Georgi
nous que le pouvoir et le sacerdoce ont des exigences auxquels nul n'est capable de se dérober. Je m'imagine que Dubois, nommé cardinal le i6 juillet i72t et surtout premier ministre le 21 août 1722, dut à sa noble dignité d'interdire^ un ouvrage qui, en somme, insultait la monarchie et la religion ; et ses succeseurs ne révoquèrent pas son ordre. En outre, on a trouvé dans les Pensées de Montesquieu ce souvenir : « Lorsf que par le succès des Lettres persanes j'eus peutf être prouvé que j'avais de l'esprit, et que j'eus obc tenu quelque estime de la part du public, celle des € gens en place se refroidit; j'essuyai mille dé- € goûts.
Il vint, pour se consoler, passer quelque temps à Paris, rue de la Verrerie, au Marais, le quartier alors à la mode.
1. Lamoi^on de llale»herl»e8, Mémoire$ sur la liber U de la presse^ tn-8. Paris, 1823, nous apprend qu'elles furent dérendues en effet.
Montesquieu h l'hôtel de Soubise : Le P. Tournemine; au club de TEntre-sol : Lt Dialogue de Sylla et Eucrate; chez mademoiseUe de Clennont : Le Temple de Gnide, — Il est nommé et non reçu à l'Académie française.
Le premier soin de Montesquieu fut de rechercher les sociétés savantes, afin de se lier avec des hommes instruits parlant de sujets élevés. II avait plusieurs titres pour être admis parmi eux : il était membre de l'académie de Bordeaux et il venait de publier les Lettres persanes.
L'abbé Oliva*, bibliothécaire du cardinal de Rohan, réunissait, une fois par semaine, à l'hôtel de Soubise, des gens de lettres. Montesquieu fréquenta d'abord cette société, mais trouvant que le père Tournemine y voulait dominer, il s'abstint d'y revenir et n'en cacha pas la raison. Dès lors le directeur du Journal de Trévoux commença à lui faire des tracasseries, peut-être à mal parler des Lettres persanes. Aussi Montesquieu dit-il à tout le monde : « N'écoutez ni le père Tourne- « mine ni moi parlant Tun de l'autre, nous avons
1 . Guasco, Note sur une lettre de Montesquieu, du 5 décembre 1 7 50.
a cessé d'être amis * . » Cette rupture devait avoir des conséquences.
A défaut de ce cercle, on l'introduisit dans un autre, qui paraissait lui convenir mieux.
La pensée de fonder une académie des sciences morales et politiques n'a pas été trouvée par la Convention^. Car il y a toujours eu des tentatives avant le succès. L'abbé Alary, membre de l'Académie française et précepteur des enfants de France, rassemblait une vingtaine de diplomates, de magistrats et de lettrés, chaque samedi (c'est-à-dire le jour actuel des séances de l'académie des sciences morales et politiques), place Vendôme, dans l'hôtel du président Hénault, à l'entre-sol. On trouvait dans ce salon, en hiver, de bons sièges, un feu doux et du thé ; en été, des fenêtres ouvertes sur un joli jardin et des liqueurs rafraîchissantes; en tout temps les gazettes de France, de Hollande et d'Angleterre. Les séances duraient trois heures : dans la première on recueillait les nouvelles politiques du moment, dans la seconde on raisonnait sur les événements, et dans la dernière on lisait des mémoires sur le droit public, l'histoire ou l'économie sociale.
Cette société, qui ressemblait autant à un café qu'à une réunion publique, s'appelait, à cause de l'étage