‹ Histoire de Montesquieu: sa vie et ses œuvresChapitre 9 sur 269 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

c ligue. » Je demandai, sans malice, au maire du pays indiqué cet acte de mariage ; il me répondit qu'il ne l'avait pas. Un de mes amis, qui est expert en héraldique, se piqua de retrouver l'acte et y parvint. Cette pièce, inconnue jusqu'ici, prouve que « Montesquieu c avait, en 17iS, le 30 mars, épousé à Bordeaux, Jane c Lartigue.Y Ainsi, le renseignement exact sur l'année, était faux sur le mois, sur le lieu, sur l'orthographe du nom et sur la particule.

L'autre exemple est plus important. Tous ceux qui se sont occupé de V Esprit des Lois^ savent qu'il a passé devant la Congrégation de Y Index. Mais a-t-il été condamné? Les uns le croient, jugeant d'après leur conscience et se rappelant que Montesquieu n'a pas fait intervenir Dieu dans la formation des sociétés et a expliqué l'histoire de tous les peuples par l'influence des cUmats, Selon les autres, le duc de Nivernais, ambassadeur près du pape, était parvenu à épargner à Montesquieu une condamnation; Sainte-Beuve le tenait de Dupin, qui le tenait de François de Neuchâteau, qui le tenait des parents du duc de Nivernais. Pour savoir la vérité, il suffisait de consulter une publication périodique du Saint-Siège : Index librorum prohibitorum.

Ah I les moutons de Dindenault , comme ils suivent toujours celui de Panurge ? Encore s'ils avaient quelque autre qualité; mais ils sont durs

INTRODUCTION. Mil

comme la routine et paresseux comme la soltiso humaine !

Telles sont la légende et les erreurs répandues sur Montesquieu. Ce n'est, en conscience, pas assez pour le faire connaître maintenant surtout. Mais, avant de semer le blé il faut arracher du champ l'ivraie qui en occupe la place.

Autrefois la critique littéraire demandait à un écrivain ses livres et un peu son temps; elle les étudiait en détail, y cherchant l'écrivain, l'hislorien, le philosophe, l'économiste, le législateur, et en faisait une analyse aussi ingénieuse qu'éloquente. Le dernier mot sous cette forme a été dit, en 1839, sur notre auteur par le ministre, actuel de l'Intérieur en Hollande, M. Heems kerk, dont le coup d'essai fut un coup de maître. Son ouvrage est une thèse de doctorat de trois cents pages , écrite en latin , sous le titre de Spécimen inaugurale de Montesquivio ; elle m'aurait découragé, si elle eut été complète sur la biographie.

Aujourd'hui on prend moins d'intérêt aux œuvres qu'à l'homme, on veut savoir où, comment, pourquoi il a écrit, et les petites circonstances de sa vie, celles où nous agissons plus naturellement que dans les grandes. Abélard nous intéresse plus par ses amours que par ses livres. Aussi les professeurs de rhétorique sont-ils obligés d'être moralistes.

Pour combler une lacune, j'ai donc voulu essayer

XIV INTRODCCTIOrï.

de faire cette notice, et je m'y suis préparé par tous les moyens.

Il existe chez un descendant très-éloigné de Montesquieu des correspondances et des manuscrits inédits, qu'il a refusés à Walckenaër, à Lalné, même à Cousin. Je suis allé d'abord me faire traiter de même par ce gardien des Hespérides. Une pensée diverse de son ancêtre aurait dû me détourner de cette démarche : « J'avoue, dit Montesquieu, que j'ai trop de vanité « pour souhaiter que mes enfants fassent une grande « fortune ; ils regarderaient mon tombeau comme le « monument de leur honte. Je puis croire qu'ils « ne le détruiraient pas de leurs propres mains, « mais ils ne le relèveraient pas, s'il était à terre. »

Ma seconde préoccupation a été de travailler sérieusement pour apprendre l'histoire de son siècle dans les mémoires, les journaux politiques et littéraires, dans les chroniques, dans les romans, les pièces de théâtre, les almanachs, les tableaux et les vignettes, afin de bien apprécier les événements oix il a vécu et les allusions qu'il a pu y faire.

Dans tous les pays civilisés, on. a écrit des volumes sur, pour et contre lui ; ils m'ont passé sous les yeux ; car on ne connaît un génie de cette trempe que quand on a entendu parler de lui ses amis et ses critiques, les disciples qu'il a faits et les institutions élevées sur ses plans.

IMRODDOTION. KV

Je me suis donné le luxe d'aller voir tous les portraits, médailles, médaillons, bustes et statues qui ornent ses œuvres, ses biographies, les musées, les bibliothèques, les Académies, les tribunaux, les parlements, les places publiques et les cabinets d'amateurs. Puissé-je avoir emprunté quelques traits à Dassier, à Graleloup, à Clodion, à Ëisen, à de Sève, à Marillier ou à Lemoine.

Il m'a été permis de visiter le château où il est né et la maison où il est mort, ses habitations de ville et de campagne. Dans ces lieux divers, j'ai recueilli les traces de son séjour et des renseignements précieux. Tantôt les êtres m'ont expliqué ses théories, tantôt un usage particulier ses critiques générales.

On sait sur son compte bien des détails, mais ils sont disséminés un peu partout. Des érudils tels que MM, Edouard et Hippolyle Fournier, Borel d'Hauterive, Ravenel, Gustave Brunet, Maurice Tourueux, Tamisey de la Roque, Félix Frank, Judicis, Challamel, Vatel, d'Auriac , Schwab, I,orédan Larchey, Vaillant, Malassis, Desnoiresterres, Gaullicur, Edmond Cougny, Charles Strauss et Thézard, m'ont signalé tout ce qu'ils ont rencontré. Mes meilleurs aides ont été un avocat distingue de la Cour de cassation M. Fliniaux, M. le docteur Guérard, un des plus savants médecins de Paris, M. Céleste, Tingénieux, laborieux et consciencieux employé de la bibliothèque de Bor-

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