‹ Histoire de MontpellierChapitre 31 sur 145 · PENDANT LE RÈGNE DE CHARLES VI · texte numérisé non relu

PENDANT LE RÈGNE DE CHARLES VI

Restitution de la seigneurie au roi de Navarre. — Grande mortalité en 1384. — Suspension des cours de l'Université. — Séjour de Charles VI à Montpellier (1389). — Réduction du nombre des consuls. — Fêtes en l'honneur de la naissance du Dauphin. — Nouvelle mortalité en 1398. — Supplice de Catherine de Sauve (1417). — Assemblée des Etats de la Province à Montpellier, en 1419.

Dès l'avènement du nouveau roi, Charles de Navarre, fils de Charles-le-Mauvais, trouva moyen de se faire rendre la seigneurie de Montpellier (30 mai 1381).

Ce n'est qu'en 1383 que Montpellier rentra définitivement sous la domination du roi de France.

En 1384, une épidémie qui commença à la fête de la Saint-Jean et dura quatorze mois, fit périr un grand nombre de personnes et principalement des enfants et des jeunes gens au-dessous de vingt ans. L'Université suspendit ses cours, et on fit de nouveau brûler dans l'église de Notre-Dame-des-Tables une bougie de la longueur des murailles de la ville, de la Palissade, de l'enceinte de l'église, de ses statues et de l'autel.

Cette même année on apprit la mort du duc d'Anjou. Dans son testament il laissait aux villes des sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne une somme de cinquante mille livres pour les indemniser des pertes que leurs habitants avaient éprouvées par les actes des gens de guerre.

sous LE RÈGNE DE CHARLES VI {l}6c})

Lorsque, en 1369, Montpellier avait appris la naissance de Charles VI, cette ville avait donné vingt-cinq francs d"or au courrier chargé de lui apporter la nouvelle et avait fait ensuite une magnifique procession.

Aussi, lorsque, vingt ans après, le roi Charles VI ; vint dans le Midi et visita Montpellier, sa présence excita-t-elle l'enthousiasme des habitants. Le chroniqueur Froissart a donné de son séjour une relation des plus intéressantes :

« Or le roi, étant parti de Lunel, s'en vint dîner à Montpellier, car il n'y a que trois ou quatre petites lieues. Si fut reçu des Bourgeois, des Dames et Damoiselles de la ville moult joyeusement et grandement, car ils désiroient à voir, et lui furent faits et donnez plusieurs beaux présents et riches, car Montpellier est une puissante ville et riche, et garnie de grande marchandise; et moult la prisa le Roi, que, sans comparaison elle avoit été plus riche que pour le présent on la trouvoit; car le duc d'Aujou, le duc de Berry, chacun à son tour, l'avoient malement pillée et robée, dont le Roi plaignoit bien les Bonnes Gens qui avoient eu si grand dommage, et disoit et leur promettoit qu'il y pourvoyeroit et reformeroit tout le pais en bon état.

« Encore fut dit au Roi, lui étant et séjournant à Montpellier : Sire, ce n'est rien rien de la povreté de cette ville, envers ce que vous trouverés, plus irés avant; car, cette ville-ci est de soi-même de grande recouvrance pour le fait de la marchandise, dont ceux de la ville s'enloignent par mer et par terre : mais en la sénéchaussée de Carcassonne et de Toulouse et marches d'environ, où ces deux Ducs ont eu puissance de mettre la main, il n'y ont rien laissé, mais tout levé et emporté ; et trouverés les Gens si povres que ceux qui souloient être riches et puissans, à peine ont-ils de quoi faire ouvrer ou labourer leurs vignes ou leurs terres. C'est grande pitié de voir eux, leurs femmes et leurs enfants, car ils avoient tous les ans

MONTPHLLlliK

cinq OU six tailles sur leur bras, et étoient rançonnés au tiers, au quart et au douzième du leur et parfois du tout; et ne pouvoit être une taille payée qu'une autre leur foudroit sur les bras. Et ont si comme on le peut bien sçavoir, ces deux seigneurs, vos oncles, depuis qu'ils ont le Gouvernement de Languedoc, levé du païs mouvant de Villeneuve-les-Avignon jusqu'au Toulousain, allant environ jusqu'à la rivière de Garonne, et retournant jusqu'à la Rivière de Dordogne, la somme de trente cent mile francs; et par spécial, depuis que le duc d'Anjou s'en fut parti du Gouvernement, et qu'on le rendit au duc de Berry, il a trop fort endommagé et appovri, car encore le trouva-t-il gras, dru et plein : car le duc d'Anjou prenoit sur les riches-hommes qui bien avoient puissance de payer; mais le duc de Berry n'a nulle épargné ne povre ni riche, et a tout moissonné et cueilli devant lui, parle fait d'un sien conseiller et trésorier, qu'on appelle Betirach, qui est de la nation de Béziers, si comme vous verrés et orrés les complaintes des bonnes-gens qui vous en crieront à avoir vengeance.

« A ces paroles répondit le Roi et dit : Si Dieu m'est à l'âme j'y entendrai volontiers et y pourvoyerai avant mon retour et punirai les mauvais : car je ferai ! faire inquisition sur les serviteurs et officiers de mes oncles, qui ont au temps passé gouverné les parties du Languedoc, et seront corrigez ceux qui l'auront desservi. >/

Le jour de l'arrivée du roi, le 8 novembre aussi, les consuls à cheval, avec la bannière et ménestriers du consulat, les métiers en deux corps, l'un de trois cents hommes à cheval, et l'autre de trois cents hommes à pied, allèrent à sa rencontre jusqu'à la ï Croix de Salaison. Le clergé et les ordres religieux ' s'arrêtèrent à la Croix des Areniers.

Les consuls mirent pied à terre et lui présentèrent un riche dais à huit bâtons semés de fleurs de lis

sous LE RÈGNE DE CHARLES VI (1391)

d'or, sous lequel il entra dans la ville. Froissart rapporte ainsi son séjour à Montpellier :

« Le roi de France, se tint en la ville de Montpellier plus de douze jours ; car l'Ordonnance de la Ville, des Dames et des Damoiselles, et leurs Etats et les Ebatemens qu'il trouvoit, et ses Gens aussi lui plaisoieni grandement. Bien le Roi, au vrai dire, étoit là à sa nourrisson, car pour ce temps là, il étoit jeune et de léger esprit, si dansoit et cacoloit avec ses frisques Dames de Montpellier toute la nuit, et leur donnoit et faisoit Banquets et Soupez grands et beaux, et bien étofez ; et leur donnoit Anneaux d'Or et fermaillets à chacune, selon qu'il voyoit et considéroit qu'elle valoit ; Tant fit le Roi qu'il acquit des Dames de Montpellier et des Damoiselles grande grâce ; et voulussent bien les aucunes que fût là demeuré plus longuement qu'il ne fit, car c'étoit tous Ranceaux, Danses, et soula tous les jours et toûjours à recommencer. »

Le résultât de la visite de Charles VI à Montpellier fut surtout la régularisation de l'impôt. Il réduisit d'abord le nombre des consuls de douze à quatre et les porta ensuite à six. Les listes consulaires, depuis 1393, renferment annuellement six noms. Le dernier chiffre fut choisi très probablement à cause des sixains ou quartiers de la ville.

Le 22 janvier suivant, à son retour de Toulouse, il resta trois jours à Montpellier, où il fut reçu avec joie. « Et là se tint trois jours pour soi rafreschir ; car la ville de Montpellier, les dames et les damoiselles lui plaisoient grandement bien. »

De grandes fêtes eurent lieu à Montpellier au commencement de l'année 1391, lorsqu'on apprit la naissance du fils du roi. Les nobles bourgeois et les magistrats firent des joûtes à cheval dans la rue des Trépassens, aujourd'hui la Grand'Rue. Ces fêtes durèrent une semaine. Les artisans, divisés par bandes, allaient dansant par les rues et se rendaient

ensuite devant THotel de Ville où les consuls leur faisaient faire place selon leur plaisir. Les écoliers, de leur côté, allaient aussi dansant avec des ménétriers et chantant dans les rues.

En 1 398, une nouvelle mortalité, très probablement une épidémie de choléra, fit de nombreuses victimes et Ton n'oublia point d'allumer encore une bougie dont la longueur fut de dix-huit cents cannes (3.800 mètres environ).

Le premier acte de Tlnquisition à Montpellier se produisit en 14 17. La sentence fut prononcée par Raymond Cabasse, maire de l'Inquisiteur de la foi contre Catherine de Sauve, recluse de la Porte de Lattes, « qui, s'était échauffée le cerveau, débitoit à ceux qui venoient la voir et la consulter.

Q,ue le baptême reçu d'un mauvais prêtre, ne sert de rien pour le salut.

Que les mauvais prêtres ne scauroient consacrer le corps de Jésus-Christ, quoiqu'ils professent des paroles sacramentelles.

Qu'elle ne pouvoit adorer une hostie consacrée, puisqu'elle ne voyoit pas que le corps de Jésus- Christ y fût.

Qu'il ne fallait pas se confesser à un prêtre, mais seulement à Dieu, et qu'elle aimeroit mieux se confesser à un prud'homme laïque qu'à un prêtre.

Qu'après la mort il n'y aura point de purgatoire, parce qu'il faut le faire dans cette vie. »etc.

Elle fut condamnée au supplice du feu, qu'elle subit à la Portaliere^ près du couvent des Frères-Prêcheurs. L'usage s'étant introduit de punir en ce même lieu les personnes accusées de sortilège, le peuple s'accoutuma à l'appeler le Portail dé las Masquas^ mot qui, en langage du pays, veut dire sorcière.

Les Etats de la province s'assemblèrent pour la première fois à Montpellier, en 1419.

sous LE RÈGNE DE CHARLES VII (1419)

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