PROSPÉRITÉ DE LA COMMUNE
Prospérité de la commune sous les lois d'Aragon. — Nombre de maisons en 1273. — Achat de Montpelliéret par le roi de France.
La prospérité de hi commune de Montpellier acquit son plus grand développement sous ses deux premiers seigneurs espagnols, Pierre II et Jayme l^^. Le séjour de ces derniers en dehors de leur seigneurie permit à la commune de se gouverner un peu plus à sa guise, grâce à la Charte du 15 août 1204. Les Ecoles de Droit et de Médecine, déjà florissantes sous Guillem VIII, acquirent une célébrité européenne sous les rois d'Aragon. La conquête des îles Baléares par Jayme T^^' lui permit d'établir des colonies de marchands, originaires de Montpellier, Elle obtenait même l'autorisation de continuer son commerce avec les Sarrazins. Elle arrêtait une convention commerciale avec le roi de Tunis, et sa monnaie était admise dans les Etats Barbaresques, aussi bien qu'à Alexandrie.
A Tripoli les marchands avaient une rue exempte de toute redevance, avec le privilège de pouvoir être jugés sans frais par leurs tribunaux propres dans leurs différends avec les Génois, les Pisans et les Tripolitains. La République de Gênes autorisait la commune à trafiquer librement en Lombardie et elle obtenait du doge de Venise et du roi de Sicile de précieuses sûretés pour ses marchands.
Les consuls avaient passé des accords de paix et de commerce avec plusieurs de nos cités méridionales : Arles, Montélimar et Avignon. Des capitaines, nommés par les consuls, surveillaient les intérêts de
nos marchands dans les principaux marchés de Flandre et de Champagne. Ils avaient d'ailleurs pour mission de protéger les marchands de tout le Languedoc dans ces provinces lointaines, glorieuse prééminence, extrêmement honorable pour la commune.
Un document de 1273 nOus apprend qu'il y avait, à cette époque, environ 10,000 maisons dans la ville et, déjà en 1232, les fours publics ne suffisaient plus pour faire cuire le pain.
Philippe-le-Hardi faisait plus de cas de la seigneurie de Montpellier que de tout le royaume d'Aragon. Il la désirait ardemment ; le prem^ier pas qu'il fit dans cette voie fut l'achat de la seigneurie de Montpelliéret et voici dans quelles circonstances :
Déjà en 12')=), Guy de Folcueis, évêque du Puy, et le sénéchal de Beaucaire avaient obtenu de l'évêque de Maguelone une reconnaissance par laquelle la ville de Montpellier, avec toutes ses dépendances, appartenait et avait toujours appartenu à la couronne de France. En 1260, ils amenèrent le roi d'Aragon à se proclamer publiquement vassal de ce même évêque pour la ville de Montpellier et le château de Lattes. En 1293 s'accomplit la substitution du roi de France à l'évêque de Maguelone dans la juridiction immédiate d'une portion de la ville.
Le roi de France, Philippe-le-Bel, malgré l'acquisition de Montpelliéret, n'est pas encore seigneur de Montpellier. C'est en 1349 que Philippe de Valois enlèvera le reste de la cité à la maison d'Aragon.
C'est à cette antériorité d'acquisition de plus d'un demi-siècle que Montpelliéret a dù sa dénomination de Part antique^ si souvent reproduite dans les anciens actes. Montpelliéret, à l'époque où les rois de France entrèrent en possession de l'autre moitié de notre ville, était, en effet, pour eux la part antique, par rapport à celle que les rois de Majorque venaient de leur céder tout nouvellement.
sous JAYME I (1213)