Pensées
.2* Politique d'Aristote, traduct. de J. Darlliélemy Saint-Hilaire; in-8. Paris, 1874.
DISCOURS D'INSTALLATION. 8î>
« Monsieur, le choix que le roi yieut de faire de voire personne pour remplir la première place de ce parlement, nous est d'autant plus agréable qu'il répond fidèlement à tous les sentiments d'estime que nous avons toujours eus pour vous.
« Nous sommes persuadés que cette estime ne fera qu'augmenter par votre attachement inviolable à tous les intérêts de la Compagnie qui sont, Monsieur, présentement les vôtres. Toute sa gloire devant être à Tavcnir Tunique objet de vos réflexions les plus sérieuses, votre nouvelle dignité vous fournira de plus grandes occasions à faire briller avec plus d'éclat le zèle que vous avez toujours marqué pour Thonneur de la magistrature. Ces occasions serviront aussi à mettre dans un plus grand jour votre fidélité à toute épreuve pour le service du souverain qui nous gouverne, votre amour sans relâche pour la pureté de la justice, votre attention aussi vive que constante à maintenir ou à rétablir le bon ordre, votre fermeté à soutenir l'ancienne et naturelle dignité de ce parlement, et cette autorité supérieure qui ne doit jamais reconnaître d'autre modérateur que le monarque qui nous Ta conûëe, ni d'autre grandeur que celle de nos charges.
« Nous savons, Monsieur, que les lumières et les meilleures intentions d'un chef de compagnie deviennent souvent inutiles si l'union et la subordination ne régnent pas parmi les ofQciers qui la composent. Je puis être garant de ces heureuses dispositions par l'expérience que j'en ai fait durant le peu de temps que j'ai eu l'honneur d'exercer par ordre du roi les fonctions de cette première place. Je n'aurai plus rien à désirer si cette illustre Compagnie paraissait aussi satisfaite de mon ministère, que le public a raison de se louer de son application continuelle à remplir exactement tous ses devoirs.
« Vos paroles, Monsieur, et votre exemple nous y confirment davantage. C'est à présent que nous allons voir refleurir cet éclat solide, cet ordre constant et cette sage dignité qui doivent rendre un parlement aussi auguste que celui-ci : digne dans tous les temps de la vénération des peuples, de la plus haute estime des grands et de l'entière confiance de son roi. »
Alors rien ne put empêcher Montesquieu de se retirer, ni les traditions de sa famille, ni son opinion sur la faiblesse de « ceux qui, se trouvant au-dessous de leur état, le quittent par une espèce de désertion ^ » Il céda, pour la vie de l'acquéreur ^, sa charge de président à mortier, afin qu'elle retournât plus tard à son fils, qui n'avait encore que dix ans.
Le motif qu'il allégua au ministère fut qu'il voulait consacrer son temps à un ouvrage sur la législation'. Ses amis rappelèrent que <c quand Lycurgue voulut donner des lois à sa patrie, il commença par abdiquer la royauté. » Ses ennemis dirent de lui et du président Hénault qui venait de l'imiter : « Ces messieurs quittent leur métier pour aller l'apprendre . »
La vérité est que Montesquieu s'occupait depuis longtemps de son grand ouvrage. Dès sa sortie du collège, il avait cherché l'esprit des Hvres de droit qu'on mit entre ses mains*, depuis il écnwii à ce sujet toutes ses pensées ; il faisait des extraits de ses lectures et accumulait ses réflexions et ses idées à cet égard, cherchant un Hen qui les rattachât*^.
Les dix premiers livres de r Esprit des Lois étaient en train, sinon achevés. M. Paul Janet®, de l'Institut,