‹ Histoire de MontesquieuChapitre 78 sur 274 · D'ArgensOT, Jf^wîoiVf», édil. Janet, t. I,p · texte numérisé non relu

D'ArgensOT, Jf^wîoiVf», édil. Janet, t. I,p

2. Labaf, Je Château delà Brède^ Recueil- des travauiL de la société d'Agen, 1834, t. III, p. 185.

priétaire de cette âme est toujours dans la langueur, la vie lui est à charge, tous ses moments lui pèsent; il n'aime pas la vie, mais il craint la mort.

a L'autre espèce de gens malheureux opposés à ceux-ci est de ceux qui désirent impatiemment tout ce qu'ils ne peuvent pas avoir, et qui sèchent sur l'espérance d'un bien qui recule toujours... Je ne parle ici que d'une frénésie de l'âme et non pas d'un simple mouvement. Ainsi un homme n'est pas malheureux parce qu'il a de l'ambition, mais parce qu'il en est dévoré. ».

« Il y a aussi deux sortes de gens heureux : les nos sont vivement excités par les objets accessibles à leur âme et qu'ils peuvent facilement acquérir. Ils désirent vivement, ils espèrent, ils jouissent et bientôt ils recommencent à désirer. Les autres ont leur machine tellement construite qu'elle est doucement et continuellement ébranlée. Elle est entretenue et non pas agitée : une lecture, une conversation leur suffit.

« Il me semble que la nature a travaillé pour des ingrats. Nous sommes heureux...

<i Quand nous parlons du bonheur ou du malheur, nous nous trompons toujours, parce que nous jugeons des conditions et non pas des personnes.

« Qui sont les ge^s heureux? Les dieux le savent, car ils voient le cœur des philosophes, celui des rois et celui des bergers...*»

Ces mesures ainsi prises, Montesquieu attendit impatiemment roccasion.

i. Ces deux deroierft paragraphes me sont commuDiqués par le docteur de Saint-Germain.

Réception de MontosquMu k VAcadémie fraoçaîM ^ — I'£;«f)ri< d«$ lo%$.

^~ Départ pour ses voyages.

L'Académie française se composait alors de trois cardinaux, six évêques, neuf abbés, deux maréchaux, six ducs et pairs, cinq fonctionnaires, trois magistrats et quelques gens de lettres. L'un de ces derniers, hôte de prédilection de la marquise de Lambert, avocat distingué au parlement de Paris, élégant traducteur de Pline, Louis de Sacy, mourut le 26 octobre 1727.

L'abbé Dubos, secrétaire perpétuel de l'Académie, en prévint immédiatement le premier ministre de Louis XV. C'était alors le cardinal de Pleury, homme facile à séduire comme parvenu, économe comme successeur de Law, et comme prêtre, doux^, modéré.

1. Voir dans la Critique française^ 1862, des articles intitulés : Montesquieu à V Académie, par le regretté rédacteur de la Gazette des Tribunaux, M. Gallien. Ils m'ont fourni de précieuiL renseignements «

2« « Discret, doux, liant, v Mémoires de Saint-Simon,

iOO CHAPITRE IX.

prudent même, « d'humeur si pacifique, qu'il aimait € mieux feindre d'ignorer les torts que d'en pourc suivre la réparation*. » 11 répondit:

Fontainebleau, le 27 octobre 1727.

a Je n'ai. Monsieur, aucune vue particulière pour remplir la place de M. de Sacy, donf vous m'apprenez la mort; je me rangerai au plus grand nombre de voix de l'Académie, el tout ce que j'ai à désirer est que la compagnie s'arrête à faire le meilleur choix.

« Je crois que M. le président de Montesquieu s'est déjà présenté, mais je n'ai pris aucun engagement avec lui, et n'en prendrai pour personne en cette occasion...

Cardinal de Fleury.' »

En effet, comme nous l'avons vu, Montesquieu avait déjà posé sa candidature en i725, et se mettait encore sur les rangs. On sait que ses titres étaient ses dissertations à l'Académie de Bordeaux, le Temple de Gnide, l'ébauche du Traité des devoirSy le Discours sur la Considération y le Voyage à PaphoSy le Mémoire sur les richesses de f Espagne et le Dialogue de Sylla et cTEucratey sans compter les Lettres persanes: le tout, il est vrai, sous l'anonyme, mais c'était l'usage.

La candidature de Montesquieu était patronée au

1. Mémoires secrets pour servir ù l'Histoire de Perse, BerUn, 1759, la-12.

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