‹ Histoire de MontesquieuChapitre 91 sur 274 · Éloge historique de M. de Montesquieu, infra · texte numérisé non relu

Éloge historique de M. de Montesquieu, infra

Ii8 CHAPITRE X.

Chesterfield a raconté que le tour était de lui, et que Montesquieu n'aurait pas dû anéantir son ouvrage sur une crainte aussi chimérique : « Ce que, dit-il, un Anglais n'aurait pas fait. > Chesterfield s'est vanté d'avoir joué un rôle dont il est innocent : ce qu'un Français n'aui'ait pas fait non plus. Depuis lors, c on < à assuré qu'on ne voulait que tàter Montesquieu, et « qu'il aurait passé, s'il eût osé attendre l'abordage, € pour lequel il n'y avait point d'ordre*. » Notre homme s'est-il vengé, dans Y Esprit des Lois^, notamment lorsqu'il dit : « Une bouche de pierre s'ouvre « à tout délateur à Venise : vous diriez que c'est celle « de la tyrannie. »

Deux monuments ont survécu à cette aventure.

C'est d'abord une lettre, adressée à lord Waldegrave, et remplie de plaisanteries grivoises qui ne pourraient passer que dans des Œuvres complètes. Cette réflexion n'a pas le même caractère : « J'ai € vu les galères de Venise ; je n'y ai pas vu un « seul homme triste. Cherchez à présent à vous « mettre au cou un morceau de ruban bleu pour « être heureux^. »

De Venise, Montesquieu se rendit à Rome pour passer les quatre derniers mois de Tannée, dans un hôtel garni, où il rencontra le pasteur protestant Ja-

1 . Nouveaux mémoires ou Observations sur Vltalie, ubi supra.

2. L. V, ch, VIII ; liv. VII. chap. m el liv. XI, chap. M, 3^ Pensées diverses.

MONTESQUIEU À ROME. il9

cob Vernet^ qui devait être l'éditeur de Y Esprit des Lois. Us assistèrent ensemble à la canonisation d'un saint. Le centre de sa vie fut le salon du cardinal de Polignac, un des plus fins ambassadeurs que la France ait eus, et auteur inédit de Y An ti- Lucrèce. Il connut, chez cette Éminenoe, le cardinal Corsini qui devint le pape Clémeiït XII ; le père Fouquet, qui avait été missionnaire en Chine, et le père Vitry, qui « faisait, dit- « il; des médailles antiques et des articles de foi *. »

La Rome ancienne, celle des rois, de la République et des empereurs, avec ses monuments, frappèrent vivement son imagination et lui donnèrent l'idée des Considérations.

La Rome moderne le fixa aussi. Il en disait plus tard à Duclos ' « que Rome est une des villes où il se « serait retiré le plus volontiers. » Il ajoutait* : » Si € j'avais des yeux, j'aimerais autant habiter Rome « que Paris. Mais comme Rome est toute extérieure, « on sent continuellement des privations, lorsqu'on « n'a pas des yeux. »

Avant de la quitter^, il alla faire ses adieux au Saint-Père. Benoît XIII lui dit : « Mon cher président, « je veux que vous emportiez quelque souvenir de

1 . (Saladin?) Mémoire historique, sur la vie et les ouvratjes de M. J. Vrrnet, Paris, Genève, 1790, p. lï.

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