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à jOS. MONTFERRAND
marchands de bois, rivale de Bowman que Montferrand représentait dans le haut de l'Ottawa (dans le voisinage de Pembroke) avait composé une chanson pour célébrer ses exploits. Chaque fort-à-bras qu’il démolissait
ajoutait un couplet à cette kyrielle déjà longue. N'ayant :
jamais vu Montferrand, il lui prit fantaisie de rimer à son sujet une strophe finale, à peu près dans ces termes :
Et Montferrand, au pied léger,
Aura de mes nouvelles,
Il ne pourra pas s’en sauver:
Je le cherche et l'appel !
À quelque temps de là, Montferrand eut occasi1, d'entrer dans une cambuse ou chantier tenu par un friandais, près du village de Buckingham,et se trouva en présence d’une vingtaine de s#iners, parmi lesquels Hennessay, qui se fit connaître. |
Une autre version rapporte je M. Bowman avait fait cadeau à Montferrand d'un chapeau de castor et que en le voyant passer avec cétte coiffure, on l'interpella amicalement sous prétexte de “ mouiller ” l'article. Ces hommes avaient déjà bu passablement. Après quelques nouvelles rondes, la plupart se trouvaient gris. Hennessay avait l'ivresse désagréable. Se levant tout à coup il enfonça le chapeau de Montferrand sur les yeux de celui-çi en disant quelques mots de provocation. Montferrand, toujours sur la réserve, ne s'était pas laissé griser ; d’ailleurs, buvant à de rares intervalles, une fois par mois à peine, et avec mesure, il résistait admirablement à l'effet de la boisson.
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J0S. MONTFERRAND k 25
— Pourquoi donc te présentes-tu aujourd’hui que je suis seul? dit Montferrand. Quard mes hommes sont avec moi, on te voit passer au large.
— Je ne me sens pas en sureté parmi les tiens.
— Moi, c'est différent, j'accepte ton défi au milieu de tes gens. Tu veux m'intimider! Ta chanson insulte les Canadiens : c’est à la canadienne que je vais t'étriller. En garde!
Sur ces paroles, quelques hommes fermèrent la porte et se tinrent tout auprès pour empêcher les combattants de sortir.
— Tu veux donc mourir ici, maître fourbe, demanda Montferrand. C’est un piége que tu m'a tendu !
Mais Hennessay frappait déjà. Dans cette chambre remplie de monde et toute basse, il fallait mesurer ses mouvements. Lorsque Montferrand inclinait à gauche ou à droite ou rompait, les hommes de Hennessay le repoussaient à coups de pied, avec tant de vigueur qu'il en a gardé les traces douloureuses le reste de sa vie. C'est alors que, voyant la situation se compliquer, il déclara qu'il allait se servir de ses pieds et mettre à mort toute la bande. La porte s'ouvrit. On était à la dixième reprise. Hennessay désirait reprendre haleine. Montferrand se plaça dans une espace libre et chanta le couplet le plus agressif de la chanson de son adversaire. Ceci ranima Hennessay, mais à la quinzième reprise il faiblissait visiblement. Montferrand £hanta alors :
Un Canadien n'est pas léger Sachez-en la nouvelle,
Tu ne pourras pas t’en sauver:
Je viens quand on m'appelle !
Et s'adressant à toute la bande :
— Le meilleur d'entre vous, à présent !
Hennessay réclama le droit de répondre encore une fois. Montferrand para deux ou trois attaques puis tout à coup abaissant son poing sur la figure du téméraire il l'écrasa comme une pomme cuite. Hennessay ne provoqua plus les Canadiens après cela. Il fut tué d’un coup de pistolet dans une bagarre, plusieurs années ensuite,
Bytown dut son nom au colonel By qui, à la tête d'un détachement des ingénieurs des troupes, construisit le canal Rideau, terminé vers 1830. Quelques maisonnettes, placées aux Chaudières, d'autres à l'entrée du canal et ‘d’autres encore près la chûte du Rideau, furent les commencements de la ville. Le commerce de bois, la navigation du canal et la traite des fourrures l’alimentèrent à partir de 1830. Les forestiers répandus dès lors à de grandes distances dans le haut de l’Ottawa, faisaient de Bytown leur quartier-général. Les bateaux-à-vapeur remontaient jusque là.
+ * + Vour se rendre de Hull à Bytown il faut traverser un pont construit autrefois de cordes, plus tard de chêne,
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JOS. MONTFERRAND à 27
| ensuite de fer, maintenant de fer et de bois. À cause du | gouffre de la Chaudière, la navigation est interrompue en cet endroit. Ce fut le théâtre des meilleurs coups de Montferrand. Le idroit de passage ne s’obtenait bien souvent M qu'en livrant bataille. J'écris en ce moment, les yeux fixés NX sur ce paysage, où circule toute une population paisible, et j'ai peine à me figurer les combats dont je parle, tant les choses paraissent changées.
On raconte qu'un jour, en 1820, plus de cent cinquante shiners s'étaient mis en embuscade, du côté de Hull, ! à 1} l'extrémité du pont, qui est suspendu sur la décharge de à la cataracte. Montferrand, qui avait conçu des soupçons, demanda à une femme dont l'échoppe se trouvait, comme à présent à la tête du pont, côté de Bytown, s’il y avait du monde dans le voisinage, et sur sa réponse négative, il partit seul pour traverser.’ À peine rendu au milieu du trajet, l'ennemi se précipita au devant de lui. Il voulut fuir, mais la femme avait refermé la porte du pont. Les shiners brandissaient des gourdins et proféraient des menaces en s’excitant les uns les autres, Montferrand: fit quelques enjambées rapides pour se rapprocher des agresseurs ; ceux-çi s'arrêtèrent un instant, mais l'un d'eux plus exposé, tomba aux mains du Canadien, qui le saisit par les pieds et s’en fit une massue avec laquelle il coucha par terre le premier rang; puis ramassant ces malheureux
? Hull, établi en 1800, était un fort village, 1 Je dois presque tout ce récit à M. Bastien, sergent de ville à Montréal, l’un des témoins de ia scène,
comme des poupées, il les lança, à droite et à gauche, dans les bouillons blancs de la rivière. Au moment de l'attaque, Montferrand avait invoqué la sainte Vierge et fait le signe de la croix. L'un des s4irers culbutés se releva sur un genoux et au moment où la formidable poigne du géant allait lui faire subir le sort des autres, il décrivit sur sa personne avec un air suppliant, le signe de la croix. “ Passe derrière,” lui dit Montferrand, qui, sans tarder, bondit de nouveau en avant et recommença à abattre des hommes. La bande plia et se mit à courir, mais en même temps, Montferrand se sentit atteint derrière la tête par un coup de pierre ou de bâton.’ Il se retourna et rabattant son poing sur la poitrine du traître (homme au signe de croix) il l'étendit raide à ses pieds, puis, le saisissant par le milieu du corp, le lança dans le gouffre. La scène était horrible. Le sang coulait du parapet dans la rivière. Une foule de gens, rassemblés sur le rivage de Hull, regardaient détaler les s£iners qui s’enfuyaient par la route d'Aylmer. Montferrand venait de passer le pont comme il passait partout : en vainqueur. Pur
L'anecdote que je vais. raconter paraît se rapporter à 1830.
Peu de temps après la bataille du pont de Hull, Montferrand arrimait une cage de bois en grume au pied
1 Le fils de Montferrand porte, depuis sa naissance, sur le derrière de la tête, ane marque semblable à celle qu'avait son père après cet accidents
à gauche, 1oment de Vierge et ulbutés se ormidable autres, il e signe de qui, sans imença à : à courir, eint deron. Il se du traître es pieds, a dans le du para-
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de Hull, au pied
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des glissoires de la Chaudière, Un jeune homme natif de l’'Epiphanie, âgé de vingt-deux ans, lui demanda de l'ou-
vrage.
— J'ai tout mon monde, lui dit Montferrand, mais voici un billet qui vous recommande à mon ami Cardinal. Vous feriez bien de mettre dans votre poche le bouquet, que vous portez au chapeau, car malgré votre stature et votre force, les chaîneurs ne vous laisseront point passer.
— Je me moque d’eux, répondit le jeune homme,
Les anciens de Bytown assurent que l’on peut compter par douzaine les victimes des deux nationalités qui ont fait le saut du pont de Hull. À tour de rôle les partis s'adonnaient à ce genre de vengeance,
— Monsieur Jos, s’écria l’un des cageurs de Montferrand, voyez donc la coiffure du jeune homme de tout à l'heure! |
En effet, le chapeau descendait le courant. Plus loin dans les remous, se débattait l’infortuné Canadien.
Sauter dans une embarcation et pousser vers le lieu du péril fut l'affaire d'un instant. Mais en, saisissant le canot, le jeune homme le fit chavirer. Montierrand et lui se débattirent au fond de la rivière pour reparaître à vingt
pieds de là. Cet endroit est des plus dangereux. Chaque
année des imprudents s’y noyent, à la vue des promeneurs qui visitent le parlement. Après une lutte assez prolongée, passant de tourniquet en tourniquet, Montferrand saisit un cable qu’on lui jetta et atteignit terre emportant le jeune homme évanoui,
.— Que le bon Dieu soit béni ! s'écria-t-il, celui-ci est le onzième que je tire de la rivière.
J'ai été plus embarrassé dans ce travail par l’incertitude des dates et l'abondance des faits que par l'esprit du doute. Montferrand est entré dans l'imagination populaire. Ses exploits ne souffrent point contradiction. Reste à savoir où, quand et de quelle façon telle ou telle chose qui le concerne a eu lieu. Et puis, comme le dit un proverbe : on ne prête qu'aux riches — et que ne lui a-t-on pas prêté ! Son père et son.grand-père, personnages célèbres en leur temps se sont en quelque sorte fondus dans sa légende — si bien que jamais à présent on ne parle de ces deux athlètes — tout est mis au compte du Montferrand que nous avons connu. |
La beauté de sa figure, l’aimable expression de ses traits, la grâce de toute sa personne, la jovialité de sa conversation en faisaient l’un des hommes les plus captivants et lesglus polis de l’époque, mais il parlait toujours avec hauteur et mépris de ceux qui tentaient de se faire une renommée par des bravades. “ Bon à rien” “ cabo-
chon, ” ‘“morveux, ” “ serre-le- -grain,” “ punaise de bois, “ enfant de quatre sous ” — telles étaient les expressions qu'il employait pour les désigner. J'en passe, et des plus énergiques | |
Avec ses grands yeux bleus, ses cheveux blonds foncés, son teint clair, ses joues rosées, quand il entrait
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dans un bal, on ne voyait plus que lui. Da. :ur incomparable, un peu poseur comme tous les beaux garçons, il enlevait les suffrages. A table, gaîté et politesse, à la mode des anciens seigneurs. Il n’y a qu’une voix parmi ses contemporains pour chanter ses louanges et exprimer leur admiration à son égard.
Pouffant de rire à voir couler sa vie Comme le vin d’un tonneau défoncé,
le voilà bien fidèlement décrit par le chansonnier.
Amour ! tu perdis Troie. Amour! tu fis le malheur de Samson. Amour! si lon instruisait ton procès, tu serais. plus chéri que jamais ! Je te consacre trois exclat mations.
Montferrand ne stationnait nulle part sans faire acte de galanterie” À la ville comme au village, ses soirées appartenaient: aux dames. Avec sa jovialité, l'entrain de ses manières, la politesse qui était innée en lui — et sa réputation d'homme invincible... et irrésistible, disons le mot, il attirait tous les regards, captivait les cœurs et régnait par droit de conquête dans les cercles qu’il fréquentait. Mille jalousies étaient le résultat de cette conduite, mais l'Adonis, à la fois hercule et bon vivant, n'en tenait pas compte. De tous temps, la beauté s’est plu à soumettre les hommes forts. Il s'en suivait que les rivaux de Montferrand étaient souvent des types peu ordinaires — et s’il a soutenu des combats contre quelquesuns de ses propres amis ou compatriotes, c'est dans cette
situation qu'il faut en rechercher la cause. De là aussi ces attaques nocturnes, ces surprises qui tiennent du roman et dont sa carrière fut remplie. De là également le prestige de sa renommée, car notre peuple fait toujours la mesure très large à celui qui fascine le beau sexe et qui s'expose au danger en son honneur.
‘“ Battu ou battant, dit M. Montpetit, Jos. Montferrand n’en restait pas moins le type du batailleur agile, fier, vaillant, galant, et partant, invincible et invaincu. On trouvait toujours quelque part, dans le coin du cœur, une excuse pour ses défauts ou, ses faiblesses. Homme de plaisir et de jole, avait-il. une défaillance ? on prétendait que, la veille, il s'était oublié au milieu de ses amis. ”
J'emprunte encore à M. Montpetit la substance de l’'anecdote suivante : Un jour que Montfe:rand avait invité plusieurs de ses hommes à se désaltérer dans un petit hôtel bien tenu, il fut étonné en entrant de voir que les figures de la maison n'étaient plus les mêmes. L’ancien propriétaire avait changé de résidence.
— Pardonnez-moi, madame, dit-il à une jolie femme qui tenait le comptoir. Autrefois, on me connaissait ici. En ce moment, je n’ai pas de monnaie, et je me retire.
— Restez, monsieur, avec vos amis ; sans savoir qui vous êtes je vous crois homme d'honneur. Faites-vous
servir.
On profita de la permisssion. Montferrand entama
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une causette avec la nouvelle maîtresse du logis. Avant de partir, il la remercia de son obligeance, puis se plaçant au milieu de la salle, il s'enleva d’un vigoureux coup de jarret, marqua les clous de sa botte sur le plafond, et avec une grâce parfaite :
— Voici, madame, ma carte de visite : vous pourrez la montrer à vos clients : je me nomme Montferrand.
La “signature” du colosse a fait une partie de la fortune de la belle hôtelière. On venait la voir de dix lieues à la ronde.
Quand il signe, Son talon Egratigne
Le plafond,
Aux élections de 1832, à Montréal, les troupes firent parler la poudre. C'était du nouveau. Néanmoins il y eut plus d’un engagement au bout du bras. Le grand Voyer tua un tory d'un coup de poing, sur la place du marché au foin (carré Victoria à présent). Une poussée formidable s’organisa contre lui. Montferrand se tenait près de Voyer, qu'il appelait familièrement son papa. A l'approche de cette vague humaine, il lança un coup de poing qui renversa trois hommes. La bande, toute décontenancée recula. On la poursuivit et elle ne reparut plus de la journée.
L'adresse avec laquelle il choisissait, dans une foule, l'individu ou le groupe qu'il s'agissait de frapper pour jeter
l'épouvante parmi le reste, a été observée dans tous ses ; K .
grands combats. Jamais il ne perdait son temps. Pas un geste inutile, C'ést de lui qu'on peut dire: “tous les coups portaient. ”
Ces troubles de 1832 sont de l'histoire. Trois Canadiens furent tués (21 mai) par le feu des soldats ; plusieurs blessés. M. Joseph Roy, magistrat, eut le courage de lancer un mandat d'arrestation contre le colonel Mackintosh et le capitaine Temple — mais le jury ne voulut pas sévir, et M. Roy perdit sa commission de juge de paix.
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Sandy Dubois, hôtelier de la place Jacques-Cartier, arrêta un jour Montferrand qui passait dans la calèche de Toutou Marsolais, et le fit entrer chez lui, sous prétexte de boire le coup de l’étrier, car Montferrand partait au devant des cages de l'Ottawa. Les deux frères Tommy et Jimmy Ling les suivirent et devinrent bientôt incommodes, surtout Jimmy, le plus renommé des deux. Montferrand, impatienté et pressé de partir, attrapa Jimmy par les flancs, le souleva avec une telle vigueur que la tête et les épaules du Ouily enfoncèrent deux planches du plafond, et le laissant retomber comme une masse inerte, il sortit souhaitant bonne santé au reste de la compagnie. Sur le trottoir, voyant qu'on le regardait, il s'enleva des deux pieds et retomba mollement assis dans la frèle calèche sans la fatiguer ni trop l'ébranler.
— Touche, Toutou ! Au revoir Dubois ! En route pour l’Abord-à-Plouffe !
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Vers 1842 ou 1843, il y avait béfédiction d'une cloche à Buckingham ; Mgr Bourget officiat avec trois ou quatre prêtres de Montréal. Les chêneurs, au nombre d'une centäine, voulurent empêcher la cérémonie et menacèrent de tuer l'évêque. Montferrand les dispersa. Après la cérémonie, les chêneurs revinrent et parlèrent d'incendier l'église, On se battit. Montferrand assomma dans le conflit plusieurs de ces fanatiques.
Ses contemporains les plus renommés n'ont pas laissé de profonds souveñirs après eux. La génération actuelle ne les connait pas. C’étaient : Joseph Clermont, Louis Montferrand, Joseph Colas, Taillefer, Senécai, Brulé, Petrus Labelle, Lapane, Claude Giguère, Peter McLeod, Castérat, Rodolphe Des Rivières, Garçonnette Giroux, Grenache, Vital Poitevin, Letendre, Gourdeau, Cardinal, Monarque, Tourangeau, Duhême, Joseph Gobeil, Vigneau, Leduc, Ouellet, Morin, Deschamps, Masson, Rouillard, Malo, et d'autres que les anciens mentionnent au cours de leurs récits. Seul Jos. Montferrand les remplace dans la mémoire du peuple. Il symbolise son époque — on ne saurait contester qu’il en fut le type le plus extraordire.
Raconter ses luttes, c’est nommer les hommes notoires de son temps dans l’art des combats. Ainsi, il a battu Sans- Pitié, les na le grand Baptiste Dubois, Alex.
É jamais il n’a eu le dessous,
J'ai plus d'une fois entendu dire : “ Un tel a battu Montferrand,”” mais en allant aux informations j'ai toujours appris autre chose. Par exemple M. Jeanveau, qui
demeure encore à Montréal, vient de me faire savoir que ni son père ni son frère ni lui-même n'ont eu chicane avec Montferrand. Néanmoins, on dit pourtout qu'ils se sont battus. L'origine de ce conte fut une contestation au sujet d'une paire de rames, que Montferrand préféra payer à Jeanveau, afin de satisfaire les parties intéressées.
À Québec, on dit que Montferrand a été battu dans cette ville par un nègre. A Sorel mêmé chose. À Mont- À réal, à Kingston, à Ottawa toujours le nègre reparait. Au 4 fond, il y a pour toute vérité, les affaires du mulâtre de à Kingston et du nègre de Montréal racontées ci-dessus, :
Un maître de boxe nommé O’Rourke tenait un hôtel, rue Saint-Pierre, à Montréal. On le disait de première force dans son art. Il avait battu Reed, fameux pugiliste américain, et depuis lors il portait le titre de champion. Reed amena Montferrand chez O'Rourke et les pria de prendre les gants en sa présence. La table du dîner était dressée pour une cinquantaine de convives. Les
combattants se placèrent dans un espace libre et le jeu commença. O’Rourke vit de suite que la tâche dépassait ses moyens ; il s'emporta, jetta les gants et frappa à poings nus. Montferrand méprisait les batailles sans motifs : il enleva son adversaire à bras tendus et le lança sur la table avec une telle puissance que tout le service fut balayé.
battu i toui, qui r que avec è sont n au éféra ssées.
dans ontt. Au re de sus,
it un premeux e de ke et le du . Les > jeu 1SSait Dings fs ; il table layé.
O’Rourke se ramassa péniblement de dessous un monceau de faïences brisées et vint, clopin-clopant, faire des excuses à celui qui l'avait si bien roulé. De plus, il paya une ronde aux personnes attirées par le bruit de la lutte.
Ces exploits volaient de bouche en bouche et, comme s'exprime une vieille chronique, là réputation de Montferrand était insurpassable.
Un régiment s’exerçait sur la Place d’Armes, à Montréal, et venait de former la ligne. Montferrand passait, Les soldats se le désignèrent les uns aux autres ; en un instant la discipline fut oubliée. Le colonel, ne comprenant rien à cette attitude insolite sous les armes, lançait des ordres que les majors répétaient — mais c'était comme s'ils chantaient tous trois. L’adjudant, placé à l'un des points de base de la ligne, étendit son épée vers un certain endroit : à ce signal les officiers supérieurs
pivotèrent sur leurs montures et virent Montferrand qui
achevait de parcourir la place. Le colonel (un s#oré) se retourna et sourit à ses hommes ;‘les majors se déridèrent. Les soldats comprirent que leur distraction était pardonnée. On avait vu passer Montferrand : dès lors tout s'expliquait et s’excusait ! ” | |
En 1838-39, la prison de Montréal regorgeait de
détenus politiques qui se plaignaient, non sans motif, d'être mal nourris Deux fois par semaine, Jos Mont-
il | :.
21 LL l Î ie , [1 :
ferrand et son bon ami François Laviolette, boucher, allaient de porte en porte, même chez les Anglais réputés ardents bureaucrates, et demandait la charité pour les prisonniers. Il va de soi que pas un Canadien ne les renvoyait les mains vides. La plupart des Anglais donnaient par admiration pour l’excellent caractère et les prouesses de Montferrand.
Car il eut ce beau privilège d’être aimé de tous ceux qui le connurent. Ses anéiens compagnons ; ceux pour . qui il travailla ; les hôteliers qui l'hébergèrent —- tous m'ont parlé de lui avec respect et affection. La postérité se tromperait grandement si elle faisait de lui un hercule mal dégrossi, avide de luttes et rude envers les autres comme il l'était parfois pour lui-même. Je tiens à faire ressortir son mérite, maintenant qu'il n’est plus et que son nom semble destiné à prendre place dans nos annales histo-
riques,
C'était un nageur accompli. Il dut à cette faculté la chance de sauver sa vie dans une circonstance remarquable.
. Les Irlandais ne le cherchaient plus qu'en bande et pour le tuer, après l'affaire du pont de Hull. Ses patrons: lui recommandaient de ne point se risquer à Bytown sans être accompagné. Un jour, se trouvant seul au bord du Rideau, il fut surpris par une troupe qui le cerna et il dut traverser la rivière à la nage. Sur la grève
opposée, une autre bande, armée de. fusils, dit-on, le
ucher, guettait. Alors, prenant le fil de l’eau, il se laissa emporter
PRE j pute vers la chute. Au moment de sauter il adressa une
ur les fervente prière au ciel. Deux heures plus tard, Bytown
ES ren-
savait que Montferrand était englouti dans l'Ottawa — mais il changeait tranquillément d’habits chez. un hôtelier
naient
HSSRES M du nom d'Agapit Lespérance et racontait son aventure. #1 La couche d'écume qui flotte au pied du Rideau avait p CRUE M dérobé le plongeur aux yeux de ses ennemis. Le temps
pour . que ceux-ci prirent à descendre la côte, il l'employa à se
— tous dérober sous les replis de la cataracte. Le Rideau tombait érité se encore, il y a quinze ans, de ‘manière à laisser plusieurs ile mal À vides sous ses voiles admirables. M. Louis-Joseph Papiomme neau m'a conté que, Vers 1810, il aväit pu se glisser sans ssortir se mouiller derrière une grande partie de la chute. En n Don 1613, Samuel de Champlain disait “cette chute tombe
histo- 07 d'une telle impétuosité qu'elle fait une arcade ayant de L largeur près de quatre cents pas. Les Sauvages passent dessous par plaisir, sans se mouiller que du poudrin que
ulté la fait la dite eau.” "emar- “"*
Bytown se peuplait mais la guerre de race n’en était bande pas moins vive. Un boxeur écossais, dit-on, avait pris . Ses rendez-vous pour se mesurer contre Julien Sans-Pitié, quer à ME l'un des Canadiens les plus renommés, de Montréal au it seul 1 fort Coulonge, et qui se vantait de n'avoir de rival digne qui le de lui que dans la personne de Montferrand. Or ce dergrève nier avait dit, en parlant de Sans-Pitié : ‘“ c’est un enfant on, le qui bavarde contre son maître.” Sans-Pitié crut devoir
46 jOS. MONTFERRAND
faire prier Montferrand de lui servir de témoin dans son duel. Montferrand était stationné à cinq lieues de Bytown ; il accepta et fit le trajet à pied, portant dans ses bras une loupe d'érable de vingt livres, présent qu'il fit à son beau-frère pour s’en faire un maillet de tailleur pierre. L’'Ecossais ne parut point, on ne sait pour quelle raison. Montferrand, fatigué et assez peu content, alla se mettre au lit, dans l'hôtel d'Agapit.Lespérances, son logis ordinaire. On ne dit pas pourauoi Sans-Pitié monta à la chambre de Montferrand et frappa celui-ci pendant son sommeil. Il s’ensuivit, une bataille en règle, dans la cour de l'hôtel. ! A la cinquième reprise, Sans-Pitié plia. C'était un homme de plus'de six pieds, vigoureux, fier de ses -exploits. Il disait qu'il ne craignait de Montferrand que son pied : ce fut le poing qui l’abattit.
Par
Montferrand religieux fervent — cela étonne tout d'abord. On se figure ce redoutable athlète ne craignant ni Dieu ni diable, selon l'expression populaire. Cependant tel n'était point le cas. Chaque fois qu'il s'est trouvé dans quelque péril, il a invoqué la sainte Vierge pour qu’elle lui donnât du courage et ce qui est plus remarquable, il avouait cela à ses camarades, très peu enclins à la dévotion, la plupart mêmes assez libres-penseurs.
M. Bastien, son compagnon de voyage, dit que jamais Montferrand n’a laissé coucher ses hommes pendant le mois de mai, sans leur faire dire en commun le chapelet,
i Montferrand était pieds nus et en caieçon.
Ans son es de ans ses d'il fit à pierre.
raison.
mettre is ordia à la ant son la cour C'était de ses nd que
e tout ignant Cepentrouvé e pour remarclins à 'S.
jamais dant le apelet,
JOS. MONTFERRAND 4i
et que toujours, quand sa cage était ancrée à, proximité d’une église, il emmenait ses hommes à la messe le dimanche, ne laissant sur la cage que le cuisinier.
Ses camarades, qui étaient fiers de lui, le réprimandaicnt quelques fois d'avoir refusé la bataille, A cela il répondait :
— J'ai promis à ma mère et à la sainte Vierge de n’agir que si je voyais une chose mauvaise, un tort, une
insulte imméritée, ou le fort opprimant le faible.
En effet, on ne peut lui reprocher de s'être engagé dans des luttes pour le plaisir de manifester sa force ou sa vaillance. Il y avait un fonds de chevalerie dans son cœur et dans son imagination. Au moyen-âge il eut porté a lance et la hache d'arme avec éclat, pour Dieu, sa dame et son roi.