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LA GASCOGNE ET LES GASCONS

d'Eepagno lui ont montré le mahométisme; Charleraagne et ses successeurs y ont fait prêcher l'Ëvangilc ; les Anglais, peudant Irois cents ans, lui ont donné des habitudes d'indépendance municipale et môme féodale; les Vaudois et les Albigeois l'ont dégoûtée de la Réforme, et Henri II l'a découragée de faire de l'opposition. Après quoi il ne faut pas s'étonner 8i les Gascons, depuis les Politiques du seizième siècle jusqu'aux GÎTondùts de la Révolution, ont été mobiles, spirituels, éloquents, hardis, ingénieux, fins, fanfarons, actifs, moins pratiques que positifs, peu pudiques comme les méridionaux, et surtout hâbleurs, comme le renard de La Fontaine, c'est-à-dire doué» de ce accpticisme qui procède d'un caractère heureux et d'une imagination vive, égayé les affaires avec un bon mot, excuse les fautes par des sophigmes, ne recule pas devant un paradoxe, aime l'hyperbole, discute sans conclure et se platt à embellir la vérité. Nos pères appelaient « tour de gascon » une action habile, et a gasconnade » un jeu d'esprit.

La capitale do ce pays mérite aussi une mention. Bordeaux, située ni trop loin ni trop près de la mer est desservie par un fleuve qui fait d'elle un port. Autrefois une muraille, percée de douze portes et défendue par trois forteresses , l'enveloppait de tous les côtés. Les monuments publics y étaient rares, mais les maisons y étaient bien aménagées dans des rues larges et autour de places nombreuses : on s'y sentait h l'aise et à l'abri pour aller et venir, y faire le com-

inerce et l'industrie. Des privilèges municipaux, conservés à travers les siècles, ajoutaient à ces avantages. Les habitants , faciles sur les principes, se proposant pour but la fortune et ne comptant que sur le travail, n'étaient soucieux que de la liberté individuelle. Le despotisme qui menace les intérêts, et la démocratie qui subordonne les affaires à la politique, leur étaient également odieux ; leur idéal était ce gouvernement qui protège chacun et ne gène personne , enfin « qui « va à son but à moins de frais, celui qui conduit les a hommes de la façon qui convient le mieux à leur « penchant et à leur inclination*. » D'ailleurs les gens aisés ont des goûts modérés : ils ne sont ni dévots, ni athées, ni rêveurs, ni passionnés ; ils aiment Tordre, l'économie, le bon sens, l'esprit et même les arts^. Tels étaient les Bordelais.

Ces paysans et ces citadins avaient, comme on le voit, im caractère très-particulier : pour comble, ce qui en devait être ou un des effets, ou une des causes, il existait un patois gascon. Sans doute le français était leur idiome, mais, dans la campagne, ils y substituaient un dialecte de la langue d'oc que Montaigne * trouvait « singulièrement beau, sec, bref, signifiant,

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