X INTRODUCTION
comme Haupertuîs et Solignac, lorsque, en 1755, à l'Académie de Berlin et à celle de Stanislas, ils prononcèrent un éloge de Montesquieu rempli de renseignements semblables et faux. C'était la légende familière qui se faisait, comme le premier pas, sans qu'on y pense.
Vous trouverez partout le morceau que madame d* Aiguillon elle-même appelait c l'apothéose de Montesquieu ^ 1 D'Alembert le publia deux fois. En tète du cinquième volume de l'Encyclopédie^ au mois de novembre 1755, il l'accompagna de cette note : c La c famiUe a eu la bonté de nous fournir les mémoires c dont nous avions besoin. * Dans ses œuvres posthumes revenant sur une anecdote, il ajouta : c Ce c détail n'est pas exact, quoique nous l'ayons rapc porté d'après un Mémoire que la famille nous avait « fourni. » Je ne vois dans cet éloge qu'une légende philosophique, écrite par un sectaire qui veut absolument se faire un complice de plus.
Le morceau oratoire de Villemain sur Montesquieu est un des chefs-d'œuvre de l'éloquence appliquée à la critique littéraire, et l'apologie du gouvernement constitutionnel. Mais le genre ne comportait pas les particularités qui nous charment tant aujourd'hui et qui peignent mieux que l'art le plus consommé.
1. Correspondance de madame du Veffand, édit. M. de Lescure. Paris, Pion; Lettre de Paris, 3 octobre 1755.
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Aussi riiommfl y est-il eiïacé par le publiciste. Voilà encore la légende prise, cette fois, parle côté politique.
Excepté le talent il n'y a rien à remarquer dans les notices sur Montesquieu faites depuis sa mort jusqu'à ces derniers temps. Les auteurs ' se sont plus ou moins copiés les uns les autres, sans se citer ni se contredire. Quant h Walckenaër, auteur de l'article public dans la Biographie universelle de Michaud, je m'étonne que cet érudit, qui avait contribué à faire lever le séquestre mis sur les biens du pelil-fils de Monlesquieu émigré, se soit contenté de faire un mélange des trois légendes.
Un dernier embarras encombre celte biographie, car les préjugés ne vont pas sans erreurs. Je pourrais satisfaire la malignité du lecteur, en lui racontant mes courses et mes luttes à la recherche de la vérité. Pour montrer l'utilité du pyrrhonisme en histoire, il me suffira de raconter la découverte de deux inexactitudes, dont ia plus sérieuse vient des étrangers.
Une généalogie des Secondât, publiée, en 1858, dans le Nobiliaire de Guyenne et Gascogne par 0' Gilvy, allègue que Montesquieu t avait épousé < en 17(5, à Clérac, le 22 mars, noble dame de Lar-