‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 35 sur 269 · ENTREVUE AVEC D'AGUESSEAU · texte numérisé non relu

ENTREVUE AVEC D'AGUESSEAU

pale du pays. Le parlement de Bordeaux, à Texemple peut-être de celui de Paris, pensa aussi à présenter ati roi des remontrances. Il en chargea Montesquieu, comme le plus capable de ses membres, et qui sait ? conune le plus riche propriétaire de vignobles.

Le président à mortier du parlement de Guyenne , fut reçu par le chancelier de France qui était alors, je crois, d'Aguesseau.

On a souvent, dans les palais de Justice, mis côte à côte ces deux hommes ' qui ne s'appréciaient pas ; du moins Montesquieu n'a jamais parlé de d'Aguesseau» et d'Aguesseau n'admirait ^ pas Montesquieu. Sans doute, ils ont quelques points de ressemblance, tels que l'horreur des nouveautés, le respect du pouvoir et l'amour de la patrie ; mais leurs différences sont plus grandes encore.

O'Aguesseau était un catholique pratiquant, un disciple de Malebranche , un jurisconsulte doublé d'un moraliste, un politique inspiré de l'Écriture sainte, un père de famille patriarcal. Sa vie fut entièrement consacrée à servir l'Etat et le roi> et ses loisirs à composer, dans une forme oratoire et savante, de nombreux et' substantiels traités en règle sur des points de droit, qui font honneur à sa profession.

Montesquieu suivait sa religion en homme du

1. Fr. Sclopis, Recherches historiques et critiques sur l^Esprii des lois. Tarin, 1857, in-8, p. 87.

2. OEuvres complètes île Montesquieu. Paris, Garnier, 7 vol. in-8, 1877. Édition donnée parËd. Laboulaye, t. III, p. 56.

monde, étudiait la philosophie en historien, ne prenait dans la jurisprudence que le côté politique, cherchait, la raison de tous les gouvernements et ne donnait h sob intérieur que les restes de la société. Son passage dans la magistrature, ses voyages hors de son pays, ses études, ses méditations, lui permirent de publier un chef-d'œuvre qui illustre la France et qui a contribué à la civilisation.

Au sortir de cette audience officielle, d'Aguesseau dut présenter Montesquieu à la cour. C'était pendant la vogue des Lettres persanes. Le duc d'Orléans n'ignorait *pa8 que l'auteur, dans son ouvrage S regrettait l'ancien rôle des parlements et l'exil de celui de Paris, et qu'il l'avait un peu molesté lui-même. Néanmoins, la tradition de son aïeul Louis XII l'emporta. « Monsieur le président, lui dit-il, votre livre est plein « de bonnes choses. Que vous a-t-il coûté à compo- « ser ? — Le papier, Monseigneur, » répondit le Gascon*. Et l'entretien continua.

Personne n'était plus fait pour séduire le duc d'Orléans, que l'historien de son règne; car rien ne peint mieux la régence que les Lettres persanes. Aussi, bienr tôt après cette visite , les Bordelais obtinrent tout ce que permettaient les finances de l'État : l'impôt, réduit à trois sols par livre, fut reporté sur toutes les marchandises '.

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