CHAPITRE IIE
MONTLUÇON SOUS LA FÉODAUTffi
Enceinte fortifiée de Hontluçon. — Les tours et les portes de la ▼iU». — Les eaux du Lamaron. — Desoriptlon du Cfa&teau. — Les Seigneurs de Hontluçon. — Les Templiers de Lavault- Sainte-Anne.— Erection de l'Eglise SalntrPlerre. — Louis VU, dit le Jeune et Eléonore d'Aquitaine. Leur divorce. — Eiéonore épouB» le roi d'Angleterre. — Conséquences de ce mariage. — Guerre avec les Anglais. — Siège de Hontluçon. — Etablissement de corvées pour la réparation des murs d'enceinte. — Les Anglais s'emparent de Hontluçon qu'ils oonservent pen* dant 17 ans. —La Seigneurie de Hontluoon passe sous la suzeraineté dn duo de Bourbon. ~ De Baronnle, Hontluçon devient une simple CbAtellenie.
Enceinte fortifiée de Hontluçon. — Pour mieui comprendre lea luttes qui vont se livrer pendant ces siècles de formatioa, il est nécessaire de jeter un coup d'œit rapide sur le Montluçoo de cette époque.
La vue de notre ville sera pour nous une introduction aux récits qui composent son histoire au rnoyeD-âge. Montlocon s'élevait alors sur son rocher de micaschiste, entouré de collines entaillées par les torrents, ceint de fortes et épaisses murailles que flanquaient quarante tours, dressant à son sommet sou vieux cbÂteau et son esplanade, comme suspendus au-dessus des lourds pignons et des toits pointus de ta petite cité.
De puissantes murailles, si solides au temps de Louis XI, entouraient la ville et la protégeaient de leurs tours aux bartMcanes, toujours ouvertes, par où s'échappaient les tntita des arbalètes, les pierres ou les carreaux enferrés.
Lea tours et les portes de La ville. — Chacune des quarante tours était^ dit-OD, sous l'invocation de quelque saint patron, dont les soldats célébraient gaiement la fête.
Quatre portes interrompaient deux fois au Midi, une fois au Levant et une autre au Couchant,cetteformidablechatDede pierres. La première, celle qui r^ardait le cdlë Nord-Ouest était laporteMiirchio on du Marchio.
(Marchio est un synonyme de Marquis, du tudesque Marck, qui signifie limite^.
Les bons bourgeois la regardaient pour la plus formidable. Son cintre supportait à sa clef de voûte un écusson aux armes de la cité. On était fier de la porte Marchio, on lui donnait cent épithéles bienveillantes. Elle portait son couronnement au-dessus des maisons de la ville et le haut de son toit se voyait des principales roules qui aboutissaient & Montluçon. On passait sur son pont-ievis en venant de Moulins. Le soir, quand l'heure du couvre-feu sonnait, les vantaux quittaient l'avant-porte et le ravelin et venaient tomber contre les murailles. On abattait alors la herse sarrazine du poids de cinq mille livres.
Plus bas que la porte Marchio, en descendant vers le midi, se dressait la porte des Forges avec son ravelin, son petit pont-levis et son piquet d'hommes. Comme la porte Marchio, elle était chargée d'un écusson (on voyait ces armes avant 1793 sur le tympan de l'une des portes de l'église Notre-Dame). On ignore ce qui valut ft ces armoiries l'honneur de figurer au-dessus de la porte des Forges, mai^ elles étaient aux armes d'une maison forte et puissante, celle des Fot^a, dont nous aurons à parler dans la suite et dont le château dominait les gorges sauvages du Lamaron. En se dirigeant vers l'Est, on rencontrait la porte du Chflteau, appelée plus tard la porte de Bretonni, à cause du voisinage du faubourg de ce nom. Sa forme et sa disposition en faisaient une copie des trois autres.
La quatrième porte était au Couchant. C'était la porte Saint-Pierre dont le Conseil municipal de Montluçon vota la démolition en 1844. -
En avant de ce débris des premiers âges, &e dressait la potence dont le vent faisait balancer la lourde et grosse corde.
Les eaux du Lamaron. — Les remparts étaient entourés d'eau que le Lamaron entretenait dans un large et profond canal.
Ce ruisseau était détourné de son cours naturel à la sortie des goi^es du Roc-du-Saint et venait remplir, au moyen de petites écluses, le ravelin de la porte Marchio ; de là, ses ondes descendaient pour entourer la ville, faisant jouer les meules du moulin banal qui dominait le point oii s'ouvrit, au xvii» siècle, la porte Fouquet, s'accumulant vers le bas devant les portes des Forges, de Bretonni et de Saint- Pierre, et formaient soua les arches de l'ancien pont un marais profond dont le superflu allait se perdre dans le Cher.
Enfin, au-dessus d'une seconde enceinte dominant la première et garnie de huit tours crénelées se dressait majestueusement notre Ch&teau.
Descriptioii du Château. — C'était, dit-on, une construction sévère et massive, la personnification de la force de ces temps-là, semblable à ces armures lourdes et impénétrables, sans autre ornement que leur poli,
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sans avantage que leur forte trempe, dont les Seigneurs se revêtaient aux grands jours de bataOIe. Et comme Montluçon devait avoir une vie de soldai, le Gh&teau devait être cela.
Deux immenses donjons étaient plantés sur le corps de logis principal ; l'un occupait l'emplacement de ta tour carrée actuelle, l'autre dominait au Nord de l'édifice.
A l'extérieur et en avant du doojoa méridional, uoe petite chapelle que tes manuscrits appellent < Capella Sancti Bonneti castri ■ s'élevait près du Ch&teau gigantesque. La petite cloche de son campanile sonnait l'angelus, l'ofUce, l'heure des exercices et celle des repas de la garnison. Cette humble chapelle était peut-ètre un ermitage que le Ch&teau avait respecté en se plaçant près de lui.
A l'Est de toutes ces constructions s'alignait une suite de h&timents peu élevés. C'étaient les logements de varlets de l'époque, les chenils et les écuries, le réduit parfois oti se logeaient les soldats que las casemates des tours ne pouvaient contenir.
Entre toutes ces constructions s'étendait une tour sur laquelle les hommes d'armes du baron où les nobles damoiseaux de la ville pouvaient jouer et se réunir. La porte du Ch&teau était au Nord, resserrée dans un étroit passage entre deux tours qu'empâtaient les maisons bourgeoises s'accrochaut & leurs bases.
Tel était Montluçon au moyeo &ge. Lourde chaîne de pierres qu'interrompaient les quatre portes ; ceinture de tours et de murailles crénelées étreignant les pieds de deux gros donjons liés par une masse de granit et dont les toits ébréchés dominaient les méandres des rues, les carrefours, les ponts, les tourelles.
Que l'on se représente encore nos murs arrosés par le Lamaron et le Cher roulant ses eaux près de nos portes et traçant autour de la ville un demi-cercle, tandis que les collines l'environnent de toutes parts, l'on aura une idée de la position de notre cité et l'oncomprendraqu'àcette époque Hontluçon ait été une place forte, une ville féodale d'assez grande importance.
LES SEIGNEURS DE HONTLUÇON. — Maintenant que nos lecteurs savent ce qu'était alors Montluçon, parlons de ses Seigneurs et du réle joué par chacun d'eux.
Ainsi que nous l'avons indiqué, le premier dont il est fait particulièrement mention dans l'histoire et qui sera en môme temps le dernier de la première race des Seigneurs connus de Montluçon est Hodo. Il laissait & sa mort une Qlle Rothilde, dame de Montluçon, qui épousa Erald, et après la mort de celui-ci, Archambaud, comte de Bourbon.
Ce dernier mourut en 989 et son fils Archambaud II lui succéda.
Archambaud II, de son mariage avec Hermangarde de Sully eut quatre fils : Archambaud 111, comte de Bourbon ; Aimon, qui devint plua Urd archevêque de Bourges ; Albin et Gérard auquel Montiuçon fut donné en apanage.
C'est ainsi que Gérard, quatrième fils d'Archambaud, devint la souche de la seconde branche de nos seigneurs. Il mourut en 1061.
Son fils Bernard, qui lui succède de 1061 h 1070, est cité dans un acte datant de 1070, et dans lequel il cède à l'abbaye de Souvigny tous ses droits sur les hommes et sur les terres de Colombier.
Avant sa mort, Bernard reçut la visite de son cousin Archambaud IV, comte de Bourbon, qui signa une ratification des dons faits à ta chapelle d'Audes.
Bernard meurten 1071 et Guillaume 1*' lui succède, laissant lui-même . la place en 1120 à Guillaume II. Mais celui-ci mourut sans laisser de postérité et ce fut son neveu Guillaume, dis de son frère Archambaud, comte de Bourbon, qui lui succéda.
Ce seigneur de haute lignée attire dans ses nouveaux domaines une Coule d'habitants des terres voisines, satisfoits de sortir de la domination de maîtres cruels et trop despotiques. Pour les voir s'établir chez lui d'une manière durable, il leur accorde des privilèges et jure de les protéger.
Guillaume feit réédifler aux mêmes endroits les deux ponts des Romains, détruits depuis de longues années, soit qu'ils aient été entraînés par les eaux ou, plus probablement, ruinés par la main des Bart)ares. Le premier, celui de la ville, fut reb&li au même endroit. On voyait encore au siècle dernier les restes de ses premiers contreforts à gauche du pont Saint-Pierre, parallèlement à l'axe du côté des maisons du fauboui^ du même nom. La rue dans laquelle ils existent s'appelle rue du Pont- Vieux.
Du pont des Isles, dénommé pOnt Bufecié, il ne reste plus aucun vestige; mais on en voyait encore des ruines il n'y a pas très longtemps.
Les Templiers de Lavault-Sainte-Anne. — Sous Guillaume, la petite commanderie de Lavault perdait son commandeur. L'ordre des Templiers, institué en 1118 à Jérusalem et qui possédait en Europe jusqu'à neut mille établissements, avait à cette époque une petite commanderie au village de Lavault-Sainte-Anne. Sa chapelle, dont l'architecture rappelle celle de Néris, s'était ouverte en 1148 pour laisser descendre sous ses dalles le corps do son premier commandeur, ainsi qu'en fait encore toi l'inscription tumulaire suivante :
Ci-oiT Michel de Latbance, Commandeur de Lavaolt