CARACTÈRE DE LA COMMUNE DE MONTPELLIER
De la Charte du 15 août 1204 à sa réunion à la Couronne de France en 1549, sous Philippe de Valois.
Dans son Histoire de la Commune de Montpellier, Germain a indiqué, avec une grande éloquence et un jugement qui nous paraît définitif, le caractère de la commune de Montpellier. Nous lui en empruntons les principaux passages :
« La commune de Montpellier, si remarquablement française durant la seconde période de son existence, fut, pendant toute la première, intimement unie aux destinées de l'Aragon, dont elle subit
cARACTi:KL; de la commune
d'abord l'influence suprême et dont elle finit par reconnaître les rois pour seigneurs, fait très grave par ses conséquences surtout ; car, bien que la forme du gouvernement de l'Aragon fût monarchique, les principes de sa constitution étaient essentiellement républicains. Personne n'ignore en quels termes les Aragonais prêtaient serment à leurs princes. La souveraineté du peuple ne s'est jamais exprimée avec plus de franchise et de tierté : Nous qut\ séparément, sommes autant que vous, et qui, réunis^ pouvons davantage, nous vous faisons notre roi, à condition que vous gardere^ nos privilèges ; sinon, non.
« Un pays oii les sujets parlaient ce langage à leurs monarques, devait être nécesssairement un pays de grande liberté. C'était, au dire des Aragonais, le pays le plus libre du monde.
« A l'instar des communes de l'Aragon dont elle partageait la fortune, la commune de Montpellier poursuivit, sous la seigneurie du roi Pierre, le cours de ses destinées, vivant de sa vie propre et s'administrant par elle-même aussi franchement que l'eût fait -la république la mieux caractérisée. Un roi que séparait d'elle le rideau des Pyrénées et qui ne se montra plus en deçà des monts que pour s'y constituer le protecteur des Albigeois, ne pouvait avoir chez elle ni ascendant ni autorité
« Le seul ascendant que reconnût la commune de Montpellier était celui du Saint-Siège, mais celui-là n'avait rien d'alarmant pour ses libertés, tout au
contraire
Elle dut à cette position privilégiée le maintien de ses frontières au milieu de la conquête capétienne et de la réaction féodale qui furent, pour le Midi, le
résultat le plus net de la croisade antialbigeoise
Mais Jayme P'' grandit et devint Jayme le-Conquérant. Il fut beaucoup moins facile à la commune de Montpellier désormais d'étendre ses libertés. Les institutions républicaines ne vont guère aux monar-
ques dominateurs. Quelque intérêt qu'eût le roi d'Aragon à respecter les nôtres, de peur de fournir aux rois de France l'occasion de s'approprier les sympathies de nos bourgeois, il ne sut pas toujours résister au désir d'accroître son autorité seigneuriale, au risque d'engager des conflits avec la commune et d'entrer en lutte avec l'évêque de xMaguelone...
Montpellier vit successivement Philippe-le-Bel et Philippe de Valois s'établir en maîtres dans l'enceinte de ses murailles.
« Ceux qui auront lu l'Histoire de la commune de Montpellier sauront comment s'y prenaient les rois de France pour étendre le réseau de leur action et reculer les bornes de l'unité nationale : Œuvre puissante et gigantesque qui devait produire tant de gloire et enfanter tant de merveilles ! Ils sauront quelle série d'épreuves traversait une commune avant de se réunir au grand tout, avant de pouvoir substituer à l'idée étroite et incomplète de la cité la vaste et généreuse conception de la patrie.
« La Patrie ! Quelle noble et sublime chose ! Mais, comme il était difficile, au Moyen- Age, de s'orienter sur le sens du mot! Félicitons la commune de Montpellier d'avoir compris qu'elle était française et qu'elle se devait à la France, quoique relevant encore d'un monarque espagnol. Félicitons-la d'avoir fait battre un coeur français dans ses entrailles, alors que ses intérêts personnels semblaient l'avoir rivée à l'Espagne.
^< Sachons-lui gré surtout d'avoir choisi, pour se déclarer, le temps même où la fortune trahissait la France. Il était si aisé de se méprendre au xiv^ siècle sur la vraie place de la Patrie !
« La commune de Montpellier n'existe plus que de nom à partir du jour où elle a subi le joug de l'unité française. Durant toute la période de son existence individuelle, ce fut une des communes les plus considérables et les plus commerçantes du Midi, une
sous LE RÈGNE DU ROI JEAN (ij'^o)
commune essentiellement catholique, comme les communes de l'Aragon, ses amies, La commune de Montpellier posséda le secret de concilier les institutions républicaines avec le gouvernement monarchique. Elle fit, qui plus est, servir la royauté des monarques de la Péninsule à consolider dans son sein la démocratie, donnant ainsi à l'Europe une grande leçon, et prouvant aux dictateurs du Moyen- Age que le progrès ne date pas d'hier et que nos ancêtres n'étaient ni si arriérés, ni si esclaves qu'ils veulent bien le dire. >/