MONTPELLIER SOUS LE ROI JEAN
Visite du roi Jean. — La seigneurie de Montpellier donnée en dot à son fils. — Les dames offrent leurs bijoux pour aider à la délivrance du roi Jean, prisonnier des Anglais. ~ Peste générale en 1361. — Compagnies chassées par Duguesclin, alors à Montpellier. — Passage des Compagnies.
Le roi Jean, à peine sur le trône, vint visiter Montpellier (1350). Les Consuls lui demandèrent de rester à perpétuité sous la domination du roy de France, sans pouvoir, pour autre cause ou traité que ce soit, en être jamais séparés.
L'année suivante, le roi Jean régla avec le roi d'Aragon les conditions d'un mariage de son second fils, Louis duc d'Anjou, avec la fille de Pierre ou sa seconde sœur. Dans ce traité il fut convenu que le roi de France donnerait à son fils la ville de Montpellier, le château de Lattes et tout ce qui, dans cette seigneurie, avait appartenu au feu roi de Majorque.
Les habitants de Montpellier ayant appris que le roi Jean avait été fait prisonnier à la bataille de Poi-
MONTPRLLIKR
tiers, manifestèrent leur douleur en faisant cessertoutes sortes de jeux et de divertissements. Ils participèrent pour une forte somme (70.000 moutons d'or) (i) à la contribution générale pour la libération du roi et les dames offrirent leurs bagues et leurs bijoux pour augmenter la somme. iVIais, lorsque le duc d'Anjou, se basant sur son projet de mariage, entreprit d'entrer en possession de la seigneurie, les habitants résistèrent et trois députés partirent pour aller trouver le roi prisonnier. Ils furent reçus de la façon la plus cordiale, et le roi écrivit à son fils de surseoir à ses prétentions.
La peste générale qui ravagea, en 136 1, toute l'Europe, se fit cruellement sentir à Montpellier. Les annales de la cité rapportent qu'il succombait jusqu'à cinq cents personnes par jour.
C'est en 1360 que les Grandes Compagnies, qui désolaient les campagnes et rançonnaient les villes, firent leur apparition sous les murs de Montpellier. Bertrand Duguesclin, qui se trouvait alors dans la ville, étant sorti pour leur courre sus, ils se retirèrent avec précipitation. L'année suivante ces aventuriers, sous la conduite de Seguin de Badassol, vinrent jusques sous les murs de Montpellier et prirent dans l'église Saint-Côme, située dans les faubourgs, quelques hommes et quelques femmes qui s'y étaient réfugiés.
En 1363, les Compagnies vinrent de nouveau. Le Thalamus s'exprime ainsi : « Audit an, et au mois d'Août, Bernard d'Albret, avec grand force, vint à Montpellier et prit les Barris-Uberts des Frères -Mineurs, où il fut bien quatre jours, durant lesquels les gens de Montpellier, où il y avoit grands gens-deguerre et artillerie, firent plusieurs saillies et escarmouches sur lui, meurtrissant plusieurs des ennemis. Et lors, tant ceux de la ville, d'une part, que
(î) Monnaie de J'épocjue, valant alor$ lo fr, 59,
sous LE RÈGNE DE CHARLES V (1364)
les ennemis, d'aussi, brûlèrent et démolirent beaucoup de maisons à la Porte-de-Lattes, ès susdits Barris-Uberts. »
On fit alors (1363) le chemin des rondes ou des, Dou^e Pans. Les consuls et les ouvriers se rendaient tous les jours sur les murailles pour faire démolir les maisons qui s'en approchaient de plus de douze pans et pour faire la chose avec plus de solennité, ils étaient précédés dans leur marche par les bannières déployées des Consuls et des Ouvriers : « Avec eux ils menoient trente ou quarante Bregans, tant de Montpellier que de Marseille : les aucuns desquels portoient balestes, les autres portoient glaives, avec fenons aux armes des Consuls et etoient soldoyes par la garde de la palissade. »