‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 16 sur 269 · NAISSANCE DE LA BBEDE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE LA BBEDE

les rappeler, à cause des relatioriB qu'ils eurent avec le suivant.

Je vais parler maintenant du plus illustre.

On se figure mal, dans notre Frailce actuelle, les circonstances qui, chez les nobles d'autrefois, accompagnaient la naissance d'un fils aîné. Les historiens de l'école de Michelet racontent volontiers qu'alors les parents obligeaient leurs vassaux à venir saluer l'enfant dans ses langes, sous peine d'être pendus haut et court du bois de Justice. Voici la vérité.

Le lendemain de la Révolution d'Angleterre et un siècle avant celle de France, messire Jacques de Secondât, baron de la Itrède, seigneur de Baron-en-Entre- Deux-Mers, de Martillac, du fief d'Olivier, de Léogan et autres lieux, eut son fils aîné. Je n'ai pu retrouver son acte de naissance, mais on ' a relevé cette note sur le livre de messe d'une femme du pays : a Ce « jourd'hui, 18 janvier 1689, a été baptisé dans notre

< église paroissiale, le fils de M. de Secondât, notre

< seigneur. 11 a été tenu sur les fonds par un pauvre « mendiant de cette paroisse, nommé Charles, à celle « fin que son parrain lui rappelle toute sa vie que les « pauvres sont ses frères. Que le bon Dieu nous con- « serve cet enfant ! »

Au surplus, ce n'est pas une exception, le seigneur de Montaigne' agit de même en 1S53, ainsi que leba-

I. Beaurcin, Yariéiés bordelaises, l. IV et V. Bordeaux, iii-12, 178S.

S. Eiia;i, liv, III, chap, XIII.

ron de Beauvais en 164i, et le comte de Buffon en 1742.

Les curieux * soupçonnaient, d'après une médaille conservée à l'Académie de Bordeaux, que cet enfant s'appelait encore Louis. J'en ai acquis la preuve en lisant une assignation^, donnée par lui, en date du 26 janvier 1736, où il se désigne ainsi.

Un dernier détail mérite d'être rappelé. Les nobles, surtout dans les provinces méridionales, avaient alors une autre habitude plus connue, parce qu'elle était, j'en conviens, plus fréquente : le chef de famille portait, avec le titre, le nom patronymique, tandis que les enfants prenaient celui du domaine qui devait leur appartenir dans l'héritage paternel. Celui-ci devint donc Charles-Louis de la Brède.

Aussitôt ' après sa naissance, ses parents le mirent entre les mains d'une nourrice, mais sous leurs yeux, dans un des cinq moulins du village, celui du Bourg. Ils l'y laissèrent pendant trois années, pour qu'une alimentation simple fortifiât sa santé et que la fréquentation de ses vassaux le rendit moins fier. Le résultat est qu'il eut une bonne constitution, qu'il aimait les paysans et qu'il était aimé d'eux. Son frère de lait, Jean Demarennes ^ brave berger de la lande ^ ne pou-

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