 56.
.lm.
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monde, étudiait la {diilosoj^hie en historien, ne prenait dans la jurisprudence que lé côté politique, cherchait la raison de touï les gouvemements et ne donnait à son intérieur que les restes de la société. Son passage dans la magistrature, ses voyages hors de son pays, ses études, ses méditations, lui permirent de publier un chef-d'œuvre qui illustre la France et qui a contribué à la civilisation.
Au sortir de cette audience officielle, d'Aguesseau dut présenter Montesquieu à la cour. C'était pendant la vogue des Lettres persanes.* Le duc d'Orléans n'ignorait pas que l'auteur, dans son ouvrage S regrettait l'ancien rôle des parlements et l'exil de celui de Paris, et qu'il l'avait un peu molesté lui-môme. Néanmoins, la tradition de son aïeul Louis XII l'emporta. « Monsieur le président, lui dit-il, votre hvre est plein c de bonnes choses. Que vous a-t-il coûté à compo- « ser ? — Le papier. Monseigneur, » répondit le Gascon^. Et l'entretien continua.
Personne n'était plus fait pour séduire le duc d'Orléans, que l'historien de son règne ; car rien ne peint mieux la régence que les Lettres persanes. Aussi, bientôt après cette visite , les Bordelais obtinrent tout ce que permettaient les finances de l'État : l'impôt, réduit à trois sols par livre, fut reporté sur toutes les marchandises ^.