ARCHÉOLOGIE : ESCALIERS
fenêtres dont le souvenir nous a été conservé par la gravure. Il est bien regrettable qu'un riche amateur n'ait point fait l'achat des matériaux, tant il est vrai aussi de dire que l'on n'apprend ces démolitions que lorsqu'il n'est plus temps d'en sauver les débris.
Escaliers. — De l'époque de la Renaissance, il reste de nombreux escaliers dont le plus remarquable est celui de l'hôtel de M. de Saint-André, rue Embouque-d'Or, 11° 4. S'ouvrant dans une cour, il est éclairé par trois grandes ouvertures au rez-de-chaussée et trois autres au premier étage. Au milieu de celles-ci sont deux grands vases avec figures. Dans Tattique sont des bas-reliefs et la partie supérieure du mur est couronnée de bustes.
On accède au premier étage par un escalier très large, de trois volées. La disposition des appartements a été des mieux comprises, et c'est bien là l'hôtel aristocratique, avec ses grands salons éclairés par des fenêtres donnant sur la rue et dans la cour. Si les autres appartements ont subi des réparations qui leur ont enlevé le caractère de cette époque, on ne peut le regretter cependant en admirant, dans une chambre avec alcôve, le plafond dont les sculptures ajourées sont admirables par leur style du règne de Louis XIV.
Un autre escalier, de moindre importance, situé rue du Bayle, n° 10, nous donne un spécimen, par sa grille en fer, de la serrurerie artistique, si merveilleusement ciselée, du règne de Henri II ou de Henri III.
Les escaliers ont toujours occupé une grande importance dans les anciennes constructions, alors qu'on n'avait pas à s'occuper, comme de nos jours, de l'exiguïté du terrain. La nomenclature en serait très intéressante ; on retrouverait dans le plus grand nombre la même ordonnance, et si ceux que nous allons mentionner n'ont pas la même valeur artistique
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que les deux premiers, ils sont cependant très intéressants à visiter :
Rue Saint-Firmin, n^ lo, escalier, cage carrée à deux étages ;
Rue Joubert, n» i, escalier circulaire à trois étages ;
Place du Marché-aux-Fleurs, n^ 7, escalier circulaire à trois étages.
Dans la rue de la Vieille, au n° 8, dont nous avons déjà parlé comme étant le spécimen le plus caractéristique de salles voûtées intérieures du xv^ siècle, se trouve une belle porte avec de larges pilastres ornementés.
Au n° 3") de la rue Saint-Guilhem, une autre porte plus petite et très caractéristique se recommande à l'attention par ses pierres en bosselage.
Il en est de même au n^ 3 de la rue Fournarié, mais dans de plus grandes dimensions. Le propriétaire de cet hôtel en donnant à la menuiserie le caractère de l'époque, a permis d'en admirer les belles proportions.
Epoque Louis XIII. — L'hôtel de M. de Lunaret, rue des Trésoriers-de-France, a conservé les plafonds de cette époque. Les salles sont très élevées et spacieuses. Ce serait dans une petite pièce située sur l'arceau qui réunit cet hôtel à l'église des Pénitents qu'aurait été signée, en 1622, par Louis XIII, l'ordonnance relative à la capitulation de Montpellier.
Epoque Louis XIV. — C'est sous le règne de Louis XIV que Montpellier s'est enrichi de belles construtions dont un grand nombre sont dues à l'architecte d'Aviler. On lui doit les premiers plans du Peyrou, l'arc de triomphe qui se trouve devant cette promenade, l'église Saint-Denis, ainsi qu'un grand nombre d'hôtels.
Dans la maison portant le n" lo de la rue du Palais, il a donné une preuve évidente de sa profonde connaissance de la coupe des pierres. Peu d'architectes,
ARCHKOLOGIE : ÉPOaUE LOUIS XIV
de nos jours, se risqueraient à vaincre une semblable difficulté, malgré la certitude des calculs. Il est certain que son influence se manifesta aussi dans les cours et les escaliers, et c'est surtout là que son talent pouvait bien mieux se développer, n'étant pas tenu aux exigences de l'alignement et des saillies.
Avec une grande richesse d'ornementation et de sculptures en plâtre, ainsi que c'était l'usage à cette époque, nous pouvons encore admirer de vastes salles avec leurs grandes cheminées et les médaillons dans lesquels on retrouve toujours le portrait du roi. Bien des personnes ne sont pas sans connaître la maison de la rue Saint-Guilhem, portant le n" 10, où se trouvaient récemment encore les bureaux de la Société Générale. Cet immeuble peut être cité comme un des plus beaux spécimens de l'époque dont il s'agit.
L'hôtel de M. de Lunaret, rue des Trésoriers-de- France, dont nous avons déjà parlé, a conservé son escalier monumental et sa riche décoration avec son plafond peint par de Troy. Sur le fronton extérieur, sont sculptés, en bas-relief, un soleil avec ses longs rayons, symbole de la gloire que ses contemporains décernèrent au roi-soleil, Louis XIV.
L'hôtel de la rue des Trésoriers- de-la -Bourse, n»4, autrefois propriété de M. de Lamoignon, possède, au-dessus d'une grande porte intérieure, une ravissante sculpture et un escalier en plein jour, unique dans les grands hôtels.
Les Etats de Languedoc, qui se réunirent à Montpellier, de 1736 à 1789 presque sans interruption, contribuèrent encore à embellir la ville de nombreux hôtels. Le plus grand nombre procèdent par des dispositions à peu près toujours les mêmes. Après une petite cour, s'ouvre Un escalier dont les cages sont très aérées et ornées de pilastres en pierres. La monotonie des façades extérieures n'offre d'inté-
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ressant que les mascarons sculptés dans les clefs de voûte. Lorsque les architectes avaient le loisir de tirer le meilleur parti de l'emplacement, ils ont pu, comme dans la rue Fournarié, nous faire admirer une très belle porte, sur laquelle est un groupe des plus ravissants.
Les façades des maisons du règne de Louis XIII et Louis XIV n'ont aucun caractère particulier qui soit à signaler. Quelques portes d'entrée indiquent, d'une manière plus sûre, la date de leur construction ; elles n'ont pas subi les atteintes si nombreuses de la civilisation moderne.
Epoque Louis xv et Louis xvi. — Les constructions élevées sous les règnes de Louis XV et Louis XVI se distinguent par les sculptures et les ornements des claveaux des ouvertures extérieures. Les façades dépourvues de parties saillantes sont monotones et manquent de cette ampleur de lignes des édifices du règne précédent.
Font Putanelle. — Cette fontaine, construite par Jacques Cœur en 1444, était désignée aussi sous le nom de Fons Argenterie (fontaine de l'Argentier).
C'est un des monuments les plus anciens de Montpellier. Située sur les bords du ruisseau du Merdanson, derrière le cimetière de l'Hôpital Général et près de l'avenue Chancel conduisant à Thôpital suburbain, cette fontaine rappelle par son nom le rendez-vous des jeunes filles aux mœurs légères.
Ce petit monument offre plus d'intérêt par le souvenir qui s'y rattache que par son caractère artistique, à cause des diverses transformations qu'il a subies. Cette ancienne source avait été captée dans un réservoir. Au-dessus du jet, sur une large pierre, se trouvaient les armoiries de Jacques-Cœur.
Eglise Saint-Pierre. — Cette église fut primitivement la chapelle du monastère Saint-Germain, fondé par Urbain V en 1364; depuis 1536 elle est devenue la cathédrale de Montpellier. Après la capitulatioii
ARCHÏiOLOGIE : OBSERVATOIRE
du 18 novembre 1567,1a voûte, le couronnement de ses murs et le clocher de droite furent démolis. Le chœur a été reconstruit en 1854 et inauguré en 1875.
La porte d'entrée principale est abritée par un porche soutenu par deux piliers massifs et dont le dôme très élevé au-dessus du sol, donne un caractère de grandeur à cette partie de l'édifice. Sur le clocher de gauche et autour des petites ouvertures, on aperçoit de nombreuses éraflures porduites par les balles, lors du siège du fort de Saint-Pierre en 1565.
Les protestants, après s'être emparés, en 1567, de la cathédrale et du monastère, avaient résolu de les démolir ; ils avaient même miné et étançonné la base de la grande tour de droite de la façade, dans l'intention de mettre le feu aux bois et de faire crouler ainsi, sans danger et très rapidement, cette solide construction.
Il y a vingt ans, on a ouvert sur le côté droit de l'église une autre porte décorative à laquelle on accède par plusieurs marches d'escalier; elle est due au sculpteur Baussan. Elle ne sert point au service de l'église.
La porte latérale de droite était autrefois protégée par un auvent dont on aperçoit les traces ; on lit encore sur le mur, à moitié effacée, cette inscription : Le peuple français reconnaUV Etre suprême et V immortalité de Vâme.
Observatoire. — Sur l'emplacement de la Tour de la Babotte et au-dessus des murs épais des murailles, on construisit, au siècle dernier, un Observatoire.
Pendant plus d'un siècle, les membres de l'Académie des sciences ont fait une suite d'observations que favorisait le beau ciel de Languedoc. Elle fut plus tard disposée pour le télégraphe à lunettes; notre génération se rappelle encore les poteaux élancés avec leurs signaux.
C'est du balcon du premier étage qu'eut lieu la première expérience de descente en parachute tentée
par le savant Lenormant, quelques années avant la Révolution, en présence des membres des Etats de Languedoc réunis alors à Montpellier.
La Citadelle. — La Citadelle fut construite en 1724; elle se composait de quatre bastions et d'une demi-lune faisant face à la ville et qui fut démolie pendant la Révolution.
Les deux bastions faisant face à la ville furent dénommés : celui du nord-ouest, bastion du Roi ; celui du sud-ouest, bastion de la Reine. Les deux autres s'appelaient, celui du nord-est, bastion de Montmorency, celui du sud-est, bastion deVentadour, du nom du gouverneur de la ville à cette époque. Le front de la Citadelle s'étendait sur l'Esplanade et fut rasé pendant la Révolution.
La Citadelle de Montpellier servit de prison à un certain nombre de personnages de marque, notamment à Cinq-Mars. Des prisonniers de guerre y furent également enfermés sous Louis XIV, entr'autres Janetia Doria, général des galères d'Espagne de l'illustre famille des Doria de Gênes ; don Pedro d'Aragon, marquis d'el Fovar, général en chef de l'armée espagnole, et le général don Vincent de la Mare. La prison se trouvait dans le bastion du Roi et s'appelait la Royale. Les portes se fermèrent aussi sur un seigneur de la cour, très connu à Montpellier, le marquis de Wardes, gouverneur d'Aigues-Mortes, qui avait eu le malheur de déplaire à Louis XIV.
Hôtel Saint-Come. — Cet édifice fut construit en 1756, pour la Société des chirurgiens de Montpellier, au moyen d'un legs laissé par La Peyronie, chirurgien de Louis XV.
La façade sur la Grande Rue se compose d'une colonnade au rez-de-chaussée formant un abri. Après avoir traversé une cour on a devant soi un bâtiment circulaire surmonté d'un dôme en pierre à la Mansart, et dont la salle devait servir aux démonstrations anatomiques.
ARCHEOLOGIE : l'arc DE TRIOMPHE DU PEYROU 343
Un escalier placé sur le côté droit donne accès au premier étage. L'ensemble du monument présente les caractères les plus heureux au point de vue architectural.
Les locaux sont affectés actuellement au Tribunal de Commerce.
L'Arc de Triomphe du Peyrou fut édifié par la ville de Montpellier en l'honneur de Louis XIV en 1691 d'après les dessins de Dorbay. La construction en fut confiée à l'architecte d'Aviler. Il coûta à la ville 11,850 livres. Cette porte est percée d'un seul arc à plein cintre.
Ses deux façades sont ornées de quatre bas-reliefs en forme de médaillons représentant, ceux du côté de la ville, le triomphe de la religion avec cette inscription : Extincta hœresi\ l'autre la jonction des deux mers par le canal de Languedoc avec cette légende : Junctis Oceano et Mediterrano mari. Sur la face du côté du Peyrou, l'un des bas-reliefs montre Hercule qui terrasse un lion et épouvante un aigle avec ces mots : Fuses terrâ marique conjuraiis gentibus ; l'autre, des villes et des provinces qai se soumettent et au dessous : Sub ocules hosihun Belgii ariibens expngiiatis. Ces bas-reliefs sont de Bertrand, artiste de Montpellier.
Les pieds droits et l'archivolte sont en bossage par assises, ornés d'un pointillé rustique ; lavoiàte de l'arc est décorée de caissons et rosaces ; des casques, des boucliers ornent les métopes. Un attique couronne le monument.
Sur chaque face de l'attique, on fit graver en gros caractères, l'inscription suivante :
LUDOVICO MAGNO LXXII ANNOS REGNANTE DESSOCIATIS , REPRESSIS , CONCILIATIS GENTIBUS QUATUOR DECENNALI BELLO CONJURATIS PAX TERRA MARiaUE PARTA. I715.
La hauteur totale est de 15"% 4 ; sa largeur de 18 »\ Le portique a 4^,70 d'ouverture et 7'^ de hauteur.
Le Lycée. — Les jésuites possesseurs des terrains depuis quelques années commencèrent la construction du Lycée sur les plans de l'architecte Savy. Grâce à une subvention de la municipalité, ils bâtirent de 1682 à 1686 le principal corps du monument faisant face à l'Esplanade et entourant la petite cour, et de 1686 à 1688, la galerie intermédiaire. De 1689 à 1692, ils firent l'enceinte à deux étages de la grande cour des classes avec la porte d'entrée sur la rue Vieille-Aiguillerie, actuellement rue du Collège. Ce projet en fut dressé par l'architecte GiraL
Le Lycée devint un centre considérable d'études, une sorte d' « Université jésuitique », un des établissements les plus importants du royaume.
La façade principale, sur l'Esplanade, est en partie masquée par une annexe moderne ainsi que par un mur élevé qui règne sur le boulevard de Bonnes- Nouvelles.
Théâtre. — Les représentations théâtrales s'étaient données à Montpellier, soit dans la salle des Etats, soit chez les riches particuliers. Le 5 décembre lé^^^, Molière, avec sa troupe, vint jouer le ballet des Incompatibles, dans l'hôtel du trésorier Gérard de la Treilhe, où s'était logé le prince de Conti, pour la tenue des Etats de Languedoc. A l'occasion des fêtes de la paix de Nimègue,le cardinal de Bourg fit représenter, en 1678, dans l'hôtel de Castries, le premier opéra qu'on eût encore vu.
On donna par la suite des représentations publiques dans les Jeux de Paume, dont la ville ne manquait pas. Le 7 juillet 1689, au rapport de d'Aigrefeuille, on joua, dans celui du Pas étroit (i), l'opéra d'Amadis,
(i) Rue Bras de fer,