‹ Histoire de Montluçon, d'après des documents inédits. Annexes: Montluçon industriel, l'antique cité féodale transformée en ville industrielle, 1840; notabilités montluçonnaises; environs de Montluçon; étude sur NérisChapitre 74 sur 113 · LES HISTORIENS DE NÉRIS · texte numérisé non relu

LES HISTORIENS DE NÉRIS

Noua alloas faire une brève revue des historiens qui ont parlé de Néris, ea laissant de cttté les procès-verbaux de fouilles et les travaux de pure archéologie que nous utiliserons dans le chapitre suivant.

Férault d'Agnet. — Jean d'Agaet (Topographie du duché de Bourbonnaity M. SS. de la Bible, note de i6U, cote 9865, fol. 34) dit que Néria était anciennement une grande ville, laquelle a été ruinée dès longtemps. Nous sommes convaincu que Néris a été une première fois détruit lorsqu'il était dans toute sa magnificence ; mais nous sommes certain qu'il a survécu à lui-même, qu'il fut relevé de ses ruines, en tout ou en partie.

< La tradition qui attribue l'origine et peut-être les embellissements de Néris à Néron, semble acceptée par certains auteurs i.

Andr6 Duoheine. — André Duchesne, par exemple {Antiquitéa de la France, Paris, 1637, page 614), s'exprime ainsi :

« Néris, ainsi dite du nom de Nilron, sous le règne duquel on lient qu'elle fut Il bâtie. Une tour do vingt métrés d'élévalion, entourée d'une muraille, celle-ci (I entourée d'un lossé 1res large portait encore son nom en iliB, époque à laquelle

■ Ih dite tour s'écroula subitement, l-'llc était au centre de Néris. ■

Coiffler Demoret. — En 1816, Coiffier, continuant l'œuvre de naraillon, conclut ainsi :

■ L'origine de Néris a été livrée A toutes les conjectures. Les uns ont attribué R sa fondation à Néron: d'autres l'ont fait remanier au temps des Gaulois et ont fait a dériver son nom des mots celtiques : -Ver, eau et ias, cliaudc. On a disputé sur le

■ Néron qu'on pouvait lui donner comme fondateur, ou tout au moins pour patron.

■ Un auteur que jeciterai plus au long, tire, par contraction, ce nom, de Névid, qui < en Celle, indiquait les attributs de la force cl de la puissance du Dieu Mars. Mais u ce qui semble exclura toutes les aulraj opinions et ferait adopter uniquement celle t qui dérive Néris de Néron, c'est que les mêmes auteurs qui cherchent à ce nom 0 des racines celtiques, citent comme un fait in contestable, qu'il existait dans hi a ville une tour, peut-âtre une forteresse, appelée la tour de Néron, Nerouis Turris.

• Cela seul semble décider la question, & moins de supposer que Néron, ou un des t Empereurs qui ont ajouté ce nom au leur, ait fait bitir cette tour dans un lieu qui

• portait déjà un nom analogue A celui-lft, ce qui serait un hasard qu'on ne peut 0 guère supposer. »

Néris est le lieu du Bourbonnais qui réunit le plus de marques d'une haute antiquité, il mérite dans l'histoire une mention toute particulière.

M. de Caylus en parle avec assez de détails dans ses antiquités gauloises, mais je me bornerai à rapporter ici des fragments d'une lettre moins connue, écrite à M. de Caylus, par M. Pajonnet, prieur d'AUichamps au cours du xviii* siècle :

Pajotmst. — > Loin d'admettre le Néris actuel pour le Heu indiqué par la a colonne milliairc découverte ici : Allichamps (B:rry), on doit présumer que ce a bourg était élevé sur les ruines de deux villes, jadis bâties dans son voisinage. • Cette présomption ne sera pas jugée simple conjecture, si l'on pèse sur les raisons « tirées de la position et de l'état actuel des lieux.

■ Au nord de Néris. et à l'est de son théâtre, est une colline qui s'étend de « l'ouest & l'est ; elle est en partie couverte de ruines qui indiquent l'assiette d'une « ancienne ville ; son exposition au midi et le voisinage de ses eaux portent A en « juger que cette ville était gauloise ; on pourrait en trouver quelques preuves dans

■ la fouille de ses ruines •■

Ici, M. Pajonnet entre dans une longue discussion pour appuyer son opinion ; il attribue la destruction de cette ville ou à l'incendie de toutes les villes des Bituriges, ordonné par Vercingétorix, ou à la politique des Romains, qui n'avaient pas voulu laisser subsister une ville trop forte d'assiette, ou enfm, plus tard, à l'invasion des Barbares venus du nord.

Il serait, je crois, aussi facile de combattre ces raisonnements, qu'il serait peut-être difficile de trouver des ruines de villes gauloises antérieures aux Romains, et de prouver qu'elles ont existé autrement que par des faits historiques, mais laissons M. Pajonnet entrer dans d'autres détails :

« Les ruines que l'on voit, celles que l'on découvre clinque jour dans le terrain « situé à l'est de Xéris, annoncent certainement l'assiette d'une ancienne ville. Les

• monuments antiques trouvés dans le même lieu et que vous détaille)!, Monsieur,

• en partie, viennent à l'appui de ce jugement; je crois devoir ajouter que j'ai vu,

• fouillé et suivi l'aqueduc, que je suis entré dans la partie de la voit te qui existe ( encore dans la longueur de 7 pieds. Cette voûte, à la prendre du fond du canal, « n'a que 3 pieds de hauteur et 18 pouces de largeur ; la brique ou carreaiî de terre

• qui forme le canal a 11 pouces de largeur et 18 lignes d'épaisseur, et ses bords

• relevés ont 6 pouces de hauteur ; ce carreau est mastiqué sur un lit do ciment « rouge et épais de 18 lignes et ce lit de ciment est posé sur un lit do mortier blanc

■ très dur cl épais de 8 pouces.

a La voie romaine de Néris à Chantellc ayant cédé à l'effort du charroi et étant Il beaucoup creusée dans la partie où elle est traversée par cet aqueduc, ce monus ment parait maintenant beaucoup plus élevé que la voie romaine. De là, on le suit

• dans presque toute la largeur de la ville, d'où l'eau était sans doute conduite et

■ distribuée dans différents bassins. Ce que j'en ai vu et fouillé, suffit pour faire H juger que ce monument a été destiné pour l'usage d'une ville, et conséquemment,

■ que le terrain situé i l'est de Néris, sur lequel il a sa direction, était jadis l'assiette ( d'une ville importante, A laquelle cet aqueduc fournissait de l'eau.

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* Au sud et à |icu de dislaiicc de celte ancienne ville, était une lour ou '' Forteresse qui la commandail; on ne peut déterminer l'iileuilue du terrain qu'elle . occupait, parce qu'on a bXû sur son etn place me ni, mais l'on obsen'e encore que " son enceinte était fermée par un mur et que ce mur était environné d'un fossé - très lai^e. Suivant la tradition du pays, cette lour avait soixante pieds de haut n et elle était l'ouvrage de l'Empereur Néron, d'où elle était appelée tour de Néron x et que cette dénomination fournil à la ville le nom de Néris, par abréviation du

■ nom de Ncrouis. »

M. Pajonnet, en adoptant le lait, se livre à une longue discuBsioa pour chercher à prouver que ce Néron qui a donné son nom à celte tour, ne peut être que Tibère. Il attribue donc la construction de la lameusa tour à Tibère-Néron.

Elle était deslinée, dit-il, à contenir cette ville après la défaite de Sacrovis- {Lettre de Pajonnet à Caylm. 6 juillet 1165, p. 267).

« On lisait sur le grand aqueduc : Ne, commencement d'un mot, ensuite Néris ; d'où on a conclu que l'inscription devait porter : ' Nerone Néris s .

Il va sans dire que cela semble fantaisisle. Le rapprochement du nom de Néris et de celui de Néron, n'a pu être fait, nous l'avons dit déjà, qu'au temps o(t fleurissait l'étymologie par calembour.

Ed. Tudot. — Ed. Tudot (18651, dans son remarquable ouvrage sur le Bourbonnais s'exprime ainsi :

* Selon t'opinioii la plus répandue, Néron, après avoir fait embellir la ville de

• Néris, lui a donné son nom et les monnaies votives rencontrées dans le sot, « particulièrement les médailles A rcfligie d'Anlonin le Pieux, de Gallien et deCons-

• lantin, reportent l'époque de la plus grande splendeur de Néris au temps de ces

■ Empereurs ».

Du même auteur :

■ Des fouilles exécutées sur l'emplacement des thermes antiques ont permis de constater trois réédifications successives de cet édifice. Elles étaient superposées et séparées par des décombres d'habilationsincendiées; la route la plus ancienne se trouvait à pea près de quatre mètres audessous du sol moderne, et parfois encore dans la vallée on rencontre des fondations enfouies à quatre et six mètres de profondeur. Enfin, sur les dalles qui recouvraient le grand aqueduc, on a vu des restes d'inscriptions qui ne pouvaient provenir que des premiers monuments détruits.

* L'aspect le plus pittoresque de Néris est celui qui se présente de la roule de Chantelle, la Caotilia de la table Théodosiennc. Cette route était la voie militaire de Clertnont à Brest. Une colonne itinéraire trouvée à Allichamps (Berry), indique encore une autre voie allant à Bourges.

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Les Thermes antiques. — s Une pente rapide mène aux sources minérales et aux nouveaux bains situés sur le méaie emplacement que les Thermes antiques Le plan du premier édifice formait un rectangledouLle grand câté a plus de cent mètres. Devant la façade principale s'élevait un temple consacré à Diane ; du moins on a lieu de le supposer, parce qu'une statue en bronze représentant cette déesse accompagnée d'un chien, a été trouvée près des débris du temple. Ensuite venaient les Naumachies, suivies de constructions luxueuses, s'étendant jusqu'au bas d'une colline couronnée par un camp romain. La ville basse se développait de chaque cOté sur la pente des coteaux.

< Ud vaste palais s'élevait au centre de la ville haute et c'est sur les restes de cet édifice, qu'au moyen-âge on avait bâti la tour qui s'est écroulée en 1728,'appelée la tour de Néron, sans qu'on sût trop dans quelle circonstance le nom du fils d'Agrippine lui avait été donné. Au milieu des arbres touffus d'une promenade, on trouve les restes d'un ihéfttre adossé à la colline. Non loin de ce monument, une louiUe a mis & découvert les murs d'une construction considérable, qui, peut-être, était un hôpital. On y remarquait des chambres n'ayant d'issue qu'à leur partie supérieure, bien qu'elles fussent de plain pied avec le sol du dehors etqueladécoraliondes murs présentât des ornements et des fleurs. De là, en se dirigeant vers le ruisseau des sources, on retrouve quelques portions de murailles, derniers restes du rempart de la cité.

« Depuis Arces, toutes les sources d'eaux froides avaient été captées. Ronnet, qui est k plus d'un myriamètre de distance, a encore des restes d'aqueducs ; on en trouve aussi à Durdat,Villebret et Marcoing. Les eaux venaient au clos des Villattes, et de 1& une portion longeait la ville haute et suivait la direction du théâtre ; l'autre allait à. l'élablissement thermal. Il est à remarquer que le sol granitique de Néris se trouve dépourvu de sources froides, conditionsqui,jusqu'àun certain point, explique comment après la destruction des ouvrages romains, cette localité a élé bienlât abandonnée.

c Du champ de la Pelle, on a fait Palleet ensuite Pallas;de même que du champ des Quarts on a fait des Kars, puis enfin, champ de Mars ; ajoutons Mercure pour Marcoing, Villas pour Villattes, et nous aurons donné une idée des licences que se permettent certains étymologistes dans l'interprétation des noms de lieux n.

Le Palais du Gouverneur. ~ Le champ de la Pelle paraît avoir été une nécropole, on en a exhumé des urnes en verre d'une dimension et d'une beauté remarquables. Près de ce lieu, aux petites Quarts, un palais dit du Gouverneur, montrait son architecture splendide, du moins si on en juge par les colonnes cannelées en marbre blanc dont on a décombré

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de nombreux fragments. Ce fat sur les i''uines de cet édifice que s'éleva, vers le milieu du vu» siècle, la royale demeure de Pépio le Bref; renversée par les Normands, il n'en reste plus de traces. Sur un plan plus éloigné existait une fortereise rectangulaire dont les grands cAtés mesuraient plus de 40 mètres ; elle était en avant de la porte orientale du camp romain ; une construction analogue avait déjà été remarquée près du camp de Drerant, ville romaine, située dans le Berry, sur les bords du Cher. •

Les InscriptionB romames. — Ea 1853 on découvrit plusieurs inscriptions, parmi lesquelles il faut citer la suivante, qui permet de résoudre la question relative au mot de Néris qui s'y trouve :

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