LA COMMUNE SOUS DON SANCHE
Don Sanche héritier de la seigneurie de Montpellier par l'entrée de son frère aîné dans l'ordre de Saint-François. — Son mariage (1302). — Il reconnaît les privilèges des habitants. — Il autorise le retour des Juifs (1319). — Commanderie et hôpital de Saint-Antoine. — Beffroi de la maison commune. — Cloche du couvre-feu (1323). — Grande famine de 1323. — Mort de Don Sanche (1324).
L'aîné de Jayme II, pendant sa captivité chez le roi d'Aragon, frère de son père, avait pris la résolution d'embrasser la règle de saint François. Rendu à la liberté, il fut nommé archevêque de Toulouse.
Son second frère, Don Sanche, devint héritier des Etats de sa maison, du royaume de Majorque, du comté de Roussillon et de la seigneurie de Montpellier.
La même année que son frère se fit religieux (1302), il demanda en mariage, Marie de Sicile, fille de Charles II, roi de Jérusalem et comte de Provence.
Le notaire qui rapporte en latin tout le détail des épousailles, y mêle, en langage du pays, toutes les paroles que les personnes contractantes se donnèrent
sous DON SANCHE
l'une à l'autre : « Yeu Sanchol, fil del clar segnor Mossen Jaime, per la gratia de Diou, Rey de Mayorgas, doni mon Cors, per féal marit à vos Maria Filla de laut Segnor mossen Carie, per la gratia de Diou, Rey de Jérusalem et de Secilia ; et dicta Donna Maria respondens, dixit ad eum, Et yeu vos en recebe... »
Son premier acte fut de reconnaître aux habitants de Montpellier tous leurs privilèges.
En 13 19 il permit aux Juifs de revenir et d'acquérir un cimetière et un des chefs des Pastoureaux étant venu à Montpellier avec l'intention de les persécuter, y fut pris et pendu.
En 1322, il établit une commanderie et un hôpital de saint Antoine, situé entre la porte du Pila-Saint- Gély et la porte de la Blanquerie, sur le ruisseau de Merdanson, permit aux habitants d'élever un beffroi sur la maison commune et d'y placer la cloche dite Cuebre-foCy pour avertir les habitants de couvrir le feu de leurs maisons avant de se coucher.
Une grande sécheresse amena la famine dans le pays. Les pauvres gens étaient réduits à fouiller la terre pour y trouver quelques racines, et cette mauvaise nourriture causa une grande mortalité dans la contrée. On eut recours aux prières publiques, à des processions et à une forte pénitence. Le Thalamus s'exprime ainsi : L'an 1323 : « fou tant moult grand secada, que ben estât sept mezes que nou ploou, en tal maniera, que sou tant grand sec, que lous blati commensavan a secar avant que fassen espigats. »
« Plus de mille personnes tant hommes que femmes s'assemblèrent à Montpellier ; et courant toute la nuit, ils se flagellaient jusqu'au sang et venaient à Notre-Dame des Tables, la prier d'intercéder auprès de son cher Fils, pour qu'il leur accordât la pluye. Ils portoient des torches et des chandelles qui brûloient jour et nuit à Notre-Dame, et après avoir continué cet exercice pendant quatre
Montpellier
nuits, Notre-Dame leur obtint une pluye qui restaura tous les bleds qui étaient perdus. »
Don Sanche mourut Tannée suivante sur les frontières de la Catalogne, où il s'était retiré pour rétablir sa santé. Il laissait ses Etats à son neveu, Jayme, fils aîné de son frère Ferdinand.
LA COMMUNE SOUS JAYME Ili («324-1349)
Confirmation des privilèges des habitants. — Bonté de Ja)^uie III envers les habitants de Montpellier. — Meurtre de Bernard de Roquefeuil. — Visite du roi Philippe de Valois {i}}^). — Infortunes de don Jayme 111. — Ses démêlés avec Pierre IV, roi d'Aragon. — Il vend la seigneurie de Montpellier au roi de France, Philippe de Valois (1349). — Il est vaincu dans une bataille livrée au roi Pierre IV d'Aragon et y trouve la mort (1349). — Cruauté du roi Pierre IV envers le fils de Jayme III.
Les dix premières années du règne de Jayme III furent les plus belles années de sa vie ; mais à la mort du roi d'Aragon, Alphonse, ses infortunes ne firent que s'accroître jusqu'à la fin de ses jours.
En 1330, il fit chevaliers deux habitants et confirma les privilèges des habitants de la cité.
Pendant les visites qu'il faisait fréquemment à Montpellier, il réunissait le peuple dans son palais, l'exemptait des droits onéreux, l'autorisait à résister à l'établissement de la gabelle du roi de France et i signait en sa faveur, un traité de commerce avec le ' roi du Maroc.
Le roi Jacques, de séjour à Montpellier en 1343, donna un bal dans le palais qu'il occupait alors (i). Le
(i) Cette demeure, située dans la rue de l'Argenterie, n» 10, a conservé sa porte ogivale. Elle est désignée encore aujourd'hui sous le nom de maison du roi de Majorque.
sous JAYME III (133^)
roi étant à table, le jeune Bernard de Roquefeuil, son page, lui servant à boire, répandit du vin sur un habit de satin blanc que le roi portait ce jour-là ; il en fut si irrité, qu'en le repoussant brusquement il le blessa d'un coup de couteau qu'il avait à la main et dont Bernard mourut quelques temps après. Selon d'autres auteurs, il l'aurait frappé dans sa colère de son couteau. Arnaud de Roquefeuil, son père, vint faire la guerre au roi de Majorque dans les environs de Montpellier, mais le pape Clément VI et le roi Philippe de Valois intervinrent et une transaction fut passée à Avignon en 1348.
Le roi Jacques céda à Arnaud de Roquefeuil, son très cher cousin, les baronnies du Pouget, Vendemian, Saint-Bauzille, etc., avec dix hommages dont les principaux étaient Clermont, Popian, Montarnaud et Tressan.
Montpellier reçut, en 1335, la visite du roi Philippede-Valois, de la reine et de leur fils Jean ; quelques années plus tard cette seigneurie allait appartenir à la couronne de France.
Jayme III, dernier seigneur de Montpellier, fut malheureux toute sa vie et dans toutes ses entreprises. La maison d'Aragon jalousait la branche cadette et cherchait toutes les occasions de s'emparer de ses royaumes et de la seigneurie de Montpellier. De son côté, le roi de France épiait le moment de la rattacher à sa couronne.
Pierre IV, roi d'Aragon, en fm politique, chercha à brouiller Jayme III avec le roi Philippe de Valois, en persuadant à ce dernier que le seigneur de Montpellier s'occupait de marier son fils avec une des fdles du roi d'Angleterre, Edouard III, alors en guerre avec la France.
Pierre IV, de son côté, avait jeté ses prétentions sur l'île de Majorque, et, après avoir, par ses insi-nuations malveillantes et perfides, mis Jayme III dans l'embarras, il lui déclara la guerre et s'empara
à main armée de son royaume de Majorque et de ses possessions des Pyrénées, qu'il déclara réunies à la couronne de France.
Jayme III, sur les conseils de son beau-frère, Pierre IV, avait refusé de prêter hommage au roi de France, seigneur de Montpellier, et déclaré s'en remettre à la décision du pape et des cardinaux. Le sénéchal de Beaucaire reçut l'ordre de saisir la seigneurie de Montpellier.
La situation des finances de Jayme III n'était point des meilleures, et, après avoir emprunté diverses sommes en aliénant une partie de ses droits, il obtint du roi de France 9.000 livres tournois. Les consuls furent obligés de mettre un terme à ces emprunts sur la commune, sur les conseils des légistes, parmi lesquels figure Guillaume Grimoard, si célèbre dans la suite sous le nom d'Urbain V.
Enfin, résolu à reprendre son royaume de Majorque et, dans le but de se procurer l'argent nécessaire, il vendit la seigneurie de Montpellier au roi Philippe de Valois.
Il parvint à équiper, sur les côtes de Provence, une petite flotte et alla débarquer à Majorque. Une lutte s'engagea, à armes inégales, avec Pierre IV. Dans une bataille qu'il livra en 1349 aux troupes du roi d'Aragon, il fut vaincu et, n'ayant point voulu se rendre, il fut renversé de cheval et eut la tête abattue par l'épée de ses ennemis.
Le dernier seigneur de Montpellier laissait un fils qui portait son nom. Par les ordres de Pierre IV, il vécut enfermé, pendant douze ans, dans une cage en fer, dont il ne sortait que le jour et sous la surveillance d'un geôlier.