GUILLEM VIII
Fils de Mathilde de Bourgogne et époux d'Eudoxie Commène.
Dès l'âge de vingt ans, il épouse la fille d'Emmanuel Commène, empereur de Constantinople, mais avec la condition que le premier enfant qui naîtrait de leur mariage, garçon ou fille, aurait la seigneurie de Montpellier (i 181).
(( Con condicion que lo liijo 0 hija que premiero « naciesse d'esio mairimonio lie reclasse à Montpel- « lier. »
Cette clause, comme nous le verrons bientôt, devait faire passer la seigneurie de Montpellier dans la maison des rois d'Aragon.
Quelques années après (ii86), soit par regret de n'avoir eu qu'une fille avec Eudoxie, soit par incompatibilité de caractères, par l'origine impériale de son épouse, et peut-être bien déçu dans son espoir d'obtenir la couronne de Bysance, il se rend en
LES SEIGNEUPS : GUILLEM VIII (l202)
Espagne, à la cour d'Alphonse II et s'éprend d'une grande passion pour Agnès, parente de la reine de Castille, et l'épouse l'année suivante. Agnès lui donna six enfants mâles.
Guillem ne put obtenir, malgré plusieurs démarches auprès du pape Célestin III, la validité de son mariage avec Agnès.
Eudoxie, épouse délaissée, ne voulant pas assister à une aussi grande humiliation, alla s'enfermer dans un couvent d'Aniane.
Agnès avait espéré faire ratifier son mariage en engageant son époux dans des démonstrations de foi et en préservant Montpellier des doctrines albigeoises.
La conséquence de ce second mariage fut au moins d'épargner à notre ville les calamités et les crimes qui désolèrent, pendant près d'un siècle, nos cités méridionales.
Guillem VIII espérait réussir avec le pape Innocent III, qui, pour s'assurer le concours d'un des plus puissants barons du Midi, consentirait à lever son interdit. Contradiction étrange ! tandis qu'il demandait à Innocent III de reconnaître son mariage avec Agnès, il le sollicitait de s'opposer au divorce de sa fille Marie avec Bernard de Cominges.
Mais Innocent III, très politique, et aussi dans la crainte de voir Guillem, de dépit, faire cause commune avec les Albigeois, répondit qu'il était d'avis de « surseoir à la demande de Guillem jusqu'à ce « que la faute se fut amoindrie, s'il était possible, et « jusqu'à ce que l'exercice de la juridiction pontifi- « cale ait paru plus libre. » (1202).
Dans son testament Guillem VIII fit de nombreuses donations aux églises et aux monastères. Il ne prescrivit pas moins de cinq mille messes pour le repos de son âme. Comme son père il plaça ses en- 'fants, ses domaines, ses sujets sous le patronage du roi d'Aragon.
GUILLEiVI IX (1202)
Fils d'Agnès de Castille et de Guillem.
A la mort de son père, Guillem n'était pas encore majeur; il fut placé sous la tutelle d'un conseil de régence, composé de quinze bourgeois, investis de la haute administration seigneuriale. Cette concession faite aux représentants de la commune permit à Guillem de conserver la seigneurie de Montpellier, à l'exclusion de sa sœur Marie.
Dès la mort de Guillem VIII (1202), Agnès s'était empressée de faire prêter serment par son fils mineur à l'évêque de Maguelone, et de s'attirer des partisans par de grandes largesses. Mais, soit qu'elle eût voulu supprimer le conseil de régence imposé par son époux à son fils, soit qu'on voulût se débarrasser de cette race illégitime, Guillem IX, encore enfant, ne put résister au courant populaire, et Agnès se retira, avec sa famille, à Pézenas, où elle vécut ignorée.
Les prud'hommes et le conseil de régence avaient préparé le mouvement populaire, l'affranchissement de la commune; et la charte que signa, deux ans après, Pierre, roi d'Aragon, ne fut certainement qu'en échange de la main de Marie et de la seigneurie de Montpellier.
Fille de Guillem VIII et d'Eudoxie Commène.
C'est une des figures les plus intéressantes de notre histoire. Ses malheurs avaient attiré la sympathie des habitants sur la dernière descendante de la maison des Guillem, et son nom, oublié aujourd'hui, est resté populaire pendant plusieurs siècles. Marie n'était point belle, disent les historiens ; elle dut, en échange, posséder de grandes qualités de bienfaisance et de bonté. Dans son enfance, délaissée par sa marâtre, elle fut choyée par le peuple, et n'est-ce
LES seigneurs : pierre d'aragon (1204) 47
point là une des principales causes qui la firent aimer par les habitants ?
Dès l'âge de douze ans, et du vivant de son père, on la marie avec Barrai, vicomte de Marseille, et on la fait renoncer à ses droits sur la seigneurie de Montpellier. Devenue veuve peu de temps après, sa marâtre, Agnès, non contente d'avoir obtenu un acte de renonciation, parvient à s'emparer des cinq cents marcs d'argent que lui avait laissés son défunt épouXi
A quinze ans, on lui fait accepter un second époux, le comte Bernard de Cominges, déjà divorcé avec deux femmes qui vivaient encore, lorsque Marie devint sa troisième épouse. Ce Cominges, un des hommes les plus dépravés de son siècle, la répudia bientôt pour contracter un quatrième mariage.
Agnès avait espéré que tous ces déboires engageraient Marie à se retirer dans quelque monastère, mais l'amitié que les habitants de Montpellier avaient pour la véritable héritière des Guillem et les conseils qu'elle dut recevoir la firent persévérer dans sa resolution de revendiquer un jour les droits dont on l'avait spoliée.
Deux ans après la mort de son père, Marie fut relevée de la double renonciation qu'Agnès avait obtenue d'elle en la mariant au vicomte de Marseille et au comte de Cominges, et on s'empressa de lui chercher un époux.