CHAPITRE XXiV MONTLUÇON SOUS L.E COHSULAT
BT L.K Premier Empire Couronnement et Mariaoe dé Rosières
Montlttçon en 180S (description). — Adresse au Premier Consul, 4 avril 1804. — Abandon du Ch&teau A la Ville. — Choix de délégués pour aller assister au Couronnement de l'Empereur. — InsUllation de l'École Secondaire au Collège. — Vente des b&Umenta et dépendances du vieux Collège. — Mariage de Rosières. — Maître de poste. — Conversion de la Chapelle des UrsuUnes en ThéAtre et Salle de danse (1809). — Arrêté concernant les domestiques. — Fixation du prix des produits agricoles. ~ Statistique et Industrie.
Uonjtluçon en 1803 (description). — Le 18 juillet 1803, le Maire de Montlucon, adresse au groupenieat la description suivante de la ville.
■ Celte ville est bâtie sur les bords du Cher ; elle est environnée de coLeaui dont l'aspect est aussi varié qu'agréable. Celui de l'Elst est planté de vignes, de cerisiers et de pêchers, ces arbres, qui sont en lleurs quand la vigne est en feuilles, ofTrent aux voyageurs la séduisante image du plus riant parterre ; c'est alors que le blanc, le rose et le vert confondus, leurs nuances présentent à l'œil étonné, le tableau le plus enchanteur. Le coteau de l'ouest s'élève en amphithéâtre ; on y voit des bois, des prés, des villages, des chAteaux, des vignes, des étangs, des terres ensemencées de toutes espèces de grains. La vue en est si prolongée et la pente si douce, qu'il semble que l'art et la nature se soient réunis pour procurer le plaisir d'admirer dans toute leurétendue les productions variées de ce charmant paysage.
( Ces deux coteaux sont séparés par une plaine étroite dont le milieu torme le lit de la rivière le Cher, dont l'eau limpide et pure serpente en longs circuits le long (le ce bassin qu'elle fertilise ; ses détours multiples, son léger murmure, semblentexprimer le regret qu'elle éprouve en cédant
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au penchaot qui l'entralae loin de ce vallon richement émaiiié de fleurs et de verdure.
I Le voyageur s'arrête avec complaisance pour payer un tribut d'admiration à ce magnifique point de vue, qui rappelle la M>ïe du fleuve de Lélhé, car l'homnie ftappé des revers de la fortune y puise aussi l'oubli de ses malheurs.
< Cette ville existait en 953. Géraud, troisième flis d'Archambaud II, ascendant des Bourbons, en fut seigneur. On a trouvé, dansles environs, plusieurs médailles romaines, même un chemin construit suivant les règles de Vitruve, cet architecte qui fut employé par l'empereur Auguste et naquit à Rome, soixante-trois ans avant J.-C.
• Un de ses Eauboui^ porte encore le nom de Lombardie, qui lui fut donné en souvenir de marchands lombards qui l'habitèrent. On lit dans l'histoire de France que Montluçon appartenait en 1188 aux Anglais, et qu'il fut pris alors par Philippe-Auguste, prince français. Le25mBr8l313, Jean, duc du Bourbonnais, comte de Clermont, chambrier de France, a donné des lettres patentes pour obliger tous les habitants, même les nobles ecclésiastiques, à payer leur part d'impôts pour les réparations de ses portes, fossés, fortifications et murailles ; les mêmes lettres ont été données le 14 mat 1376, 29 décembre 1411-1412, février et mai 1417.
■ On lit dans un dénombrement bit enl468, par Marguerite de Uontlucon, que les lillespubliquea verseraient uneredevancedequatre deniers pour chaque flagrant délit et qu'elles ne pouvaient se racheter de cette redevance que par un usage aussi bizarre que ridicule (1).
■ Les seigneurs prélevaient un droit féodal sur les maris qui battaient leurs femmes.
■ En juilletltôS, Henrile Grand, d'après les différeotee lettres patentes accordées à la ville par ses ancêtres, ordonna que tous les habitants privilégiés et ceux des paroisses de Saint-Angel, Chamblet, Saint-Victor, Paulier, Estivareilles, seraient tenus de contribuer aux réparations des fortifications et à faire guet et garde de la ville de Montluçon, frontière alors de la Guyenne. Les rois et les anciens ducs de Bourbon avaient accordé aux habitants le droit de chasse et de pêche une lieue autour de la ville, suivant les lettres patentes du roi, en date du 14 septembre 1629, et antérieures. Elle avait un droit & percevoir sur chaque minot de sel vendu dans les greniers de MontluijM^n, Saint-Amand et Gannat, pour la réparation des fortifications et des murailles.
■ Le caractère de ses habitants est la bienfaisance, ta douceur, la franchise, la gaieté et la confiance.
< Leur démarche est l^ère, leur abord ouvert et serein, leur esprit vif et enjoué, leur langage pur et facile, et l'Age même ne peut ravir aux
(I) MentionDé -précède m iiientt
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MONTLUÇON SOUS LE CONSULA.T ET LE PREMIER EMPIRE Sét
vieillards le sentiment de leur gatté naturelle. 22 métairies, 19 vignobles, dépendent de cette communeàlaquelleaboutiasent quatre grandes routes.
■ Le sol est en général graveleux. S'il oJTre à l'agriculteur moins de ressources pour la fertilité, il le dédommage par la variété de ses productions; on y recueille toutes espèces de grains : la qualité des seigles y est si supérieure, que le pain fait de cette farine égale en blauclieur celui du plus beau froment. Les légumes et les fruits sont distingués par leur saveur, et le gibier de ce canton, recherché dans toutes les autres villes de France, y a acquis une réputation bien méritée. Les vins sont légers et agréables et l'on peut citer surtout le vin blanc de Châtelard. On en boit chez un propriétaire de cette ville qui, fait avec soin, conserve après soixante-deux ans, assez de feu et de qualité pour être comparé aux vins de Graves,
t La plaine offre plus de richesses. Son terrain fertile, mais peu étendu, produit en abondance les froments, lins, chanvres. On respire dans cet heureux climat un air pur et serein. Sa douce température intlue avantageusement sur le caractère de ses habitants jusqu'alors assez laborieux.
> Pour le commerce, il coule sans inquiétude des jours qu'il sème de fleurs. Cette indolence naturelle met les habitants & l'abri des tempêtes du cœur humain ; sourds à la voix de l'ambition, ils ne sont point agités par les Ilots tumultueux des violentes passions ; aussi ne turent-ils point entraînés par le torrent révolutionnaire ; et ce fait, aussi vrai que glorieux, mérite d'être consigné dans les fastes de l'histoire, car Montlugon est du très petit nombre des villes que n'ont point ensanglantées l'intérêt et les haines personnelles.
■ Legouvernementauraitungrandintérètà rendre navigable, pendant quelques mois de l'année, le Cher, qui porte bateaux à quatre lieues d'ici.
I La navigation de cette rivière seraitd'ùneutilité générale. Elle faciliterait le transport de la houille dont les mines des environs sont si riches. La qualité supérieure de ce charbon, le rend plus propre qu'aucun autre à remplacer dans les forges nombreuses du département les bois, dont la culture, si négligée, doit faire rechercher les moyens d'en diminuer la consommation.
« Ce serait très facile d'établir ici une papeterie, puisque la rivière du Cher baigne les murs de la ville. On pourrait aussi facilement établir des fabriques d'étoffes, de coton, des brasseries ; enfin, des manufactures de faïence et même de porcelaine, car on y trouve abondamment tout ce qui est propre à sa confection.
« Tous ces établissements, utiles en général, occuperaient beaucoup d'ouvriers, qui ne sont dans l'indigence que parce que le travail leur manque s.
2^2 Histoire de MontluçoM
Adresse au Premier Coosol <4 avril 1804). — Le 4 avril 1804, l'adresse suivaote fut envoyée au nom de la ville au Premier Consul :
< Général, Premier Consul,
■ Les habitants de la ville de Montlac«D se réunissenl à ceux de leurs conci-
■ toyens, qui ont formé l'assemblée du caaton et vous oflreat avec eux l'expressioa a de leur respectueuse recon naissance.
« Ils partagent aussi le sentiment d'admiration qui inspire à l'univers entier ce
■ liéros privilégié qui réunit k lui seul tous les genres de gloire auxquels il est donné « aux plus grands hommes d'aspirer.
« Général, Premier Consul, vos talent* militaires, vos victoires vous ont élevé « au-dessus d'Alexandre et de César.
« Aussi bienfeisanl que Titus, vous nous foites compter vos jours par vos bien- « faits ; mais notre bonheur est empoisonné par les complots des scélérats qui • voudraient, en commettant le plus grand des lorfaits, allumer le flambeau de la « guerre civile daus la France, qui fume encore du sang des victimes.
« Nous vous exprimons le vceu de tous les habitants, en désirant que vous » acceptiez le pouvoir suprême et qu'il soit héréditaire dans votre famille. C'est le K seul moyen d'assurer le repos de l'Europe et le bonheur des Français >.
Cette adresse était accompagnée d'une seconde, destinée & son Excellence, le ministre de l'Intérieur.
Elle était libellée comme suit ;
« Citoyen ministre,
• Veuillez iàire parvenir au Premier Consul, l'adresse des habitants de Hont- 3 lugon. Vos talents distingués vous ont acquis des droits à la confiance du bienfaiteur » des Français. Pouvions-nous faire un choix plus agréable pour lut présenter nos K vœux. Puisse ce motif lui faire accueillir les sentiments dont nous sommes péné- » très pour son auguste personne ».
Abandon du Ch&teau à la Tille. — Le 23 avril 1804, le citoyen Pierre Âmelot, sous-préfet de Montluçon, communiquait au maire de cette ville, le citoyen Pérethon,ledécret abandonnant à la ville le vieux Château et ses dépendances.
Cette communication faite, on se transporta sur la place du Ch&teau où élaot, dit le procès- verbal, ■ le sous-préfet a déclaré qu'au nom du gouvernement et en conformité du décret et de l'arrêté du préfet, il fki • sait l'abandon à la ville de Montluçon du vieux Château en remplacement de sa maison commune et de ses casernes aliénées.
a Mais qu'au moyen de cet abandon, la ville de Montluçon serait tenue de faire à ses frais toutes réparations qu'exigerait l'état actuel dudit ch&teau, d'y placer des bureaux et sa mairie ».
Le ciloyeu'maire, au nom de la commune, a déclaré k son tour i qu'il
MuNTLuçoK SOUS Le CoNsUlat et le Premier Empire itô
acceptait le vieux Gli&teau et ses dépeadances, en renaplacement de la maison commune et de ses caserjies aliénées ; et il s'est chargé au nom de ladite commune, de faire faire aux frais d'icelie, toutes les réparations qu'exige l'état actuel dudit Ch&teau, et d'y placer les bureaux de la mairie. De tout quoi a été dressé un procès-verbal ».
La tourmente passée, notre antique cité, reprend son cfilme et sa sérénité ordinaire^ et les babitants leur action utilitaire. Plusieurs années s'écoulent sans événements importants, aussi nous bornerons-nous à expliquer rapidement, les plus intéressants, souvent d'aspect bien différente.
Choix de délégués pour aller assister au Couronnement de PEmpereur. — Il fut procédé, par la voie du sort, à la désignation de deux membres de la garde nationale pour aller assister au Couronnement de l'Empereur. Les citoyens Georges Aujay-Grobost, lieutenant de la garde nationale, et Biaise-Modeste Tisset, horloger, fusilier, furent choisis.
Installation de l'Ecole Secondaire au Collège. — C'est le 17 novembre 1806, que fut installée solennellement au Collège l'école secondaire.
• A dix heures du matin, dit le procès-verbal qui relate cette cérémonie, les autorités administratives, judiciaires et les membres du conseil d'administration de l'école secondaire communale de la ville de Montlucon se réunirent dans une des salles de la mairie, sur l'invitation qui leur en avait été faite. De là, le cortège, précédé d'uno brillante musique, escorté par la gendarmerie impériale et accompagné par un nombre considérable de jeunes gens, s'est rendu au local destiné au nouveau collège.
« A son arrivée, le cortège a été introduit dans un appartement très vaste où se trouvaient assemblées les personnes les plus recommandables des deux sexes de la ville et beaucoup d'étrangers.
« La cérémonie a commencé par la bénédiction de l'église et par une invocation à l'Esprit^Saint, M. Legroing de la Romagère, vicaire général de ce diocèse, a ensuite célébré la sainte messe, & la Sn de laquelle il a donné la bénédiction du Saint-Sacrement.
< Quelques instants après, M. Jacques-Marie Carrière, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, professeur de la ci-devant école royale militaire de Sovèze, historiographe de la province de Guyenne, a prononcé un discours profond, dans lequel il a prouvé la nécessité de l'étude, démontré en quoi elle diffère de l'instruction, vanté leurs avantages et exposé le plan qu'il se propose de suivre. II a terminé par des considérations générales sur l'éducation trop négligée des jeunes demoiselles.
< Cediscours, pieîndebonnescho5es,abondant en principes excellents, fort de raisonnements, écrit avec pureté, méthode et élégance et prononcé
avec cette chaleur nalurellei l'orateur qui ealbien pénétré de l'importance de son sujet, a été entendu avec le plus grand intérêt et a obtenu les applaudisseipents spontanés et unanimes de toute l'assemblée .
■ Le vice-président du conseil d'administration de l'école, président du coilègedu canton etex-maire de la ville de Montluçon, dans l'enthousiasme qu'il partageait avec les autres auditeurs, a prié, au nom de ses collègues, M. Carrière de déposer sur le bureau son discours, afin qu'il fut transcrit eo entier sur le registre des délibérations et ensuite livré à l'impressiOD. Ce qui a été adopté.
> Le sous-préfeta pris laparole, et dans un discours rempli de logique, fertile en comparaisons justes et brillantes, il a avec ce ton persuasif qu'il emploie toujoursarec succès auprès de ceux qui l'écoutent, démontré les avantages de l'instruction et fait l'éloge de notre incomparable Empereur. Après des applaudissements réitérés, on a aussi demandé que son discours fût déposé sur le bureau pour être transcrit sur le r^istre.
< Le premier adjoiotaensuite prouvé les avantages de l'établissement d'une école secondaire pour la ville de Montluçon, et s'éteodant sur chaque partie de l'instruclioa indiquée par la loi, il a vanté les succès prodigieux de la grande armée, la gloire du nom. français sous le règne de Napoléon. Il a exposé les devoirs civils et religieux des chefs et professeurs de l'école. Il a parlé de leur moralité et de leurs talents etsurtoutde ceux de M. Carrière, si avantageusement connu par ses travaux littéraires. Il aenoore payé un juste tribut d'éloges & MM. les tribuns et maire de cette ville, poar l'activité, le zèle et la persévérance qu'ils ont mis dans la formation de cet établissement.
■ Le public a témoigné par ses applaudissements et par la demande d'insertion du discours au procès-verbal, qu'il partageait les mêmes sentiments.
■ Après quelques instants de silence, le premier adjoint a déclaré que MM. Rullion, Carrière, Perrot et Stenger, allaient chacun en leur nouvelle qualité, prêter le serment exigé par la loi. Chacun l'a fait ainsi qu'il suit : t Je jure obéissance aux Constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur.
> Le premier adjoint a proclamé les dits citoyens installés professeurs de l'école secondaire. Puis la séance a été levée au milieu des signes du plus grand enthousiasme, et le cortège est retourné k la mairie dans le même ordre qu'il en était parti >.
Quelques jours plus tard, le 28 novembre, Martin Duboupg, ex-professeur de mathématiques, nommé k l'école secondaire, prétait le même serment que ses collègues.
Vente du vieux Collège. — A cette prestation de serment est jointe la pièce suivante :
MONTLUÇON SOUS LE CONSULAT ET LE PrEMÎEB EmPIRE 345
■ Je recoanais svoir retiré de la mairie de Honttuçon, le conlrat de veate de la
• maison, dite du Collège de la dite ville, TaUe aiix codsuIs de la mâme ville, le 18
• janvier 1K78, par H. Gilbert Laloire des HonlelR, devant Huguet, oolaire,
« DoDt déchaîne. — Hontlucon, le 16 mars 1807. « Signt Ronevier, cura.
C'est & cette date que M. Renevier,curé, scbetaàla vilielesb&timents du vieux Collège, dont il avait été le principal, dès 1768.
Usriatre de Roaiôrea. — Le 6 décembre 1S07 eut lieu, à la mairie, le mariage d'uoe rosière, ce qui douna lieu à une fête, dont voici le compterendu ofBciel :
« Aujourd'hui le corps municipal s'est r<!uni au lieu ordinaire de sea séancea
■ à neuf heures.
• Il est sorti accompagné d'un détachement de la garde nationale et d'un grand « nombre de musiciens, pour se rendre chez le sous-préfol.
t Les membres du tribunal, accompagnés d'un piquet de gendarmes, s'y sont rendus dans le mâme moment.
I A dix heures, le sous-préfet et toutes les autorités administratives, judiciaires
• et militaires réunies chez lui, au bruit de toute la musique de la ville, se sont 1 rendus en corps cliei la demoiselle Marie Auroy, choisie par le corps municipal, a pour profiter de la bienfaisance de Sa Majesté (une dot de six cents francs). Penf dant toute la marche, la musique a exécuté différents airs auxquels se sonisouvent
• mêlés les cris de : Vive Sa Majesté, Vive l'Empereur 1
I Le maire a donné le bras à la demoiselle dotée, qui était accompagnée de son
■ père et de Fline Jean, son fiitur, choisi parmi lea militaires blessés dans la dernière a campagne.
K Le cortège s'est rendu à la mairie, où le mariage a été fait par le premier « adjoint, remplissant les fonctions d'officier d'étal-civil.
( Alors le maire a remis à la nouvelle épouse un bon de six cents francs, en
■ lui rappelant qu'elle le devait i ses vertus et à la bienfaisance du plus grand des
■ héros et du plus puissant des rois.
• Les nouveaux époux se sont rendus à l'église Notre-Dame avec te même « cortège. Le mariage y a été célébré par le curé, en présence des mêmes autorités € qui, après avoir assistées à la messe, au sermon et au Te Deum, ont encore accom- « pagné les nouveaux mariés jusque chez eux et se sont ensuite retirées i.
Ce ne fut pas le seul mariage de rosière et de militaire blessé que D0U8 ayons & enregistrer.
L'année suivante, le 3 décembre 1809, Marie Fera, âgée de vingt ans, née à Montlucon, fut mariée à Antoine De^ortet, viugt-deus ans, vigneron, militaire blessé et pensionné, également de Montluçon.
Mais la dot ne fut pas la même, le conseil municipal, en présence de l'état des finances de la commune, l'ayant abaissé de six cents à cinq francs.
iï46 Histoire de Montluçon
Comme bieo od pense, cette somme dérisoire n'était paa faite pour (enter les concurrents, on s'en aperçut bien l'année d'après. Le Conseil, en effet, appelé le 13 avril 1810 à délibérer sur la dotation de deux filles qui devaient être mariées, le 22 avril, & deux militaires retraités, vota en principe celte proposition, qui lui était prescrite par décret impérial.
Aucune jeune fille ne songea à se mettre sur les rangs et les militaires refusèrent de s'établir.
Cependant un soldat, Buty, posa sa candidature et s'occupa de trouver une femme. Deux fois il échoua dans ses tentatives. 11 fut plus heureux la troisième fois, et le 20 mai, était enregistré le mariage de Gilbert Buty, boulanger et militaire retraité, âgé de trente-trois ans, avec Mai^guerite Feuilletin, tous les deux de Montluçon. L'épousée reçut la dot primitive de six cents francs. Le soir de la noce, il y eut des illuminations et un feu de joie.
Le 20 décembre 1810, nouveau mariage, avec dot de six cents francs, entre Charles Ducros, boulanger reti-aité, vingt-quatre ans et Marie Gillet, dix-neuf ans.
A l'occasion de la naissance du Roi de Rome, de nouveaux couronnements de rosières eurent lieu. Malheureusement, on no trouva à Montluçon ni soldats, ni filles qui voulussent s'accorder, et on dut prendra rosières et prétendants dans les communes environnantes.
Ainsi, le 9 juin 1811, furent mariés solennellement : 1" Gilbert Chéry, vigneron et militaire retiré, trente-trois ans, né à Déserlines et Catherine Hiot, trente-trois ans, domestique, née à Mozirat ; 2» Gilbert Balnat, militaire retraité, vingt-deux ans, né & Lavault-Sainte-Anne et Chapy Anne-Harie, dix-huit ans, domestique, née dans la commune de Néris.
Cette double cérémonie fit partie du programme de la fête donnée à l'occasion de la naissance du Roi de Rome.
Voici le programme de la tète qui fut élaborée & cette occasion :
Article prkhigr. — Le premier juin, à six heures du soir, une décharge de Ions a Iqs canons, le son de toutes les rioches et celui du loçsin annonceront la ffitc du « lendemain.
( Abt. 9. — 1^ jour de la Kte, à six tieurea du malin, la répétition du son des « cloches, du l i.:jin et des décharges d'artillerie el surtout l'air chéri du Chevau-fug < (lie) qui rappelle toujours avec plaisir «ux habitants de la ville de Honiluçon, le « souvenir glorieux d'un haut bit d'armes antique, les avertira de la joie, de l'allfi- « gresse qui doit régner dans la journée ; une dislribulion de comestibles aura lieu ■ en Taveur des pauvres de la ville.
« Art, 3. — Toutes les autorités constituées, administralives, militaires et judL t claires seront réunies à la sau^-préfecturc à neuf heures el demie. La garde nalto- « nale amènera auprès de M. lofticier de l'état-civil, en la mairie, les deux rosières « el les deux militaires désignés pour élre mariés aux frais de la ville, pour y con- « trader le mariage civil, en présence de toutes autorités qui y seront invilécs.
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MONTLUÇON SOUS LE CONSULAT ET IX PREMIER EhPIRE 247
* Art. i. -- Le maria{[0 fait, les qualre époDx, escortés par toutes les autorités
• au SOD d'uoe musique guerrière et chann))élre, sù rendront A dix heures on l'église
■ Notre-Dame poar y recevoir la bénédiction nuptiale et où seront célébrées les céréu montes religieuses et le Te Deum chanté.
> Art. 5. — Le Chevau-fug, avec tous ses attirails, costumes, Tanfares el autres I attributs guerriers, accompagnera le cortège et sera présent à toutes les cérémonies.
■ Art. 6. — a trois heures, toutes les autorités se réuniront de nouveau à
• l'hétel-de-ville, pour assister à l'inauguration du buste de Sa Majesté l'Empereur a el Roi, dans la salle du conseil général de la commune. Cette cérémonie aura lieu
• an bruit du canon, au son des cloches et aux délices d'une harmonie assortie, le
■ tocsin sonnera pendant toute la durée de la cérémonie de l' inauguration. Un disa cours prononcé par M. le Maire sur la louable ambition des habitants do la ville
■ de posséder le buste de Napoléon -le- Grand terminera l'inauguration.
< Art. 7. — a quatre heures, et la cérémonie de l'inauguration finie, les maria-
• ges, ayant en léle le Chevau-fug, la garde nationale et le public, se rendront au t son de la musique et des tambours sur les terrasses du bassin du Canal du Cher (1)
• pour y assister à une course à pied qui sera exécutée par tontes les personnes
• inscrites la veille. Le prix sera décerné au vainqueur qui aura le premier atteint c le but marqué.
• Art. 8. — a six heures, le même cortège reviendra sur la Place de la Mairie,
• oâ l'on exécutera dans tous ses développements et avec toute la dextérité possible,
■ le grand exercice du Chevau-fug, sous les trois arcs de triomphe el les pyramides « qui seront érigés tout exprés.
■ Art. 9. — Le local, étant disposé pour offrir au public le plaisir de la danse, « chacun pourfB s'y livrer avec allégresse et gaieté, au sondesdifférents instruments.
■ Art. 10. — A huit heures, un Teu d'artlDce d'une très belle composition, sera « tiré.
f Art. 11. — Le bouquet du feu d'artifice, qui formera le coup de canon, aver-
• lire tous les habitants de A^intlncon que leurs maisons devront être illuminées de
■ manière à ce que les feux ne s'éteignent qu'à la naissance du jour. L'H6lel-de- « Ville sera lui-même illuminé en feux et verres de couleurs, avec festons, guiriandcs
• et autres ornements et décorations analogues.
« La cérémonie sera terminée par un bal public ■.
Le 10 décembre 1812, Gilbert Metton, militaire retraité, quarante-etua ans, né & Hontluçoa et Marie Borny, vingt-huit ans, liagëre, née à Moulins, furent unis ; une dot de six cents francs leur fut allouée.
Même dot et même crédit pour la fête anniversaire du Couronnement du 5 décembre 1813. On maria Louis Conord, militaire retraité, vingt-six ans et Mer Gilberte, dii-neuf ans, fille d'un capitaine d'infanterie, décédé, née & Longwy.
(1) Les travaux du Canal avaient été commencés l'année précédente (tSlt), ainsi qu'on le verra au chapitre spécial : MONTLUÇCX INDUSTHIBL, où le lecteur se rendra compte da début des travaux et trouvera la date de l'ouverture de la navigation.
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Ce fut la dernière rosière et le dernier militaire dolés. Cette coutume s'est conservée dans plusieurs pays, notamment chez nos voisina du Cher; mais elle n'a plus la même signirication. C'est la vertu qu'on veut récom* penser, au lieu que sous le PremierËmpire, c'était moins en fkveur de la jeune illlc qu'était donnée la dot, que pour le militaire retraité pour blessures, que très habilement le gouvernement trouvait le moyen de soulager sans bourse délier de la part de l'Etat.
Hattre d« post*- — Le premier décembre 1808, Madame Marguerite Aucouturier, Veuve Lagrave, agréée pour remplir la place de maître de poste & Montlucon, route de Moulins & Limoges, fut installée dans ses nouvelles fonctions.
La concessionnaire devait avoir le nombre de postillons, chevaux et équipages prescrits pour le service de ce relai et se conformer eu tous points aux lois et règlements, sur le fait des postes, à peine de révocation.
CoQTersion de la Chapella des Ursulinea en thé&tre et salle de danse. — En 1809, la chapelle de l'ancien couvent des Ursulines, fut convertie en thé&tre et salle de danse, ce qui avait nécessité des transformations et par suite des dépenses.
Le 30 mars 1810, MM. Fourneau deCrebert, Legroing de la Romagère et Louis Boisrot, commissaires nommés par la société de Montlucon, présentèrent au maire, avec pièce à l'appui, la note de ces dépenses qui s'élevaient à cinq cent trente-six francs. .
Ce chiffre fut reconnu exact par M. le maure qui, au nom de la ville, se déclara débiteur de cinq cent trente-six francs.
Mais, d'autre part, comme la société avait^dansé sept fois dans la salle, à raison de douze francs par bal, elle devait de ce chef à la ville une somme de quatre-vingt-quatre francs.
Il fut également décidé que la société aurait le droit de donner, sans aucune rétribution ni indemnité, trente-huit bals dans ladite salle, & la seule condition de s'arranger avec le maire pour les jours de danse et de répondre de toute dégradation qui pourrait être commise.
Arrêté concernant les domestiques. — Le 27 novembre 1810, le maire de Montluçpn prit l'arrêté suivant :
■ Considérant : 1" Que les disposîlions bicnfaisnntes du dâcrcl rendu le 3 octon brc dernier, sont ea partie très applicables A la ville de Moutluton
• ConaidéranI : ^ Qu'il importe essentiellement à la sûreté particulière et à t l'ordre public, que les personnes qui se présentent en cette ville pour servir en « qualilë de domestiques soient distinguées par leur Kdélité et leur moralité.
« Considérant : .3° Que des exemples multipliés ont fait sentir le danger de