CHARLES VIII ET LOUIS XII
Les avocats et les notaires sont exclus du Consulat (1462). — Le Parlement transféré à Montpellier (1437). — Son retour définitif à Toulouse (1439). — "^^^ Commune remplacé par celui de Ville (1483). — Conseil politique de 24 habitants (1484). — Foires (26 avril et lei- octobre). — Privilèges sur la draperie, les
. consuls de mer. — Marchés annuels en janvier et juillet (1505). — Typhus apporté par les troupes. — Processions (1505).
Des lettres royales de 1462 exclurent du Consulat \ les avocats et les notaires ; elles établirent que les {
quatre premiers consuls de Montpellier seraient dorénavant bourgeois et marchands, et les deux autres gens de métier.
La Cour du Parlement, qui auparavant était à Toulouse, fut transférée à Montpellier en 1437, grâce à un présent de cinq cents écus d'or que les consuls offrirent au gouverneur du Languedoc pour avoir fait pencher la balance en leur faveur.
Le Parlement ne resta que deux ans à Montpellier et fut de nouveau transféré à Toulouse, où il resta jusqu'en 1790. La Cour des Aides y fut cependant maintenue.
En 1483, le mot Commxine, consacré par l'ancien usage, fait place au mot Ville. L'autorité d'un maître unique avait fait disparaître les vieilles libertés locales.
Malgré ses utiles règlements sur la vente des grains, sur la fabrication des draps, le commerce de Montpellier diminuait, la réunion de la Provence à la France occasionna le déplacement du mouvement commercial vers Marseille.
Sous le règne de Charles VIII, l'assemblée de tous les bourgeois fut remplacée par un conseil politique de vingt - quatre habitants, composé de deux députés de chaque compagnie, et le reste du corps des Marchands (avril 1484).
Malgré la résistance des villes de Pézenas et de Montagnac qui, depuis longtemps, avaient des foires ctablies avec la promesse qu'aucune nouvelle foire ne serait créée dans un rayon de trente lieues, le roi accorda, en mars 1484, deux foires de huit jours chacune, s'ouvrant le 26 avril et le i*^^' octobre.
Le roi Louis XII, dès son avènement au trône, confirma la Cour des Généraux, les privilèges concernant la draperie et les consuls de mer ainsi que l'impôt sur la vente de la viande. Des lettres royales de 1503 créèrent deux marchés annuels, de huit jours chacun, en janvier et en juillet.
sous LE RKGNF DE LOUIS Xlï (l^O^)
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Le séjour des troupes qui revenaient de Leucate apporta dans la ville « la maladie du camp », le typhus. On fit, par avis du conseil, trois « belles et solennelles processions ». La narration que donne de la première le Peli't Thalamus mérite d'être rapportée, pour les mœurs et usages du temps :
« Au dit an 1505 et au mois de mars, à cause que en la dite ville de Montpellier avoit doute de pestilence, et y avoit en paravant cours, et afin que Dieu, nostre benoît Créateur, nous voulût préserver et garder de la dite pestilence, et de toute autre maladie et inconvénient ; par avis de Conseil, tenu par lesdits seigneurs consuls et les vingt-quatre conseillers, tenans lieu de Conseil, et autres gens de bien de ladite ville, furent ordonnées trois belles et solennelles processions ; et pour icelles faire fut promoteur et intercesseur, Frère Christophe de Félia, gardien des Frères de l'Observance de la dite ville, qui avoit prêché le long du Carême à Saint-Firmin, qui avoit induit le peuple grandement en dévotion ; et furent faites et ordonnées ainsi que s'ensuit : La première procession fut commencée le mardi 14 juillet du dit mois de mars, vigile de Nostre-Dame, qui partit de l'église de Montpelier Saint-Firmin, en laquelle fut tenu l'Ordre et Police cy-après déclarez ; et premièrement, au devant de la dite procession aloient les petits-enfans de la dite ville, deux à deux, criants et disants les Letaignes et le magister de l'école, avoit la charge de les arrancher et mettre en ordre, où avoit de trois à quatre cents petits-enfans.
« Après lesquels petits-enfans venoient les prestres des chapelles, comme sont Saint-Paul, Saint-Guilhem, Saint-Mathieu, Sainte-Croix, Sainte-Anne et Saint- Denis ; aussi les prestres de N.-D.-des-Tables ; et y avoit trois pavilhons, l'un de Nostre-Dame-des- J Tables des seigneurs-ouvriers et des seigneurs- ; consuls.
<< Les dits seigneurs-ouvriers, avecque leurs pavi-
IhoDS et leurs torches portoient l'image de Nostre- Dame-des-Tables ; les dits seigneurs-consuls, en leur pavilhon, portoient le chef de Mgr saint Cléophas ; et fit l'office de la messe et procession, messire Jehan Urs, vicaire et officiai de Mgr de Maguelone ; et après le dit pavilhon venoit M. le lieutenant du gouverneur, Messeigneurs les généraux de la Justice, M. le Bayle et ses officiers; et après les principaux bourgeois de la dite ville, chacun selon sen degré.
^< Et après iceux, venoient tous les hommes de toutes qualitez et conditions et de tous mestiers et offices que fûssent, lesquels alloient de deux en deux, bien et dévotement arranchez ; pour faire lequel arranchement et mettre en ordre, tant les hommes que les femmes, furent commis et députez quatre hommes de bien de la dite ville.
Après les dits Hommes, venoient les Filles de la dite ville, de quelque qualité et condition que fussent, dont la plupart d'icelles aloient à nu-pieds et déchaussées; et toutes avoient les cheveux avalez et décoiffées et par dessus la teste portoit chacune lin couvre-chef, à la manière des nonains ; et aloient de deux en deux, bien dévotement et honnêtement, où il y en avoit de trois à quatre cents : Et pour arrancher lesd. Filles, gouverner et mettre en ordre, estoient commises les Nobles et Honorables Dames Charlotte, Femme de Sire Falcon des Faulcons, Premier Consul de la dite ville, nouvellement eslu; Agnette, Femme de Messire Pierre de Malagie, l'un des Généraux de la Justice des Aydes ; Athénor, Relaissée (ou veuve) de Sire Pierre Gaudette ; Fraidette, Relaissée de Sire Jehan Margue; Marquise; Femme de Sire Albert Barrière ; Françoise, Relaissée de maître André Baronis; devant lesquelles Filhes, pour les tenir en bon ordre, avoit deux des dites Dames-Bourgeoises, et au milieu autres deux, qui aloient et venoient, pour tenir en ordre les dites Filllîçs; et 3 la fin des dites Filhes, estoient les autres
sous LE RÈGNE DE FRANÇOIS I (1536) lo)
Dames Bourgeoises; au devant desquelles Dames- Bourgeoises aloient les Filhes des plus apparents Bourgeois et marchands de la dite ville, de deux en deux; comme les autres premières, avec que leurs couvre-chefs dessus leurs testes ; et après les dites Filhes venoient les Femmes Vefves; et après les Femmes Vefves, toutes les autres Femmes, de deux en deux, bien dévotement. »
MONTPELLIER PENDANT LES GUERRES DE RELIGION
(règnes DE FRANÇOIS I®'', HENRI II ET FRANÇOIS II) (1515-1560)
Création de la Cour des Comptes. — François 1er visite Maguelone (^5?})' — Son séjour à Montpellier (1538). — Peste en 1545. — - Suppression du bayle et du recteur delà Part Antique. — Vente à la ville de droits royaux. — Bureau des Trésoriers de France (1^33). — Persécutions religieuses. — Exécution de Guillaume Dalençon (1555). — Prédications dans l'école Mage (1568).
En 1523, la Cour des Comptes fut établie à Montpellier.
François ^''séjourna à Montpellier en 153^ pendant neuf jours. Il alla visiter l'île de Maguelone dont la situation lui plut beaucoup, de même que la structure des anciens bâtiments. Cependant, par suite de l'abandon des habitants et du nombre restreint des chanoines, on lui demanda de s'intéresser au transfert du siège de l'évêché à Montpellier. Le roi envoya à Rome le savant évêque de Maguelone, Guillaume Pélissier, qui, après trois ans de séjour et de sollicitations, obtint, en 1536, du pape Paul III, la bviUe giiforisant h transfert de Véyêchéf A son retour
d'Italie, en 1538, le roi arriva à Montpellier le 21 décembre et y resta jusqu'à la fin de janvier.
Lors de la reprise des hostilités en Espagne, le roi revint de nouveau à Montpellier, afin d'être plus à portée de Charles-Q uint, avec lequel il s'attendait à avoir une bataille prochaine.
Le passage continuel des troupes amena, en 1^43, une nouvelle peste qui dura deux ans. Ceux qui avaient la possibilité de le faire abandonnèrent la A'ille. Des gens furent surpris jetant dans les rues les emplâtres qui avaient servi aux pestiférés ; ils furent condamnés à mort.
Les fonctions électives et annuelles du bayle, ainsi que celles du recteur de la Part Antique , furent supprimées en i^si et remplacées par un viguier chargé de l'administration de la Justice.
Cette même année, le roi Henri III vendit à la ville les droits qu'il percevait sur le domaine royal, consistant en ventes, amendes, frais de justice, juridiction du roi, décimes, maisons, cour, carcers, prisons, censure.
« Et incontinent, les consuls payèrent les trois mille trente livres, en treize cent dix-sept Ecus d'or, en or au soleil, à quarante-six sols, en pièces de dix sols Tournois, en Douzains qui furent délivrez entre les mains de M. François de Chefdebien, Conseiller du Roi et Receveur Général au dit Montpellier, qui, dans la quitance qu'il en fournit, dit avoir reçu 13 17 Ecus sol, du poids de deux deniers quinze ou seize grains, et quarante-six sols en monnoye de Douzains, pour la vente faite aux Consuls, par MM. les commissaires de Cezelli et Panissa, de la Juridiction de Montpellier, avec les droits que le dit Seigneur Roy y faisoit prendre. Fait le 13^ jour de Mars 1552, l'année commençant à Pâques. »
Les recettes générales des finances furent établies à Montpellier, en 1553, sous le nom de Bureau des Trésoriers de France, dans la rue qui porte ce nom
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et dans la maison ayant appartenu à Jacques Cœur.
Les premiers documents sur le mouvement religieux qui s'opéra à Montpellier depuis la réforme de Luther ne remontent pas au-delà de 1554. Des arrestations eurent lieu pour cause de religion et par la propagande de brochures relatives à la religion réformée.
Un témoin oculaire rapporte ainsi ce fait : « Le 15 octobre i=)54, Guillaume Dalençon de Montauban fut dégradé. C'était un prêtre converti' qui avait apporté de Genève des livres, séjournoit depuis longtemps en prison. Revêtu de son costume ecclésiastique, il monta sur une estrade où l'évêque étoit assisi Après mille cérémonies et la lecture de nombreux passages en latin, ses ornements sacerdotaux lui furent enlevés et remplacés par des habits séculiers. On lui rasa la tonsure ; on lui coupa deux doigts, puis il fut livré à la justice civile qui l'appréhenda sur le champ et le ramena dans son cachot. Le 6 de janvier 1555, il fut condamné à mort et l'après-midi même il fut supplicié.
« Un homme porta Dalençon sur ses épaules, hors de la ville, non loin d'un couvent, à la place des exécutions, où étoit dressé un monceau de bois. A la suite de Dalençon marchoient deux prisonniers : un tondeur de drap en chemise, avec une botte de paille liée derrière le dos, et un homme de condition fort bien accoutré. Dans leur égarement tous deux reniaient la vraie foi. Pour Dalençon, il ne cessoitde chanter des psaumes. Arrivé devant le bûcher, il se déshabilla lui-même jusqu'à la chemise, rangea ses vêtements dans un coin, avec autant d'ordre que s'il eût dû les remettre, et, se tournant vers les deux hommes qui vouloient abjurer, il leur adressa des paroles si sérieuses que sur le visage du tondeur de draps la sueur couloit en gouttes de la grosseur d'un poix. Ce que voyant les chanoines qui faisoient cercle, montés sur des chevaux ou des mules, lui
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commandèrent de finir. Alors il s'élança d'un air allègre sur le bûcher et s'assit au milieu. Par un trou pratiqué dans l'escabeau passoit une corde ; le bourreau la lui mit au cou, lui lia les bras au corps et alluma le bûcher, après avoir jeté dessus ses livres apportés de Genève. Le martyr restoit paisible, les yeux tournés au ciel. Au moment où le feu atteignit les livres, le bourreau tira la corde et serra le cou du patient ; la tête s'inclina sur la poitrine. Dès lors Dalençon ne fit plus un mouvement et son corps fut réduit en cendres. Placés au premier rang, les deux prisonniers ne perdirent rien du spectacle et durent avoir chaud. On avoit dressé, à côté de l'église Notre-Dame, une estrade sur laquelle étoit placée la Vierge. C'étoit devant cette image que les captifs dévoient se rétracter. Après une longue attente, la foule n'en vit paraître qu'un seul ; le tondeur de drap refusoit d'abjurer, réclamant de toutes ses forces qu'on le mît à mort sans rémission, parce qu'il avoit faibli. L'autre, qui paraissoit être un personnage de qualité, monta sur l'estrade et s'agenouilla devant la Madone, un cierge allumé à la main. Un notaire lui lut quelque chose et il y répondit. Il eut la vie sauve, mais fut envoyé aux galères.
Le mardi suivant, on procéda contre le tondeur de draps, qui fut étranglé et brûlé de la même sorte que Dalençon. Il montra une grande fermeté d'âme et un singulier repentir d'avoir pensé un moment à se rétracter. Ce jour-là il pleuvoit, le bois ne v^ouloit pas flamber -, et comme le patient, étranglé à moitié seulement, enduroit d'atroces souffrances, du couvent voisin les moines apportèrent de la paille. Le bourreau la prit et fit chercher à la pharmacie de mon hôte de la térébenthine pour activer le feu. Je voulus reprocher aux domestiques d'avoir livré cette térébenthine ; ils me conseillèrent de me taire, vu qu'il pouvoit m'çn arriver autant puisque j'étois luthérien, >}
sous LE RÈGNE DE CHARLES IX (1560)
Quelques mois avant la mort de François II, les religionnaires, devenus plus nombreux, commencèrent à se réunir secrètement à Montpellier et dans les villes voisines. Les prédications faites en plein jour, dans V Ecole Magc^ furent peu troublées.
MONTPELLIER PENDANT LES GUERRES DE RELIGION
(suite)