Jaj, Œuvres eomplllei, I. VIH {les Sermitei en province
42 CHAPITRE PRBMIER.
aucune fête, aucune comédie, sauf quelquefois un riche dîner, le plus souvent une conversation sur les matières de jurisprudence et de philosophie.
Les parlementaires, levés dès l'aube, se rendaient au Palais, montés sur leur mule, une lanterne à la Hiain, à travers la ville. Tout dormait, la justice veillait déjà et passait sa journée à l'audience, en robe écarlate, en perruque longue, les yeux demi-clos et la main sur la bouche, entourée de la puissance publique : image de la méditation, du droit, de la science et de la force.
Il faut qu'on m'excuse de m'ètre ainsi étendu sur la Gascogne, sur la noblesse et sur la magistrature au dix-huitième siècle. Ce sont les trois clés du caractère et des ouvrages de l'homme dont je vais écrire la vie et dont voici le portrait.
Il était d'une taille moyenne, et d'une corpulence très-maigre et très-nerveuse. Un de ses contemporains * dit qu'il ressemblait beaucoup aux bustes des philosophes anciens et notamment à Cicéron. Le burin et le pinceau qui, d'après nature, nous l'ont représenté dans la force de l'âge, donnent quelques détails plus précis.
Le caractère dominant de cette physionomie trèsmobile est la finesse : chaque trait est aiguisé et dénote un esprit pénétrant, délié et même un peu subtil.
1. Bernadau, Tableau de Bordeaux^ in -42. Bordeaux, 1810; — C.-J.-B. Boiinin, Peméei, efc. Paris, 1824, p. 142.
PORTRAIT DE MONTBSQCIED, 13
Ses cheveux, qui étaient blonds, sont groupés sur sa tète avec le talent et le désir de plaire. Le frout respire un grand penchant à l'analyse et une sérénité superbe. Le nez fort et long est orné de narines dégagées qui trahissent la délicatesse et la sensualité, La circonspection est empreinte sur sa lèvre d'en haut, et sur l'autre, l'enjouement porté à la raillerie. Le menton avancé montre de l'énergie. Enfm, quoique ce soit celui d'un myope, ce qui frappe le plus dans cette tète extraordinaire, c'est l'œil; il exprime tant de supériorité, et la paupière qui surplombe est si large, qu'on sent l'homme de génie dans ce regard qui lance des éclairs.
Naissance de La Brède. — Enfance ; collège. — Premier ouvrage. — Vio d'étudiant. --* Bt})ri$ du Lait. -— Entrée dans le monde. — Mœurs. ^ Nomination dans la magistrature* -* Mariage.
Le premier fruit ^ du mariage de M. et madame de Secondât, née le 11 septembre 1687, se nonmiait Marie ; elle épousa M. Trousset d'Héricourt, et mourut à Marseille, où son mari était gouverneur du fort d'If. Après le second enfant, qui fait le sujet de cette étude, il leur naquit encore, le 31 août 1691 , une fille, appelée Thérèse, qui fut religieuse à Agen, où elle est morte en 1772. En 1693, ce fut un fils du nom de Joseph qui vécut à peine quelques années. Le 9 novembre 1694, Charles-Louis-Joseph vint au monde à Bordeaux ; nous le retrouvons devenu abbé, selon l'usage pour les cadets de famille. En 1696 eut lieu la naissance de Marie-Anne, morte à quatre ans.
Si l'on passe vite sur ces enfants , parce que leur existence a laissé peu de traces, il faudra cependant se
1. O'gilvy, Nobiliaire de Guyenne et Gascogne, in-4. Bordeaux. 1858, ir« Secondât.