‹ Histoire de MontpellierChapitre 30 sur 145 · PENDANT LE RÈGNE DE CHARLES V · texte numérisé non relu

PENDANT LE RÈGNE DE CHARLES V

Urbain V commence les travaux du monastère Saint-Germain (actuellement Faculté de médecine) (1364). — La seigneurie est donnéeauroi deNavarre, Charles-le-Mauvais. — Epidémieen 1375. — On fait brûler une bougie dans l'église de Notre-Dame. — Sa longueur. — Passage de la reine de Navarre. — Le roi saisit la seigneurie au roi de Navarre en 1378. — Sa réunion définitive à la couronne de France en 1383. — Grande sédition à Montpellier en 1379. — d'Anjou, gouverneur de Lan-

guedoc, arrive à Montpellier. — Sa colère. — Il impose la ville d'une contribution de 130,000 francs d'or et d'une indemnité de 30,000 francs d'or aux héritiers des victimes.

C'est en l'année que le pape Urbain V commença les travaux du monastère de Saint-Germain, qui devint plus tard l'évêcUé §t qui est ^ctuelletpent U Faculté 4e médecine,

Charles V, après avoir battu le roi de Navarre, Charles-le-Mauvais, et pris plusieurs villes, lui donna, en 1365, comme compensation de plusieurs châtellenies, la seigneurie de Montpellier, oubliant ainsi les engagements de Philippe de Valois et du roi Jean.

L'année d'après, sous prétexte que Charles-le- Mauvais avait livré passage sur ses terres au prince de Galles, pour aller rétablir en Castille Pierre le Cruel, le roi de France donna l'ordre au duc d'Anjou, son lieutenant général en Languedoc, de saisir la ville de Montpellier.

En 137 1, Charles-le-Mauvais fit la paix avec le roi de France qui « lui rendit, à perpétuel héritage, Montpellier, baylie, rectorie, châteaux, forteresses, etc. ». L'année suivante, Charles-le-Mauvais vint à Montpellier, y séjourna quatre mois et reconnut les franchises et libertés de la Commune.

En 1373, une épidémie désola la ville, et les habitants, afin d'obtenir la cessation de ce fléau « flrent mesurer la ville avec les faubourgs, qui étaient déjà clos et firent faire une bougie de pareille longueur pour brûler nuit et jour devant Notre-Dame-des- Tables ». Cette bougie, enroulée autour d'un cylindre « avoit dix-neuf cents cannes de long (i) par où l'on peut juger de l'enceinte qu'avoit alors la ville et ses faubourgs ».

Cette même année (1373) la reine de Navarre vint à Montpellier. Les consuls allèrent la saluer à Béziers, où ils entrèrent avec plus de soixante chevaux, menant avec eux les ménestriers du Consulat, vêtus de livrées rouges. Etant revenus à Montpellier avant la reine, ils allèrent à sa rencontre à Pignan avec un grand nombre d'habitants, faisant porter devant eux la bannière de la ville, qui était suivie des

(i) La canne de Montpellier vaut im 987. — Longueur de l'enceinte : 3,775 mètres.

sous LE RÈGNE DE CHARLES V (1379)

« menestriers des Consuls, du Bailli. Les curieux du palais de la Rectorie et du Petit-Scel venaient après eux, faisant porter aux gens de leur suite les livrées de la Cour, avec les armes du roi de Navarre. Les processions des paroisses et des ordres religieux s'avancèrent jusqu'à Saint- Jean - de-Védas, et les Métiers, rangés par échelles et vêtus de différentes couleurs, attendirent à la croix du Parraut. Lorsqu'ils furent arrivés devant l'hôpital Saint-Barthélemy, la reine descendit de son carrosse et entra dedans, où s'étant un peu accommodée, elle monta à cheval, jusqu'à Notre -Dame-des-Tables où, ayant fait son oraison, elle entra dans l'Hôtel de Ville. Après s'y être un peu reposée, elle remonta à cheval, se fit voir par toute la ville et alla descendre à la salle de l'Evêque, qui étoit préparée pour son logement ».

En 1378, les nouveaux agissements du roi de Navarre lui firent encore saisir la seigneurie de Montpellier.

Le duc d'Anjou avait sans cesse besoin d'argent pour donner carrière à ses projets ambitieux. Gouverneur général de Languedoc et en sa qualité de frère de Charles V, il commit toutes sortes d'abus de pouvoir et d'exactions dans le but de subvenir à ses fastueuses dépenses. En mars 1379, il exigea un nouveau subside de cinq francs et dix gros par feu. Six mois après, sous prétexte de repousser une invasion des Anglais et les incursions des Grandes Compagnies, il voulut établir une taxe perpétuelle, dite de fouage (i) de douze francs d'or par an. Le peuple était ruiné, et les habitants refusèrent de payer. Le duc d'Anjou envoya sept commissaires spéciaux. Les consuls demandèrent quatre jours de réflexion, mais le quatrième jour, dans l'après-midi, une foule armée et furieuse envahit l'hôtel où se trouvaient réunis les commissaires et les massacrèrent tous, à

(i) Redevance féodale sur chaque feu des biens roturiers.

Texception d'un seul, ainsi que leurs officiers, secrétaires, domestiques, etc., au nombre dé 90 selon les uns, et de 114 selon les autres. Ils jetèrent leurs corps dans des puits et traînèrent ceux de plusieurs d'entre eux avec des cordes par les rues. Chose horrible, ajoutent les chroniqueurs, ils auraient ouvert leurs corps et imprimé la trace de leurs dents sur les chairs palpitantes.

Le duc d'Anjou, en apprenant ces faits, ne parlait rien moins que de faire raser Montpellier, après en avoir fait passer tous les habitants au fil de l'épée.

Les consuls s'empressèrent de s'humilier devant l'envoyé du pape, espérant ainsi obtenir le pardon du duc d'Anjou.

« Le vendredi 20 janvier, le duc d'Anjou vint à Montpellier, et mena quand à lui mille lances et beaucoup d'arbalétriers à cheval. Tous les ordres mendiants de Montpellier sortirent de la dite ville et allèrent à pied jusqu'à la Croix des Areniers, comme firent aussi les autres et les religieuses rcscluses et autres ; et grande quantité d'enfants mâles juvenets, et toute l'université, et puis les consuls avec le Peuple, criant à haute voix et avec larmes : Miséricorde. Puis les Veuves et Femmes mariées furent devant la Porte Saint-Giles. »

Le duc d'Anjou, étant entré dans la ville avec ses troupes, donna ordre que tous les habitants eussent à remettre leurs armes ; il fit dresser un échafaudsur le pont-levis de l'avant-portail de la Saunerie, et y fit lire une sentence épouvantable par le châtiment qu'elle ordonnait :

Six cents hommes des plus coupables devaient périr, deux cents être brûlés tout vifs, deux cents pendus, deux cents décapités; leurs biens confisqués. La commune devait payer six cent mille francs d'or et être privée du Consulat, des consuls, conseillers, colïre, sceau, maison, cloche, et tout ce qui pouvait Ivfi gpp^rtenir, les d^w^ç portes de la Saqnerje et du

sous LE RÈGNE DE CHARLES VI (1379) 91

Pila-Saint-Gély, ainsi que les murailles qui les réunissaient devaient être détruites et les fossés comblés. Les habitants devaient faire construire une basilique, avec assignation de quarante livres tournois par an pour l'entretien de ses chapelles et le traitement de six prêtres qui devaient y faire Foffice à perpétuité pour le repos de ceux qui avaient péri dans cette sédition. La ville était, en outre, condamnée à rembourser les frais occasionnés par cette expédition.

Le lendemain le duc d'Anjou révoqua cette sentence et en rendit une autre moins sévère. 11 révoquait la démolition des portes et des murailles, « restituait les habitants dans leur bonne renommée, » dans les Consulat, consuls, conseillers, archives, sceau, maison et autres biens ; il maintenait la suppression de la cloche, ordonnait, en moins de dix jours, la démolition du beffroi, voulant que jamais les consuls ne pussent se réunir au son de la cloche. Les six chapelains étaient réduits à trois. La commune devait donner une indemnité aux familles des victimes et payer les frais de guerre depuis le 6 novembre jusqu'au 20 janvier; cette indemnité fut fixée à la somme de cent dix-neuf mille francs d'or. Quelques jours après il en abandonna onze mille. Les indemnités payées aux héritiers des victimes s'élevaient à plus de 30,000 francs d'or.

Le résultat de cette sédition fut la suppression de la commune de Montpellier; elle succomba, pour ainsi dire sur l'échafaud de la porte de la Saunerie, au 24 janvier 1379, victime de ses propres excès et de l'arbitraire royal.

Le duc d'Anjou, en accordant le pardon, n'avait pas renoncé à la confiscation de la baylie ni à la résolution d'exiger une forte indemnité de la commune, indemnité qu'elle mit plus de vingt ans à rembourser,

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