‹ Histoire de Montluçon, d'après des documents inédits. Annexes: Montluçon industriel, l'antique cité féodale transformée en ville industrielle, 1840; notabilités montluçonnaises; environs de Montluçon; étude sur NérisChapitre 8 sur 113 · DÉCÉDÉ LE 10 AVRIL · texte numérisé non relu

DÉCÉDÉ LE 10 AVRIL

Érection de l'église Saint-Pierre. — Au commencement du

XI' siècle, l'égliae Saint-Pierre avait été bâtie sur un plan affectant la terme d'une croix grecque, dont les grandes lignes du chœur subsistent encore.

Si rien de particulier n'est venu jusqu'à nous, touchant notre seigneurie sous Guillaume lll, la France, du moins, présentait un spectacle qui eut malheureusement plus d'éclats et d'échos. Nous sommes arrivés à une époque terrible de l'histoire du royaume. Montiuçon descendra dans la lice et prendra part aux luttes qui vont se livrer.

Quelques explications sont nécessaires pour faire comprendre comment la seigneurie de Montluçon fut amenée à prendre les armes pour défendre sa liberté et ses franchises.

Louis VII, dit le Jeune, et Éléonore d'Aquitaine. — Louis Vil, dit le Jeune, avait épousé Éléonoro, ûlle et héritière du dernier duc d'Aquitaine. Il eut le tort de se faire accompagner à la croisade par sa femme, dont la conduite scandaleuse à Antioche lui donna de nombreux sujets de plaintes. De retour en France, il rompit ce mariage sous prétexte de parenté et Ëléonore, l'année même de son divorce, donnait sa main à Henri Plantagenet, héritier présomptif de la couronne d'Angleterre. Ce prince, qui possédait déj& en France la Normandie et l'Anjou, y réunit les provinces dont se composait le riche héritage d'Éléonore, c'est-à-dire le Poitou, la Saintoage, la Guyenne et la Gasc<^ne ; de sorte que lorsqu'il monta sur le trône d'Angleterre, en 1154, il se trouva, en France même, plus puissant que le roi. Dès lors devint inévitable cette longue rivalité qui devait être si funeste à la France. La lutte avait déjà commencé entre ces deux princes avant même l'avènement d'Henri au trdne (1152), et elle dura pendant tout le règne de Louis-le-Jeune. Elle fut interrompue à diverses reprises par des traités de paix, toujours mal observés, et même par un traité de fomille entre les deux rois ; Louis ayant consenti, en 1158, à donner la main de sa fllle Marguerite à Henri, l'atné des fils du roi d'Angleterre.

Ouerre avec les Anglais. — La position de Montluçon et son importance devaient désigner cette ville forte comme une proie dont les Anglais pourraient au besoin se servir pour leur propre retranchement. Ils le comprirent très bien. Aussi la guerre sur ce point du Dourbonnais, qui est tout à la fois la clef de trois riches provinces et une forteresse renommée, va-t-elle devenir permanente autant qu'acharnée.

Siège de Montluçon. — Les Anglais tout d'abord, ne sont pas heureux, l^as d'escarmouches qui les déciment sans leur procurer aucun avantage appréciable, ils se décident enfin à mettre le siège devant la

vilie,qu'il3 entourent d'un blocua des plus rigoureux. Mais, Guillaume II, seigneur de Montluçon, fait bonne garde. Il se met à la tête de ses vassaux, et, aidé des habitants, leur oppose une vigoureuse résistance et les attaque avec tant de courage qu'ils sont forcés d'abandonner leurs positions, laissant entre les mains de leurs vainqueurs un grand nombre de prisonniers.

Après cette victoire, Guillaume II ne reste pas inactif.. Il sait l'Anglais tenace et résolu; aussi prévoyant un retour offensif, il fait réparer avec soin, augmenter même les fortifications de la ville.

EtaloliBsemeut de corvées pour la réparation de murs d'enceinte. — Montluçon, nous l'avons dit, était une place de premier ordre, une des portes, pour ainsi dire, de la Patrie è. cette époque. Il était donc bien juste que chacun y mit du sien et que tous s'employassent à la défendre et à la conserver. C'est dans ce but que des corvées furent imposées aux bourgs voisina et que Chappes, Viilefranche, Huriel, Montmarault, Saint-Victor, Néris, etc., durent, lorsque besoin en fut, fournir des bras et des bêtes de somme pour la réparation des murailles.

A Guillaume II succédait en 1145 Guillaume III. Avec lui, les éternels ennemis du pays revinrent à la charge, et en 1170 ae présentèrent devant MontluC'On, sous la conduite de leur roi, Henri II Plantagenet et y mirent le siège.

lies Anglais s'emparent de Montluçon etle conservent pendant 17 ans. — Malgré le courage que déploya le seigneur à la tête de ses vassaux, la ville dut ouvrir ses portea aux Anglais, qui la conservèrent jusqu'en 1188.

Il est belle à l'aide des documents de cette époque de se faire une idée de ce qui se passa sous les murs de Montluçon pendant ce siège.

Rappelons- nous que nous sommes au moyen-âge et que si la défense fut vigoureuse, l'attaque ne le fut pas moins.

On avait alors reconnu le danger des défenses de bois au ras du sol, l'assaillant y mettant le feu ; on les plaça sur des barbacanes en maçonnerie ou sur des courtines et on obtenait ainsi ce qu'on appela des hours. Ces défenses étaient couvertes de peaux d'animaux pour les préserver du feu des ennemis et le devant présentait de distance en distance des archëres ou fentes étroites et longues par lesquelles on faisait passer les flèches ou les carreaux.

Les écluses qui retenaient l'eau du Lamaron vers le haut de la ville fiirent^rompues et les mineurs se mirent à l'œuvre contre les murailles- Pendant que ceux-ci sapaient les murs, les autres s'attaquaient é. la ville d'uner autre manière, c'est-à-dire à l'endroit où l'eau des fossés s'opposait & la sape.

Un char sert à combler le fossé et s'avance aous la muraille avec lourdeur, sur des amas de foscines et de matériaux de toute sorte que les assaillants lancent sans cesse.

Pour taciliter cette manœuvre, les assaillants ont détruit les hour^, dans la crainte que les assiégés ne jettent par là le feu ou des flèches. Les hours sont bientôt jetés bas et les assises qui paraissent au haut des murs découverts sont le point de mire des arbalétriers qui, derrière leurs manlelets roulants, les visent et les démasquent.

Le lourd beffroi qui domine les murailles, muni de son pont mobile garni de peaux fraîches, s'avance sur des madriers que placent les assaillants, tandis que d'autres comblent les fossés. L'action se propre et se continue sur tous les points et si l'assiégé ne parvient pas & brûler les beffrois qui s'avancent, c'en est fait de la ville.

C'est ce qui arrive pour Montluçon. La lourde machine approche, le fossé est comblé de nombreux débris, et, après un si^e périlleux et pénible, le beffroi touche le mur, son pont s'abaisse et c'est une lutte acharnée, opini&tre entre les deux ennemis.

Les Anglais tombent, roulent dans le fossé, mais ils sont le nombre, et malgré les prodiges de valeur de nos glorieux ancêtres, malgré leurs sorties meurtrières, les échelles sont jetées de l'autre cdté des murs et la ville est au pouvoir des Anglais. Ceux-ci y firent sentir toute ta dureté de leur domination et le souvenir s'en retrouve dans le nom du faubourg de Bretonni qui était probablement celui où ils avaient établi leurs quartiers ; ils y enterraient même leurs morts, si l'on en juge par les nombreux ossements humainsdécouvertsàdiverses époques en cet endroit de notre ville. Le 19 mars 1902, des terrassiers, en creusant les fondations d'une maison, rue de la Lombardie (Fauboui^ Bretoaai), près du pont du chemin de fer, trouvèrent encore un squelette parfaitement conservé.

Pendant près de 18 ans, Montluçon voit les Anglais habiter dans ses murs. Durant cette période, le léopard étranger semble dominer le soleil d'or et le ch&teau brillant de ses armes.

Mais un jour, le chftteau reprit son armure k moitié rouillée, un cri a retenti, il est allé jusqu'au roi, et Philippe-Auguste est accouru. L'heure de la délivrance a sonnée et l'anuée 1188 voit tes Anglais vaincus, abandonner cette ville surprise quelques années auparavant, mais qu'ils ne prendront plus désormais.

Guillaume III était mort avant cette heureuse année, laissant un fïls de son nom mort sans postérité et Pétronille qui se ût religieuse. Archambaud II lui succéda en 1181.

Le premier soin du Sire de Montluçon, après sa prise de possession de la ville, fut de faire disparaître les derniers vestiges du passage des Anglais et il s'y employa activement.

St4 HISTOIRE DS MONTLOÇÔN

Maie Phllip|>e*AUguat«, roi â« francd était méoootent, âit-on» de la faiblesse qu'av&it montrée ArchAmiiaud âMê iei derolera évéïteniéitts et, comprenant avec quelle facilité se perdatStit les oonqttétés dM provinces, chercha autour de lui un Seigneur »asm puissant pour n« pas perdre les fruits que lui assunUent sa Victoire. Sur OM entrefaites Arch&mbaud II meurt, laiMKat trois «afanti, Arehambaud, auiiiaurne et Bé&trix.

Par un arrangement dont noua ignorons la cause, Oulllaunifl suecéde à son père sous le titre de auillaume IV, aux lieu et place d'Archambaud, son n^reaiDé, auquel révenait l'honneur.

L«8 Seigneura cU MoatluvoB pua«iit août U aiuoraiiieté du due d» Bourbon. — Philippo-Augusta, auquel était due la délivranM de MontIuçoD ne crut pat oe jaune prince capable de pouvoir défendra sa Seigneurie contre les Invasions fréquentes des AQglaii. Aussi par un acte authentique, data de 1303, déoida<t'li de donaar la surveillaaoe et Une oertaioe suzeraineté sur les Seigneurs de MootluQon à Quy de Damplerre, duc de Bourbon, qu'il avait en partioulièra estime et affection.

Cet acte n« dépouillait pas Guillaume IV de sa Bsigneurie, et se bornait & investir de cette suEeraineté le oùmte de BOurbofi, dont Guillaume devenait ainsi le vassal. Ce dernier protesta contre oetaote, maiscontinua à régir et gouverner la ville d'une manière subordonnée aux volontés de Guy de Dampierre.

Guillaume IV meurt en IStl sans laisser de postérité; sasoeur BéUtrls lui succède en qualité da dame de Montluçadt

En lâl3| Guy de Dampierre, remarquant que ses monoatos n'avalent oours que dans une étendue asses limitéa at, de plus, redoutant la ooncurreaoe que lui faisaient les moines de Souvigny qui, d'aprds dea Chartes particulières, frappaient monnaiei mit tout en oeuvre pour se faire associer a l'exploitation da l'atelier monétaire da Souvigny, offrant, par un acte daté du mois de décembre 1313 i que tant qu'il tiendrait «n possession la ville de Montluçon, il ne pourrait y battre monnaie, *

Voici la teneur de oet acte :

< Moi, Guy de Dampîerra, Sire de Bourbon, fait connaître & tous, (trésenls dt « A venir que Huguafl, prieur, et le couvanl do Souvifuy m'ont aH00ié| pour ma vie u durant, dans leur monnayage de Souvigny, aux conditions suivantes, aaroir :

* Que je dois payer la moitié des dépenses et percevoir la moitié dei produits 1 cl bénéfices, et qu'après ma mort, la portion que je recevais, en vertu de In 0 présente associatioD, l'etournera librement et paciliqucment h l'église de Souvigny ; t que mon épouse et mes héritiers ne pourront réclamer sur la dite monnaie B d'autres droits oU moyens que cêUx qUé possédait le sire Arcbambaud, afcul de < mon épouse. El, à cause de la susdite association ou de tout autre fait antérieur, E soit du prieur, soit de moî-mâme, il ne poUM4 élrû FtIUSé àliCUn dOititfllge oU

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MûNTLUÇON SOUS LA FÉODALITÉ 25

t préjadice, ni & la dite église, ni à mes hénliers. Convenu, en ontre, que tant que ' je *ivni, je ae pourrai Iransmetlre, & qui que ce sait, le bénéllce de la préMule

• association, et que Uni que je liendraî eu ma possession la ville d« Monllaçoit, je

■ ne pourrai y battre monnaie. En contirmatioa et validité de tout quoi, j'ai comme

■ lémoîgoage anihentique, fait apposer mon scoau sur les présente!.

* Fait, l'an de Notre Seigneur 1213, ce jour des Saints Innocents, 2N Dé-

• cembre. «

Les deux cachets apposés au-dessus de cet acte représentent la monnaie que Guy de Dampierre faisait frapper à Montlucon.

Cet homme si habile avait administré la Seigneurie avec trop, de politique et trop de sollicitude pour la voir, d'un œil indifféreat, passer en des mains qui lui disputeraient peut-être la souveraineté dont Philippe- Auguste l'avait investi et qu'il avait exercée avec tant de soin. Il craignait, en un mot, que la gracieuse clidtelaine de Monttuçoo, Béatrix, ne donnât sa main à quelque prince puissant des environs.

C'était peu pour lui de la suzeraineté, il veut pour sa race la libre possession de ce domaine qu'il a défendu et embelli.

Il ne se contente pas d'avoir Béatrix pour pupille et pour parente, il veut l'avoir pour fille et alors le puissant seigneur, qui toujours s'était montré aOïble pour sa vassale, lui députe des chevaliers d'honneur et arrive bientôt lui-même au cbAleau de Montiuçon. Béatrix les reçoit dans la grande salle des armes. C'en est fait d'elle ; elle épouse Archambaud, son cousin, fils de Guy de Dampierre, comte de Bourbon et seigneur de MontluQon.

Par cette alliance, Montlucon fut réuni au domaine de Bourbon et, de baronnie, devint une simple châtellenie. Les noms des premiers ch&telaîDs n'ont point été conservés.

Le ch&telain était le délégué du seigneur haut justicier. Il exerçait sa juridiction dans les limites des circonscriptions secoodairos, il avait tout h la fois la charge des armes et de la justice.

Le ch&telain était sous les ordres du sénéchal qui exerçait, au nom du comte, une haute surveillance de police et de justice dans toute l'étendue de la baronnie ou du comté, il recevait les plaintes et faisait rendre compte de leur administration aux châtelains. Le sénéchal allait, au nom du comte, tenir deux fois ses assises dans les châtellenies du ressort. Pendant ces assises, ou grands Jours, le pouvoir des officiers inférieurs était suspendu.

Telle était la constitution administrative, tels furent tes magistrats qui rendaient la justice à Montlucon.

Quant au ressort du châtelain de Montlucon, il s'étendait sur les paroisses de Blanzat, Argenty, Arpheuîlles, Châteauvieux, Couraud,

26 Histoire de Hontluçon

Coursages, Désertines, Domérat, Durdat, La Celle, La Petjte-Marche, Lavault, Lignerolles, Mazirat, Néris, Neuville, Saiot-Genest , Saiote- Thérenoe, Oucbe-Pollier, Prémilhat, Ronnet, Saint-Fargeoi, Chamblet, Saint-Marcel, Saint-Pardoux, Sault, Teillet, Villebret et ane partie de Gouzon, Lusaat, Nouhaïut et Sainte* Radegonde.

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