‹ Histoire de MontpellierChapitre 24 sur 145 · LA COMMUNE SOUS JAYME ROI D'ARAGON · texte numérisé non relu

LA COMMUNE SOUS JAYME ROI D'ARAGON

Origine du nom de Jayme. — Il est élevé en Espagne. — Son mariage à l'âge de 13 ans avec Eléonore de Castille. — La conquête* de l'île de Majorque. — Vigilance des habitants. — Adresses à Louis VIII. — Don gratuit de la commune. — Conjuration de plusieurs habitants contre les seigneurs. — Ingérence des évêques de Maguelone dans les affaires de la commune. — Amnistie. — Les victoires de Jayme 1er sur les Maures. — Ses royaumes. — Mariage de sa fille avec le fils de Philippe, fils aîné de Louis IX. — Dérèglements dans sa vie privée. — IL répudie Eléonore de Castille. — Il épouse Yolande de Hongrie. — Ses maîtresses. — Sa cruauté envers son confesseur. — Son excommunication. — Il est surnommé le conquistador. — Il abdique en laveur de ses deux fils. — Il meurt à l'âge de soixantehuit ans, après avoir pris l'habit de l'ordre de Saint-Bernard.

Don Jayme I^^ fils de Pierre II, roi d'Aragon et de Marie de Montpellier, naquit le i^^^' février 1208. L'origine de son nom mérite d'être rapportée. Les auteurs espagnols racontent qu'on exposa dans l'église Notre-Dame douze cierges d'une même longueur et d'une même grosseur, portant chacun le nom d'un des douze apôtres. Celui de saint Jacques s'éteignit le dernier. Le fils de Pierre et de Marie s'appela Jacques ou En Jacme, ainsi que s'exprime le Petit Thalamus. Don Jayme, selon la formule espagnole, a prévalu dans plusieurs auteurs. Toutefois d'Aigrefeuille et Duval-Jouve le désignent sous le nom dë Jacques. Germain écrit Jayme et de Tourtoulon Jaime.

Avant d'avoir atteint Page de six ans, il perdit, à

six mois d'intervalle, son père et sa mère. Il se trouva, à la fois, roi d'Aragon et seigneur de Montpellier, entre les mains de Simon de Montfort à qui son père l'avait confié comme otage dès l'année 121 1.

Le pape ordonna à son légat, Pierre de Bénévent, de le retirer immédiatement des mains du chef de la croisade, et le jeune prince, proclamé roi d'Aragon et seigneur de Montpellier, fut placé sous la tutelle du maître des Templiers, Guillaume àe Montredon, chargé de son éducation, qui le garda, durant deux ans, dans la forteresse de Monçon, en Espagne, où il était plus en état de veiller à sa sûreté et à son éducation.

Dès l'âge de dix ans, nous le voyons contresigner les privilèges de la commune de Montpellier, de sa main novice, et prendre les douze consuls et, avec eux, tous les bourgeois sous sa protection « perpétuelle //, sous la sauvegarde de son amour le plus parfait. Il est naturel, dit-il, d'aimer ceux qui vous aiment.

Jayme P', en 1221, épousa, en Espagne, une sœur de la reine Blanche, Eléonore de Castille. 11 venait alors d'accomplir sa treizième année. La commune se fit représenter à son mariage par une députation composée de deux de ses consuls, du bayle et de quatre autres bourgeois. On lui offrit une magnifique pièce de drap d'or, récemment apportée du Levant.

Lorsque Jayme I*^"" entreprit, en 1229, la conquête de Majorque, la commune lui prêta assistance et le roi-seigneur fit le trajet sur une de ses galères. Après la victoire, il prescrivit qu'un chevalier montpelliérain. Il amado Jacques Sans, personne de valeur remarquable et de confiance, fût associé à un chevalier aragonais pour gouverner la capitale des Baléares.

La commune de Montpellier avait, pendant la minorité de son seigneur, veillé h la sûreté de ses remparts, en ne laissant pas pénétrer dans la ville les puissants seigneurs, de crainte de quelque entreprise

sous JAYME I (123 1)

sur ses libertés. Il est facile de comprendre ce que serait devenue la commune de Montpellier si elle eût ouvert ses portes à Simon de Montfort, puissant par sa volonté et par ses armes, campé devant les portes de la ville pendant le concile qui fut tenu dans l'église de Notre-Dame des Tables, en 1225.

Lorsque Louis VIII envahit le Midi après la mort de Simon de Montfort, la commune de Montpellier craignit de se voir annexée à la couronne de France. Les consuls se mirent sous la protection du Saint-Siège et envoyèrent les lettres de recommandation du pape au camp royal d'Avignon où se trouvait alors Louis VIII.

En 1239, lors d'une visite de son seigneur, la commune s'empressa de lui demander la confirmation de ses coutumes. Elle lui fit un don gratuit de 100,000 sous melgoriens (i) pour l'aider dans la guerre contre les Maures; mais elle eut soin de se faire céder en échange une centaine de maisons dans la capitale du royaume de Majorque, afin de pouvoir y accroître sa colonie. Elle se fit aussi autoriser à acquérir toutes sortes de domaines et de possessions, à trafiquer avec les Sarrazins, au milieu même des hostilités de la croisade, à négocier, sans payer aucun droit ni sur terre ni sur mer, dans toute la circonscription des états du roi d'Aragon. Elle obtint encore de Jayme P^", en emphytéose, les étangs et la plage qui s'étendent de Cette à Aigues-Mortes, pour y naviguer et y pêcher. Les quatre chartes où sont relatées ces diverses concessions portent une date unique (27 août 123 1).

Quelques années plus tard un parti se forma sous le patronage d'un habitant, Guiraud de la Barra, de la famille des anciens seigneurs, au sujet des limites de la juridiction du bayle. Les conspirateurs étaient nombreux, puisque Jayme proclama une amnistie, à

(l) Le so^ melgorîen, à cette époque, valait environ i franc,

l'exclusion toutefois des chefs de cette conjuration : Guiraud de la Barra, Pierre ou Bernard Boniface, Raymond Becède, Guillaume d'Anglada, Bernird et Guillaume de Regordan qui, ne se trouvant pas en lieu sûr à Montpellier, quittèrent la ville avec cinq de leurs complices et eurent leurs biens confisqués.

L'ingérence des évêques de Maguelone dans les affaires de la commune amena Jayme P'' à intervenir directement et à défendre les prérogatives des consuls contre le pouvoir épiscopal. Après une longue absence, il finit par reparaître à Montpellier dont il s'était tenu éloigné à la suite de conflits avec la communauté. Il convoqua la population devant le couvent des Frères Prêcheurs, le lo décembre 12^8, accorda l'amnistie, et confirma de nouveau les coutumes et les privilèges de la commune.

Dans une entrevue avec le roi Saint - Louis à Corbeil, en 1258, il avait arrêté le mariage de sa fille Isabelle avec Philippe fils aîné du roi.

Ce héros, si brave et si pieux, encourut, comme son père, pour sa conduite privée, les anathèmes de l'Eglise. Dès l'année 1229, il avait fait rompre son mariage avec Eléonore de Castille, sous prétexte de parenté, et il avait épousé, en 1235, Yolande de Hongrie, molt hella dojia, disait un chroniqueur. Ayant perdu cette seconde épouse en 125 1, il vécut avec une de ses anciennes maîtresses, Thérèse Gilles de Bidaure, qu'il dédaigna plus tard pour une autre. L'année même qui précéda sa mort, il vivait encore avec certaine belle dame qu'il avait enlevée à son mari.

Il ordonna de couper la langue à son confesseur, Bérenger, évêque de Girone, qui avait osé se plaindre au pape Innocent IV de ses débordements, et il fallut l'intervention d'un concile de Lérida pour lever la sentence d'excommunication et d'interdit suscitée par cet acte barbare.

A partir de cette époque, il revint souvent à Montpellier, et notamment, en l'année 1262; devant l'é-

sous JAYME II (1276)

glise Notre-Dame-des-Tables, au milieu d'un magnifique cortège féodal, il assista à la célébration du mariage de son fils aîné, Dom Pedro, avec Constance, fille de Manfred.

Pendant son règne de soixante-trois ans, il fut presque constamment occupé à combattre les Maures ; il leur enleva les royaumes de Majorque, de Valence et de Murcie, gagna trente-trois batailles et fonda deux mille églises. Ses succès éclatants lui firent décerner le glorieux surnom de conquistador. Son esprit de foi l'avait conduit à fonder un ordre monastique pour la rédemption des captifs.

Il abdiqua toutes ses couronnes en faveur de ses deux fils et, à l'exemple de l'ancien seigneur de Montpellier, Guillem VI, il prit la robe de bure des moines de Citeaux. Il la garda seulement six jours et mourut le 27 juillet 1276, à l'âge d'environ soixante-neuf ans.

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