‹ Histoire de Montluçon, d'après des documents inédits. Annexes: Montluçon industriel, l'antique cité féodale transformée en ville industrielle, 1840; notabilités montluçonnaises; environs de Montluçon; étude sur NérisChapitre 30 sur 113 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

MONTLUÇON SOUS LoUIS XVI

Le sacre de Louis ZVI. — Procàs avec le prince de Coudé au sujet de l'impât de blairie et bourgeoisie. — Le syndic Lamoiue. — DÎTorses observations météorologiques extraites, pour la plupart, des registres paroissiaux de Néris. — L'hiver de 1788. — L'hfipital en 1780. — Supplique au roi pour demander le rétablissement du droit de maille. — Réponse de Turgot à cette requdte.

Le sacre de Louis ZVI. — En 1774, un Te Deum fut chaoté dans les églises ; des réjouissances publiques eurent lieu au cours desquelles des salves d'arLillerie ayant été tirées, deux canons volèrent en éclats. On recueillit dix-sept fragments de ces canons qui, le 15 janvier, furent attachés à la voûte ogivale de l' Hôtel -de-Vitle, situé alors au second étage de la porte des Cordoliers.

Le Ck)nseil, convoqué & cette occasion, prit une délibération acceptant le dépôt qui lui en était fait par Bourel de Labussiôre, maire.

Procès avec le prince de Condé au sujet de l'impôt de blairie et bourgeoisie. — En 1770, ainsique nous l'avons vu, le Conseil de ville s'opposait aux prétentions du prince de Condé exigeant la levée, sur tous les habitants, d'un nouvel impôt de blairie et bourgeoisie en vertu des dispositions contenues dans lacharted'alTranchissementdeMontlucon donnée en 1242 par Archambaud de Bourbon.

Le prince crut devoir intenter une action à la ville devant le Parlement de Paris. Cette juridiction le débouta d'abord de sa demande; puis, sur l'intervention du procureur général, reprit l'afTaire et donna gain de cause au prince de Condé, par arrêt du 6 septembre 1780.

Le 28 janvier 1781, cette situation est exposée daiis l'assemblée gêné" raie des habitants. Celle-ci charge MH. Raby, lieutenant civil et criminel ; Boisrot, lieutenant général de police; de Laguérenne, médecin ; Chevalier de la Prùgne, avocat, d'établir un mémoire détaillé sur les moyens que la ville peut invoquer pour se pourvoir en cassation contre l'arrêt obtenu par le prince.

Le 6 mai est enregistrée une lettre de l'ioteadant qui constate que les habitants refusent de s'assembler pour délibérer sur le procès en question. Ce refus, dit H. de Reverseau^c, indique suCSsamment l'adhésion des habitants à l'exécution de l'arrêt.

Le syndio Lamoine. — Le S février 1787, Jacques Lsmoine, laboureur à Humes, paroisse de Saint-Pierre, est nommé par le Maire syndic des villages d'Humés, les Isles, le Gluzeau et Biénassis, aux lieu et place de François Roudier, décédé.

Le rfile de syndic consistait à présider l'assemblée des chefs de famille réunis, pour estimer la part d'imp6t que chaque héritage roturier avait & payer, après Asation par les élus de la contribution totale due par le village.

DiTerses obBenratious mitéorologiques extraites, pour la plupart, des registres paroissiaux de Néria. — La Un du mois de mars 1777 avait été très belle, le soleil fort ardent, ce qui avait fait avancer beaucoup la végétation ; mais dans les premières semaines d'avril, il y eut de très fortes gelées qui emportèrent avec elles l'espérance des récoltes. Rien ou presque rien ne resta ; seul le blé fut sauvé. De telle sorte que le vin valait quinze sols la quarte. Le prix des autres denrées était à l'avenant.

Le 3 novembre, trois heures environ après le coucher du soleil, le ciel devint tout à coup serein, et le vent se mita souffler du nord. On vit alors un météore d'une extraordinaire grandeur. A un moment donné, le temps s'éclaircit au point, disent les contemporains, que l'on crut qu'un nouveau jour allait éclore.

Entre le nord et le couchant, on vit paraître un globe lumineux d'un diamètre très considérable qui s'élevait dans la direction du couchant. Il s'en échappait des étincelles formant des rayons de plusieurs couleurs, parmi lesquelles on distinguait surtout l'orangé.

La masse se fondit insensiblement et & neufheurestoutavait disparu. Aucune explosion n'accompagna ce phénomène.

Le météore se renouvela le 27 du même mois, h la même heure et dans des circonstances identiques ; quelques jours après, des secousses de tremblement de terre furent ressenties dans plusieurs paroisses envi' ronnantes, notamment à Paulier, Villebret, Saint-Genest, etc.

La fin de l'année 1781 fut on ne peut pluâ mauvaise. Le froid, durant les derniers mois, fut terrible et on ne compte pas les accidents qu'il occasionn:^

A la suite de cette température vraiment sibérienne, l'eau qui survint et amena la fonte des neiges en amont de Montluçon, sur les hauts plateaux de la Creuse,, provoqua de terribles inondations. Le 25 avril

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1782, plus de quatre cents maisoas furent ruinées et les habitants furent dans l'impossibilité de payer les droits.

Le jeudi 6 février 1786, à six heures du soir, il y eut un violeut tremblement de terre.

Les 6 et 13 décembre, le tonnerre fit entendre sa grande voix, puis ta neige tomba. Le 24, nouvel orage, &. dis heures du soir, avec éclairs et tonnerre.

Le 26 mars suivant, un orage épouvantable se déchaîna sur la r^on et la foudre tomba sur un village de la paroisse de Chazemais, dont une partie fut détruite.

Le 14 avril, il tomba une si grande quantité de neige, qu'en certains endroits, il y en avait un demi pied d'épaisseur.

L'hiver de 1788. — Dès le 12 novembre, le thermomètre était déjà au 10* degré au-dessous de la congélation et il continua ainsi à descendre jusqu'au 31 décembre.

Le froid sévit avec la même rigueur dans les provinces du midi. A Lyon, le Bhône fut pris. A Toulouse et ailleurs, la Garonne gela également, A Marseille, les bords du bassin furent couverts de glace. Au nord le froid atteignit 19 et 20 degrés. La Loire, la Meuse ont gelé, ainsi que les radea de divers porta de mer.

Le blé valut jusqu'à quinze livres, dis sols le septier. La misère fut extrême. On a trouvé des malheureux morts de faim et de froid. A Montluçoo, notamment, un pauvre homme eut les pieds gelés ; on trouvait dans les champs le gibier à demi-mort. Les moulins étaient arrêtés par les glaces et dans quantité d'endroits, ou fut obligé de se servir de moulins k poivre et h café pour moudre le blé.

Près du pont Saint^Pierre on vit des glaçons de vingt-sept pouces (environ 0'n75) d'épaisseur.

Hûtel-Dieu de Montluçon. ~ Inslitutions, régies et tuages de la maiion{i780). — ■ Celle maison r été fondée pnr les habiUnts de la ville pour le soulagement des € pauvres malades, qui sonl soignés parles sœurs de Saint-Lazare, dites de la Charité, < suivant l'acte passé avec la supérieure de ladite maisoo et les consuls de la ville, « le 28 avril 1671.

« Elle est située paroisse Notre-Dame, à l'extrémité de l'un des faubourgs (1) a de la ville habitée environ par six à sepl mille porsoancs de l'un et l'autre sexe. Les

• seuls habitants de la ville y sont admis, mais ceux de la paroisse de GivreCle ont

• aussy droit d'y estre, suivant la réunion de la ladrerie et charité de ladite paroisse « faite en 1695.

( Il y a dans cette maison de charité dix-neuf malades sculsdans un lit, soignés

• avec propreté, placés dans deux salles, l'une pour les hommes, l'autre pour les

(1) Faubourg des Cordeliers.

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■ femmes, nourris avec des aliments convenables A leur étal, traités avec des drogues 4 lonrnies pour la majeure partie par ledit HAlel-Dicu.

■ Les soldats y étant admis moyennant quatorze sob, y compris la solde, suin vant une lettre de H. Dupont, en conlormiié des ordres de M. le comte de Saint- I Germain, ministre de la guerre, de décembre 1778, les invalides aussy, moyennant « leur paye, on est pour Ion forcé de mettre deux malades dans un Ut, ce qui n'arrive I que trop souvent, celte petite ville étant un passage aussy considérable.

« Les dix-neuf malades sont servis par quatre sœurs de cbarité ; Messieurs la a Guérenne, Michel et Rochette, médecins, serrent atlemativement et gratis les « malades,.. Un chirurgien panse les plaies gratis. .

t Comme il n'y a pas de chapetlin en titre dans la maison, les sieurs curés de ( Noslre-Dame, vicaires et communalistes y doivent dire tous les jours la messe et K faire les inhumations.

« Il y a deux infirmières ou veilleuses que l'on prend en cas de besoin en ville, f deux servantes, un vallet qui fait le jardin, casse le bois et fait aussy les fosses

< pour inhumer les pauvres.

« Les quatre sœurs ont chacune Ircnte-six livres par an pour leur entretien a (elles trouvent celte somme insuffisante), le vallet a quatre-vingt livres de gages, a les servantes, trente-six livres chacune, les inlirmières, dix sols par nuit.

t Les sœurs se lèvent A quatre heures, les veilleuses se lovent à cinq et deux

• des sueurs sont chargées du soin des salles.

c A six heures on fait les lits des malades, on les change de linge s'ils ont I besoin ; les autres sœurs préparent la soupe, le bouillon, médicaments, tisane. « Cet H6lel-Dieu est administré par les sieurs curés de Nostre-Dame et Saint-

• Pierre, les maire et échevîns, le lieutenant civil et criminel, le lieutenant général I de police, le procureur du roy et les quatre administrateurs en exercice ; un admi-

< n is t rate ur- receveur fait la recette gratis.

> .... La journée des malades revient à environ onze s. cinq d., les sœurs et les « domestiques payées et nourries >.

(E-rtrail des Archivei départementales de l'Allier, Case 283, Papier).

1776. — Supplique au Roy des maire, eschevins et procureur du Roy pour detnandér le rétablusement du droit de tnailie.

— ■ Sa Majesté, par arrêt de son Conseil d'Etal du 3 juin dernier, a suspendu

• la perception faite par le^ villes dans toute l'étendue de son royaume et A leur a profit des droits sur les grains, farines et pain, soit à l'entrée, soit sur les marchés

• ou ailleurs A titre d'octroi et sur quelque dénomination que ce soit...

■ Depuis trois ou quatre siècles au moins, la ville de Hontluçon perçoit sur clle- > même, sous l'autorité des anciens ducs de Bourbon et des Eloys qui leur ont succédé, ( un droit appelé maille, qui est d'un denier par livre de pain de seigle blanc et de

• deux deniers par livre de pain de froment, sur le pain fait avec la fleur de froment I et de seigle seulement par les boulangers de ladite ville.

« Ce droit est peu considérable en luyméme el ne frappe uniquement que sur « les personnes riclios qui vivent de pain blanc. Le gros pain ou pain bis qui est

• destiné au peuple est absolument exempt de ce droit

< Les suppliants auroient pensé que l'arrêt du Conseil n'auroil pni regardé le

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> droit de maille qu'ils perçoivent, ce droil n'étanl au fond qu'une coniribulion

■ volontaire sur eux-mêmes destinée au bien nécessaire de la communauté, et qui ne

< porte ny sur le peuple ny sur le commerce ; néanmoins la privation de ce droit les t met hors d'étal de fournir aux charges ordinaires et extraordinaires et indispensables

> dont la ville est tenue, n'ayant d'autre octroy que la moitié de celuy qui se pergoit K sur les vins détaillés dans les auberges de leur ville, laquelle moitié ne produit

< annuellement qnequatrecents livres, qui ne peu vent remplir les chaînes dont la ville

■ est tenue, qui se montent par an à la somme de deux mille cinq cent dnq livres.

■ Sçavoir :

• Au principal de collage 300 livres.

• Au prédicateur de l'Avent et du Garûme 140 —

t Au conducteur des fontaines 30 —

« Au conducteur de l'horloge 30 —

> Aux deux clercs de ville pour leurs gages 60 —

• Pour leurs cazaqnea et habillement du préconizeur public . 150 —

• Au secrétaire de ville pour ses gages et faux frais liO —

H Pour les frais de cinq processions votives, y compris celle

< de Festc-Dieu et pour le luminaire 90 —

■ Pour les vingtièmes qu'elle paye annuellement 10 — 18 s.

. Total 930 livres 18 s.

« Pour la fourniture des corps de garde tors du pas.sage des

« troupes • . . . 80 livres.

• Pour réparations du corps des cazemes ISO —

• Pour réparations annuelles des tontaines 200 —

■ Pour l'entretien annuel de l'horloge 80 —

• Pour l'entretien des conduits et aqueducs de la ville. , . . ISO —

■ Pour l'entretien des pavés et des plantations sur les remparts

« et places publiques 900 —

« Pour l'entretien de la maison de ville et Uu celle du collège 200 —

• Chaque feu de joie dans les cas de réjouissance coûte . . . 130 —

• Pour dépenses extraordinaires chaque année, y compris les

« frais et faux-frais des procès que la ville a pour l'inlé-

• rôt commun, cy 400 —

« Total ues Dépenses EXTBAORuiNAiiits. . . , 1580 livres

<t Les suppliants terminent en demandant le rétablissement du droit de maille. Ont signé :t Bouret de la Bossiére, maire ; De Plaigne, échevin ; Petitjean. I procureur du tloy.

Réponse du ministre Turgot à cette requête :

■ Sa Majesté ne vous permcllra pas de reprendre l'exercice de ce droit (de • Maille).... C'est à vous. Messieurs, qui administrez les revenus de la ville, à faire I usage de tous les moyens d'économie qui pourront vous mettre A portée d'acquitter ■ ses charges.

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t Au surplus, s'il est nécessaire de veair à sod secours el â remplacer les droits

• sur le pain par quelque autre imposition, ce sera en vous conformant aux disposiu tions de l'arrêt du Conseil du 13 août dernier.queM.rinleDdanl pourra me proposer

• les moyens de lui procurer l'indemnité qui sera nécessaire.

« Signé, TU ftGOT.

* 11 septembre 1775. »

{Archwes de l'Allier, Cote 28.)

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