‹ Histoire de MontesquieuChapitre 90 sur 274 · MONTESQUIEU A VENISE, H · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU A VENISE, H

« membres du Parlement de Paris, » Law lui répondit : « Ce ne sont pas de si grands génies, mais ils sont a beaucoup plus incorruptibles ^ »

Le voyageur vit davantage Bonneval, ce gentilhomme français qui fut aide-de-camp d'un maréchal dans sa patrie, qui l'abandonna pour devenir général en Autriche, et qui devait combattre son pays d'adoption et mourir pacha turc : espèce mal équilibrée, qui à la plus folle conduite mêlait les talents les plus distingués et les plus séduisants. Le comte de Bonneval, heureux de trouver un auditeur choisi et de tromper son repos momentané, lui raconta, à cœur ouvert, son histoire héroïque et aventureuse, lui parla de toutes les batailUes auxquelles il avait pris part et lui fit le portrait de tous les ofKciers et de tous les ministres qu'il avait connus.

Montesquieu avait visité dès le matin, pour tout voir et tout approfondir, les monuments, les bibUothèques, les cabinets, les cafés et les galeries, avait lié conversation avec chacun, s'était informé des moindres détails de la politique et de la société ; et le soir, rentré chez lui, il avait écrit ses remarques et ses réflexions. Après sa provision faite, rien ne le retint de partir. Tout à coup, vers le miUeu de la traversée de Venise à Fucina, des gondoles qui lui paraissaient suspectes, vinrent rôder autour de la sienne. La peur le prit ;. il tira de son sac de nuit toutes ses notes sur le pays, et les jeta à la mer.

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