Beaurain, Vuriétés bordeiais'S^ 1785, t. IV
ENTilÉE DANS LA MAGISTRATDRE. So
l'église paroissiale du village dont il avait été seigneur.
Ensuite il passa sans transition sous la surveillance de son oncle, le président à mortier, baron de Montesquieu, dont j'ai parlé plus haut. Ce brave honune prit ses devoirs à la romaine, c'est-à-dire qu'il n'eut pas de cesse qu'il n'eût donné à son pupille une profession et une fenmie.
Deux mois après que La Brède eut atteint les vingtcinq ans d'âge, qui permettaient d'entrer dans la magistrature, le 24 février 1714, il fut nommé conseiller laïc au parlement de Guyenne. Nous étudierons cette carrière dans un autre chapitre.
Pour remplir son deuxième mandat, le tuteur officieux éprouva vraisemblablement plus de difficultés. Le pupille se rendit, mais sans doute après avoir fait les deux objections suivantes, qu'il a mises depuis dans V Esprit des Lois : « Les filles, que l'on ne con- « duit que par le mariage aux plaisirs et à la liberté, « qui ont un esprit qui n'ose penser, un cœur qui « n'ose sentir, des yeux qui n'osent voir, des oreilles « qui n'osent entendre; qui ne se présentent que a pour se montrer stupides, condamnées sans relâche « à des bagatelles et à des préceptes, sont assez por- « tées au mariage ; ce sont les garçons qu'il faut en- « courager * . — Le luxe d'une monarchie rendant le
] . Esprit des Lois, I. XXllI, ch. ix.
Quteritur argentum, puerisque beata creandis U&or.... (HoR. Epist. I. 1, cp. 2).
26 CHAPITKE II.
€ mariage à charge et coûteux ^ il faut y être invité et « par les richesses que les femmes peuvent donner et c par l'espérance des successions qu'elles peuvent t procurer*. >
Près de la baronnie de Montesquieu, à Clairac, il y avait une jeune fiUe candide ^ et bonne, pas jolie ' et bottant même * un peu lorsqu^ôn la regardait, mais riche * puisqu'elle avait cent mille livres de dot. L'oncle de La Brède la demanda à son père, ancien lieutenantcolonel*, chevalier de Saint-Louis, qui dût tout d'abord avouer que sa fille était calviniste très-zélée^.
La Brède descendait, comme on Ta vu, de protestants convertis*, néanmoins la réponse était grave. Depuis la révocation^ de l'édit de Nantes, la pratique de la religion réformée était im crime puni au moins de mort civile : les protestants et même les catholiques qui se mariaient devant le ministre ne pouvaient contracter qu'un concubinage et n'avoir que des bâtards; enfin à leur décès, ils étaient jetés à la voirie. Non-seulement Louis XIV avait, en 1685, prescrit ces
1, Esprit des Lois, liv, XXIX, ch. v, ' 2. Hérault de Séchelles, Voyage ù UonibanK