‹ Histoire de Montluçon, d'après des documents inédits. Annexes: Montluçon industriel, l'antique cité féodale transformée en ville industrielle, 1840; notabilités montluçonnaises; environs de Montluçon; étude sur NérisChapitre 16 sur 113 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Période: de la Renaissances

Le Connétable de Bourbon, — Sa bravoure & Marignan. — Ses ddmèlés avec François l"^ — Sa trahison et sa mort. — La peste & Hontluçon. — Les confréries de Sainte-Anne et de Sainte-Elisabetli. — Description du oh&teau. — Le faubourg des Qirauds. — Le mont de t'Hermitage. — Les anciens ponts. — L'église Saint-Pierre. —■ Le moulin de la Roolie. — Lttdtel de messire Quichard. — Le grenier d'abondance. — Les anciennes rues — Les oostomes de nos ancêtres. — Quelques actes du XVI* sidole, extraits des archives de rAllier.

Avant d'aller plus loin, consacrons quelques lignes au Connétable de Bourbon, le dernier de nos ducs, qui administrèrent pendant de longs siècles le Bourbonnais, donl la ville de MontlucoD formait un des plus beaux fiels.

Charles de Bourbon était né en 1490. Devenu comte de Hontpensier par la mort de son frère aîné, il avait épousé, ainsi que nous l'avons dit, Suzanne de Bourbon.

Ayant acquis, par son mariage, le titre de duc de Bourbonnais, il accompagna Louis XII dans son expédition contre les Génois, en 1507.

En 1509, il fit partie de l'expédition contre les Vénitiens et se ût remarquer par aa belle conduite à la bataille d'Agnadel.

On le voit aussi en Italie et en Navarre, oii il est envoyé en 1512 au secours de Jean d'Albret, nommé gouverneur du I^nguedoc, puis lieutenant général extraordinaire en Bourgogne, il parvient & établir la discipline et à réprimer les brigandages, oi^anisant à ce point la défense des frontières de la patrie, qu'il en rend toute invasion impossible.

A la suite de ces hauts faits, Louis XII lui avait promis l'épée de connétable ; mais la mort de ce prince l'empêcha de mettre son projet à exécution. Cette épée ne lui fut remise que par François l", le jour de son sacre.Leducyassistaitencompaguiede deux cents geotilhommes de sa cour.

Prenant au sérieux ses fonctions de grand connétable, Charles s'occupa de négocier la soumission des Oénois en 1515, et il l'obtint. Les

Génois devaient remettre à la France la ville et la forteresse de C^aes, à la condition que l'on fournirait au doge, qui prenait letitredegouverneur perpétuel, un collier de l'ordre de Saint-Michel, une compagnie de cent lances et une pension de six mille écus.

C'est au château de Bannegon, sur les limites du Berry, que Charles apprit cette heureuse nouvelle. Il se rendait alors à Lyon, rendez-vous de l'armée destinée & prendre part à la campagne d'Italie. Le roi trouva le traité à son gré et le ratifia, laissant à Charles le soin de désigner luimême le capitaine et les gens chargés de tenir garnison dans la ville.

Cette charge fut conllée au Seigneur des Forges, le plus hrave des gentilhommes, au dire de Mérillac. Le sire des Forges, ajoute Antoine de Luval, était de ceux qui ont leur maison des Forges en la chAtellenie de Montluçon. C'était, sans doute, un des membres de cette puissante famille dont les armes surmontaient la porte des Forges.

Bravoure du duc de Bourbon. —Parti de Lyon en juillet 1515. Charles passa les Alpes dans les premiers jours d'août et contribua largement au succès de la bataille de Marignan, ce qui lui valut les plus grands éloges de François 1".

En souvenir de cette victoire, le duc fonda à Moulins le couvent de Saint- Dominique. Nommé gouverneurgénéral du Milanais, il se vit bientôt, par les intrigues d'une dame de la cour, retirer cette fonction et revint en France, dans son duché, où il s'occupa de remettre de l'ordre dans ses affaires et surtout dans ses biens et revenus, que l'expédition du Milanais avait quelque peu endommagés, 11 obtint de ses étals d'Auverçne en 1516, un subside. Mais comme il avait dépensé cent mille livres pour le Milanais, il réclame cette somme et l'arriéré qui lui était dû pour ses différentes places et dignités. Français l-^' s'y refusa d'abord, puis sur les instances d'Anne de France, promit de taire droit à. cette demande l'année suivante, promesse qui ne fut pas tenue.

Démêlés avec François 1". — Charles patienta cependant encore, assista aux fêtes données en l'honneur du baplOme du dauphin et ser\'it de témoin à son Seigneur et maître dans la fameuse entrevue du « Camp du Drap (S or ».

Ennuyé, las plutôt, des tracasseries auxquelles il était en butte, Charles revint en Bourbonnais et donna ses soins à l'administration de ses domaines. On croit que c'est à cette époque qu'il visita pour la dernière fois Montlu(;on, d'où il expédia ses lettres patentes pour l'entretien des murailles de celle ville, qui avaient eu tant à souffrir du fréquent passage des hordes anglaises.

PÉRIODE DE LA BeNAISSANCE 61

Suzanne, feiiiine de Charles de Bourbon, mourut en1521,aprèsavoir, par un acte daté de Montiuçon (1519), renouvelé la donation entre vifs de tous ses biens.

Le Connétable prend part à la campagne contre Charles-Quint en Ciiampagne, puis l'hiver ayant mis fin aux hostilités, il revient en Bourbonnais et demande la main de Renée de France, sœur cadette de la reine qui lui est refusée.

Louise de Savoie, qui avait des vues sur le duc de Bourbon, n'ayant pu réussir dans ses projets de mariage, jura sa ruine et lui intenta devant le Parlement un procès comme plus proche parente que lui de sa défunte femme.

Montholon plaida pour le duc, et après bien des débats, l'affaire fut renvoyée au conseil.

C'est alors que le duc, se voyant menacé d'une spoliation, s'aboucha avec Charles-Quint et trama avec lui un odieux complot qui ne tendait à rien moins qu'au démembrement de la France.

Trahison et mort du duc. — Sur ces entrefaites, le roi se rendit à Moulins. Feignant la maladie, le duc le reçut au lit, mais lui jura néanmoins fidélité et se mettait en route pour le rejoindre in Lyon, afin de prendre part à la campagne d'Italie quand, à Lapahsse, il apprit la confiscation de ses biens. Il se rendit à Chantelle, qu'il mit en état de défense.

Craignant d'être pris par de Chabannes qui avançait à la tête d'une armée, il passa à l'étranger et dès lors commencèrent les hostilités contre la France. Après maints succès, le connétable fut tué & l'assaut de Rome, le 6 mai 1527.

Nous avons dû forcément, pour ne pas couper en deux l'histoire du comte Charles de Bourbon, passer sous silence plusieurs faits locaux. Nous avons hâte de les mentionner.

La peste i UonUuçon. — En 1517, la ville est affligée de la peste et terribles sont les ravages qu'elle y exerce Les marchés sont transportés dans les communes circonvoisines et toute communication est interdite avec les étrangers.

En 1519, les consuls prennent des mesures contre l'incendie et ou voit se fonder h Montiuçou les confréries de S"-Anne et de S">-Elisabelh.

Le 27 juillet 1527, plus de deux mois et demi après la mort du connétable de Bourbon, un nouveau lit de justice fut tenu. François 1" séant en sa cour de parlement, garnie de pairs, princes et gens du sang, après avoir fait appeler le duc de Bourbon à haute voix à la barre du parlement, à la table de marbre et au haut des degrés du palais par le

premier huissier ; en présence de deux conseilJers, le chancelier Duprat, ayant recueilli les voix, prononça l'arrêt qui déclare le connétable • atteint et convaincu du crime de lèse-tnajesté divine et humaine, rébellion et félonie. En coméquence ordonna que ses armes seraient vidées et effacées, damnant et abolissant sa mémoire à perpétuité, ses biens féodaux temu de la Couronne de France médiatement ou immédiatement déclarée retournés en icelle, et ses autres biens, meubles et immeubles confisqués»

Louise de Bourbon-Montpecsier, sœur du connétable et le prince de la Roche-sur- \'oD, fils de Louise, firent contre ce jugement des protestations auxquelles on eut peu d'égards.

Par suite de l'arrêt du parlement, un conseiller fut envoyé dans toutes les terres qui avaient appartenu au connétable pour y faire enlever ses armes et sa devise, partout où elles se trouvaient. Cette devise était l'épée du connétable avec ce mot : < pénétrabit. >

Ainsi se termine l'histoire des ducs du Bourboonais.

Montluçon devint alors chef-lieu d'une des il châtellenies du Bourbonnais.

Nous avons dit ce qu'était Montluçon au x* siècle, nous ne saurions faire mieux que d'indiquer ce qu'il était au moment où il fut, ainsi que le Bourbonnais d'ailleurs, réuni à la couronne par François l".

Description du Château. — Le ChAleau seul avait été renouvelé. Le duc Louis 11, ainsi que nous l'avons dit, avait fait reconstruire le donjon. Celui de droite donna naissance à notre tour carrée actuelle, l'autre fut converti en salles et ne fit qu'un avec le corps de logis principal que surmontait un belîroi dont notre horloge occupe le centre, L'intérieur présentait plusieurs salles assez grandes et très bien décorées à cette époque. C'était d'abord une grande salle d'armes au plafond élevé.

Plus loin, c'était la salledejustice, puisie réfectoire avec ses dressoirs chargés d'aiguières et de hanaps d'argent; puis venaient la sonnellerie, la boulangerie et le fruitier, les cuisines aux immenses cheminées ; l'atelier où l'on fabriquait des haches d'armes, des masses, des cuissards, des casques et des mortiers. Au-dessus, se trouvaient le dortoir des pages et écuyers, le logis des étrangers et des hôtes, et dans le donjon du sud, la chambre du conseil et les appartements des femmes.

Auprès du château ne se dressait plus la petite chapelle de St- Bonnet, qui s'était transformée, nous l'avons vu, en église de St-Nicolaa.

De la plate-forme, jetons un coup d'œil sur la campagne, pour contempler ensuite la ville couchée à nos pieds.

En dehors des murailles, quelques maisons s'agencent et se disposent dans un court rayon. Elles s'enchevêtrent et se pressent, peureuses et craintives, et en petit nombre, comme si elles étaient prêtes à fuir

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