Marais, Journal et Mémoires, ubi supra
Les vaincus se consolèrent en disant que quelquesuns de leurs collègues s'étaient laissé toucher par la crainte de ruiner la réputation du candidat, trouvant plus doux d'exposer l'honneur de la compagnie que de consentir à la flétrissure de ce fou * .
Cette opposition eut du retentissement au dehors. Les adversaires de Montesquieu ne désespérèrent pas jusqu'au dernier moment de faire revenir le ministre sur l'agrément qu'il avait donné. Us y travaillaient encore la veille du scrutin définitif, fixé au 5 janvier 1728. On se figure avec plaisir leur dépit lorsqu'arriva, le matin môme, au secrétaire perpétuel la lettre suivante, qui est im chef-d'œuvre du genre.
Marly, 5 janvier 1728.
« n me parait, Monsieur, que la manière dont vous aviez dressé le registre, le 1 1 décembre, est très-sage et très-mesurée. Il y a de certaines choses qu'il vaut mieux ne pas approfondir par les suites qu'elles pourraient avoir, et, si on voulait aller plus loin, ou on n'en dirait pas assez ou on en dirait trop. La soumission de M. le président de Montesquieu a été si entière, qu'il ne mérite pas qu'on laisse aucun vestige de ce qui pourrait porter quelque préj udice à sa réputation, et tout le monde esi si instruit de ce qui s'est passé, qu'il n'y a aucun inconvénient à craindre du silence que gardera l'Académie.
« Voilà mon sentiment, et je ne prétends pourtant point le donner comme une décision. Je serais bien fâcbé de vouloir jamais m'ériger en juge de ce que pourra faire la Compagnie. En général, je ne puis m'empêchcr dépenser que le
1 . Livet, Histoire de V Académie ; — Lettre de Tabbé d*0Uvet aa président Bouhier, il décembre 1727.