SON ONCLE, MEMBRE D'DN PARLEMENT
Le membriï important de la maison qui nous occupe, veuf et sans enfants, était l'aîné, frtro de celui dont nous venons de parler, a un des pins beaux génies, a selon sa famille ', et peut-être l'homme le plus « libre et le plus juste de son temps, j> messiro Jean-Baptiste Secondât, baron de Montesquieu, président à mortier au parlement de Guyenne.
A la fin du dix-septième siècle, il y avait deux sortes de noblesse, celle qui s'acquérait à l'armée, et celle qui s'obtenait dans la magistrature. La principale différence entre elles était que l'une avait ses entrées à la cour, tandis que l'autre ne les avait, pour ainsi dire, pas : d'où naquirent des dédains el des jalousies dont tous les écrivains se sont fait les échos, et qui expliquent quelques contradictions apparentes de \' Esprit des Lois; car l'auteur y exalte les nobles de robe *, et y critique les nobles d'épée.
Les nobles de robe se composaient surtout des fils de riches financiers à qui leurs pères avaient acheté un hôtel et une charge près d'un parlement.
Les parlements étaient moins nombreux el par conséquent plus importants que nos Cours d'appel d'aujourd'hui.
Leur juridiction consistait notamment à enregistrer les lettres de grâce, à juger les appels comme d'abus sur requête civile et autres causes majeures, à statuer
1. T. ft la On du volume, VElogt liliioriifiie de M, du Vouiesiiiicu, 7. Eiprii if« £oi(, liv. XX, oh. xxii; liv. V, iv; Ht. III, v.
10 OHAPITRE PRBMIER.
sur les procès criminels intentés aux ecclésiastiques, aux nobles et aux magistrats, à décider en première instance les causes civiles personnelles, possessoires ou mixtes des privilégiés ayant droit de committimus au grand et au petit sceau.
Ces corps avaient aussi leur côté politique. Les actes législatifs du roi devaient être soumis aux parlements, dont l'examen pouvait avoir l'un de ces deux résultats suivants. Ils les enregistraient *et les promulgaient, après avoir résolu leurs difficultés pratiques, trouvé le moyen de les concilier avec les anciennes ordonnances et consulté les besoins des populations. Dans le cas contraire, pour lui représenter les inconvénients de la mesure prescrite , ils adressaient au roi une supplique. On connaît l'origine, l'empiétement et l'annulation politique de ces cours souveraines ^ C'était le temps où le régent, par reconnaissance et par conviction, leur avait rendu le droit de remontrances. Le parlement de Paris venait de se faire exiler pour son opposition au système de Law et à l'enregistrement de la bulle Uni" genitus. Il fiit la seule partie de la nation qui eut l'idée, sinon l'amour de la liberté civile, et l'horreur de l'agiotage. La grande préoccupation des parlements était la défense et le maintien de ce qu'ils regardaient comme les lois du royaume. Au milieu des Guise et des Espagnols, on les vit se déclarer pour la France et,
• t. IKevue des Coure Httiraires^ juillet I8C7. Alf. Maury, tes Parlements au dix'httitième siècle.
1,E8 PARLEMENTAIEES. ft
avant les étals généraux , élever seuls la voix en faveur du peuple contre le despotisme des bureaux; mais, juges de tous les conflits entre la monarchie et le Saint-Siège, ils firent constamment, contre les prétendus empiétements de la cour de Rome, prévaloir l'indépendance de l'autorité civile qu'ils appelaient les libertés do l'Église gallicane. Un de mes amis s'occupe à écrire une histoire des démêlés du parlement avec le clergé, sous le nom de guerre des deux robes.
Les parlementaires discrets, circonspects, hautains et cérémonieux, formaient une société à part dans les immenses vestibules, sur les vastes escaliers de pierre, au milieu des salons solennels, au fond des, nombreuses bibliolhèquos de leurs grands hôtels, décorés du luxe le plus austère.
Certain président au Parlement de Paris vit, un jour, arriver chez lui, un de ses collègues de Pau, qui venait, pourlapremiëre fois, juger la capitale, lis sortent ensemble h pied ; les voilà sur le quai des Théatins. Le magistrat de province regarde avec admiration cette suite de palais et, les comparant en secret au sien, il y\
en désigne un des plus beaux à son guide et lui dit : / ■
a A un président? — Non. —Diable ! A un conseiller? « — Non. »
Montesquieu n'ajoutait jamais un mot de plus à ce court dialogue qu'il se plaisait à raconter '. Du reste, les hôtels de ces magistrats n'abritaient en général