RÈGNE DE CHARLES IX
Démonstrations des catholiques. — Obsèques de J. Bocaiid. — Les Calvinistes s'emparent de l'église Notre-Dame. — Leurs violences. — L'Espoussette. — Ils assiègent Saint-Pierre (1561). — Massacre de quarante chanoines et de religieux. — Pillage et destruction de 60 églises. — Les réformés de Montpellier sont battus près de Pézenas. — Prise du château de Lattes. — Ses défenseurs passés au fil de l'épée. — Catholiques expulsés de la ville. — Fêtes en l'honneur de la pacification de l'édit d'Amboise (1565). — Arrivée du duc de Montmorency (1563). — Présent de la ville. — Les consuls sont tous catholiques. — Charles IX visite Montpellier ( 1564). — Il accepte une régale chez Jacques Farges, parfumeur. — Nouveaux troubles. — Siège du fort Saint-Pierre. — Joyeuse vient mettre le siège devant Monipellier. — Courage des femmes et demoiselles de la ville. — Reddition du fort. — Pillage. — Démolition de l'église Saint-Firmin. — Le capitaine Pages décapité à Montpellier. — Démolition des églises — Paix de Lonjumeau (1^68). — Cinq consuls, deux ministres et douze cents personnes quittent la ville. — Arrivée de Joyeuse. — Les catholiques mettent le feu au prêche (1568). — Fin déplorable de Jacques de Farges (1569). — Les catholiques démolissent les faubourgs. — Ils battent la cavalerie de l'amiral Coligny. — Complot de Barry (1569). — Les religionnaires de Montpellier vont entendre le priclie à Saint- Je^n -de -Vçdas (1570). — Montpellier est
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préservé des massacres de la Saint - Barthélémy (1372). — Damville supprime les consuls.
Pendant le carême de l'année 1560, les démonstrations des partis occasionnèrent des troubles à Montpellier. Le dimanche 4 mai et les dimanches suivants, les catholiques, au nombre de douze à quinze cents, promenèrent, avec beaucoup de pompe et de cérémonie, le pain bénit dans toutes les rues, au son des instruments et en dansant, et les femmes catholiques s'étant rassemblées, en firent de même, ce qui irrita extrêmement les calvinistes. »
Jean Bocaud, professeur à la Faculté de médecine, ayant demandé, dans son testament, d'être enterré « à la façon de l'Eglise réformée, le Gouverneur et les gens du Juge-mage y voulurent donner empêchement et furent bien battus. »
En représailles de ce que l'évêque Pélissier était allé les insulter dans une de leurs assemblées, les calvinistes firent irruption, le 24 septembre, dans l'église de Notre-Dame-des-Tables, y établirent, dès le jour même leur prêche et lui donnèrent le nom de Temple de la Loge,
Les ecclésiastiques et les communautés se retirèrent dans l'enceinte fortifiée de la cathédrale de Saint-Pierre, et le comte de Joyeuse ayant envoyé ime garnison avec des canons et des munitions, ils furent à l'abri de toute attaque.
Les réformés organisèrent des rondes de nuit et allèrent même jusqu'à frapper les prêtres et les religieux qu'ils rencontraient, avec des bâtons devenus tristement célèbres sous le nom à' Espousseties^ d'où vint le proverbe : \ Espousseite de Montpellier . L'Evêque, le Gouverneur et le Juge-mage crurent prudent de quitter la ville.
Le 19 octobre 1561, pendant l'office des Vêpres, les réformés commencèrent à tirer de grands coups
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de fauconneau sur les créneaux de Saint-Pierre, de la cour du Palais, de l'église Sainte-Croix (aujourd'hui place de la Canourgue) et des murailles de la ville, du côté des Carmes. Pendant ce temps on mit le feu à la grande porte du Plan du Prévôt, à la maison du grand archidiacre et aux greniers joignant le fort de Saint-Pierre, afin d'y faire une brèche. Les assiégés sonnèrent alors le tocsin. C'était, dit un manuscrit, chose piteuse à oti'ir.
Enfin on convint d'un accommodement, et il fut arrêté que les soldats de la garnison sortiraient avec leurs armes et quitteraient la ville ; que les pièces de fauconneau du fort de Saint-Pierre seraient portées à l'Hôtel-de-Ville, moyennant quoi les chanoines, sans armes ni munitions, pourraient descendre et faire leur service.
Mais, au moment où la garnison se retirait, un coup de pistolet blessa un des assiégeants. Ceux-ci criant à la trahison pénétrèrent alors dans l'enceinte et mirent à mort une quarantaine de chanoines et autres personnes. Les autres prirent la fuite et se sauvèrent par les souterrains. « 11 n'y eut chambre, armoire, secret ou coffre qui ne fût brisé ou rompu, et tout ce qui était dedans fut volé, comme dans un sac de ville. Par même moyen, tout le dedans de l'église fut dissipé et mis en pièces, comme chapelles, autels, retables, tableaux riches et beaux qu'il y avoit, images et statues anciennes, qui étoient dans l'église ou au devant du portail ; bref, en six ou sept heures fut cette église toute dépouillée, quoique le jour précédent on y eût fait l'office divin et dit le sermon solennellement. »
Des auteurs catholiques disent que la populace armée se répandit dans la ville, où elle ne fit aucun quartier aux prêtres et aux religieux. Le nombre de ceux qui périrent fut, selon les uns, de deux cent cinquante. La foule « se partagea en troupes pour aller dépouiller les églises, tant du dedans que du
dehors ; ce qui fut fait avec tant de vitesse que ce qui avoit été fait ou entretenu depuis quatre ou cinq cents ans fut en un demi-jour si offensé, que de soixante églises ou chapelles qu'il y avoit au dit Montpellier, tant dedans que dehors, le lendemain on n'en trouva aucune ouverte, et ne fut vu ni prêtre, ni moine, qu'en habit dissimulé ; et de telle façon, pour lors eut fin la Messe, prêtrise et Religion des Papistes au dit Montpellier. >>
Et toutes ces ruines, et tous ces massacres pour un coup de pistolet ! tant il est vrai que, dans les époques de haines religieuses ou politiques, le moindre incident suffit à donner un libre cours aux vengeances et aux rancunes.
L'arrêt de janvier 1^62 permettait aux protestants de prêcher dans tout le royaume, excepté dans les villes closes. Les calvinistes s'installèrent alors dans le fossé des Arbalétriers, situé entre la porte de Lattes et celle de la Saunerie. Incommodés par la pluie, ils se réunirent dans le temple de la Loge, murèrent les portes de la ville, levèrent des troupes et s'emparèrent de Maguelone, où ils établirent une garnison pour le passage de l'étang. Le trésor de l'église Saint-Pierre (six cents marcs d'argent), leur servit à payer leurs gens de guerre, et ceux qui n'assistaient pas au prêche furent emprisonnés au fort Saint- Pierre. Jacques Baudiné, envoyé par le prince de Conti, vint prendre le commandement de ces troupes.
De Joyeuse, de son côté, fit avancer son armée sous la conduite du baron de Fourquevaux, gouverneur de Narbonne, dans le but d'arrêter les progrès des troupes de Baudiné et de son lieutenant, le seigneur de Crussol. Il les battit entre Pézenas et Lésignan-la-Cèbe, si bien que les garrigues leur furent courtes jusqu à Montpellier.
Après cette victoire, Joyeuse dirigea ses troupes vers Montpellier. L'alarme fut extrêmement vive
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parmi les habitants, et on prit la résolution d'abattre tous les faubourgs et toutes les églises extérieures.
Le baron de Fourquevaux, au lieu d'investir Montpellier, attaqua le château de Lattes. La résistance de la garnison fut, paraît-il, acharnée, mais les assiégés furent vaincus et passés au fil de l'épée. Après avoir détruit le château, le baron de Fourquevaux fit construire des remparts et des platesformes et placer des pièces d'artillerie. Qiielques jours après il se rendit maître de Maguelone.
Les habitants de Montpellier voyaient d'un mauvais œil les ennemis si près de leur ville ; aussi résolurent-ils de les chasser. Ils sortirent, au nombre de quatre ou cinq mille et se postèrent sur une élévation, au lieu dit le Mas d'Envaïlat et à celui dit Mas de Bovâssou^ d'où ils canonnèrent, pendant plusieurs jours, le camp de Lattes, qui répondit à leur feu.
Le baron des Adrets amena sa cavalerie au secours du baron de Crussol, mais malgré plusieurs attaques, ils ne parvinrent point à attirer les catholiques hors de leur camp. Ceux-ci apprenant le départ du baron des Adrets, vinrent, à leur tour, inquiéter la garnison adverse, et celle-ci étant sortie pour les chasser de l'aire de Saint-Denis (aujourd'hui la citadelle), ils furent repoussés, et une trentaine de gens qui n'eurent pas le temps de rentrer dans la ville furent tués, parmi lesquels le brave Germain, jeune gentilhomme du pays.
Une entrevue eut lieu entre les chefs du parti catholique et ceux du parti protestant. Il fut sans doute résolu que Joyeuse retirerait ses troupes du camp de Lattes et que Crussol quitterait la ville.
L'année suivante, un grand nombre de catholiques, soupçonnés d'entretenir des relations avec ceux de leur parti, furent expulsés de leur ville avec une telle rigueur qu'il ne leur fut permis d'emporter que dix livres tournois.
L'édit de pacification d'Amboise fut apporté à Montpellier, le 9 mai, par le seigneur de Caylus. Une assemblée de toute la noblesse et des députés des villes fut ouverte le 1 1 mai. La publication de cet édit eu lieu l'après-midi, d'abord à l'audience du Présidial, ensuite dans tous les carrefours de la ville, au bruit du canon des remparts, en présence des Consuls en robe de cérémonie, et du lieutenantcriminel.
Les gentilshommes voulant solenniser cette fête, coururent la lance et la bague, ayant à leur tête le baron de Crussol qui s'était rendu à Montpellier.
Les huguenots, par la peur et l'intimidation, parvinrent à rester les maîtres des églises ; cependant, afin d'enlever toute crainte aux catholiques, ils donnèrent l'ordre d'apporter à la maison de ville toutes les armes des particuliers. On ouvrit les portes qui avaient été murées, et la paix revint dans les esprits.
Henry de Montmorency, pourvu du gouvernement du Languedoc, arriva à Montpellier le 9 novembre 1^)63. A son approche, il fut salué par toute l'artillerie qu'on avait rangée hors de la porte de la Saunerie. Les Consuls lui présentèrent un dais de velours cramoisi, doublé de satin blanc, avec ses armoiries et celles de la ville en broderie, sous lequel il refusa de se mettre. Alors parurent certains chanoines de l'église cathédrale et autres prêtres vêtus de surplis, et cinq ou six religieux cordeliers qui se mirent en marche devant lui, chantant processionnellement. Ils étaient suivis d'un grand nombre de gens d'armes à cheval et de cinquante arquebusiers de la garde du gouverneur. Il fut conduit par les gens d'église à Notre-Dame-des-Tables, où il alla faire sa prière avec les catholiques, et où le clergé chanta le Te De uni,
La ville lui fit présent d'une grande coupe en vermeil doré, relevée en bosse, avec son couvercle, dan^
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laquelle il y avait six pièces d'or, pesant chacune cinquante écus au soleil, avec d'un côté les armes de Montmorency, de l'autre celles de la ville, fabriquées exprès à l'hôtel de la Monnaie. Ce présent fut accompagné de deux caisses doublées de satin, l'une remplie de différentes eaux de senteur, l'autre de sachets pleins de poudres odoriférantes.
Le lendemain de l'entrée de Montmorency, on chanta solennellement une grand'messe à Notre- Dames-des-Tables. Les prêtres et les religieux eurent la liberté de se montrer dans la ville ; on distribua les églises aux religieux dont les couvents avaient été détruits dans les faubourgs.
Durant son séjour, les principaux habitants appartenant aux deux religions convinrent d'éhre douze personnes, six cathohques, six de la religion réformée, pour gérer les affaires pubHques. Quelques mois après, le Gouverneur de Montpellier ne fit éhre les consuls que parmi les catholiques, ce qui occasionna des murmures de la part des religionnaires.
Le roi Charles IX, au cours de son voyage à travers son royaume, fit son entrée à Montpellier le dimanche 17 décembre 1564. « On fit construire une grande salle de charpente, meublée fort richement, dans le jardin appelé depuis le Clos d'Aguillon, visà-vis l'ancien couvent de Saint-xMaur, où le Roi, après avoir entendu les harangues qui lui furent faites et reçu le serment de toutes les Compagnies de la ville, vit passer devant lui une grande troupe de jeunes bourgeois, habillez de velours ou satin incarnat et bleu, qui était les couleurs du Roi. Alors la marche commença vers la ville en cet ordre : L'Université, composée de deux Facultés de médecine et des Loix, marchoit la première ; suivoit le Présidial et la Cour du Gouverneur ; puis la Chambre des Comptes, et ensuite la Cour des Aides, en robe d'écarlate, précédée de ses Huissiers en robe violette. La maison du Roi venoit immédiatement après,
HiST. DE MONTrEtLIER §
scavoir, les Archers et les Suisses de la Garde, tambour bâtant; et Sa Majesté, précédée de ses trompettes et du grand écuyer, qui portoit l'écharpe et l'épée royale devant lui, étoit dessous un dais de velours cramoisi, brodé d'argent, qui étoit porté par les six Consuls de la ville. Les princes, cardinaux et autres grands seigneurs déjà nomméz, venoient à la suite du Roi.
« Lorsqu'il fut entre les deux portes du Pila Saint- Gilles, il y trouva quatre colonnes, soutenant une grande couronne Impériale, et contre la base des deux premières colonnes de front deux jeunes filles, vêtues Tune de satin jaune et l'autre de satin blanc, pour représenter la Piété et la Justice, que le Roi avoit pris pour devise : Pietate et Justitià. Dans le reste de la marche, comme à la pointe de la rue du Pile-Saint-Gilles, à l'arc Saint-Nicolas, à la Loge et devant la Maison-de-Ville, on avoit dressé des arcsde-Triomphe de différens ordres d'architecture, avec des représentations les plus convenables à l'entrée du Roi, les epigrammes en grec, en latin et en françois, selon le goût du tems ; mais les plus belles décorations furent employées au-devant du Logis du Roi, qui étoit à la Pierre, à la maison dite Bossonet.
« Le Présent de la ville fut une Image du Roi, d'or massif, et de la valeur de mille écus, placée sur le rivage de la Méditerranée, tenant un pied sur la terre, et l'autre sur la mer, comme pour représenter le rétablissent du Commerce, que la dernière Paix procuroit à Montpellier. Le Présent qu'on fit à la Reine marquoit plus particulièrement la situation de la Ville ; car c'étoit une Montagne d'Or, complantée d'Oliviers et d'Orangers, le tout du prix de cinq cents écus.
« Le Roi parut prendre plaisir aux divertissemens qu'on lui donna pendant son séjour à Montpellier. On marque qu'il fit l'honneur au nommé Jacques de Farges, parfumeur renommé, d'aller voir sa boutique
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à la place des Cévenols, et qu'il voulut bien accepter une régale que ce particulier prit la liberté de lui offrir. »
La seconde guerre de religion eut encore des conséquences funestes pour Montpellier. De Joyeuse, aux premières nouvelles des troubles, s'était rendu à Montpellier. Croyant préserver la ville, il ordonna d'en faire sortir les étrangers qui étaient venus s'employer comme apprentis. Les habitants, surexcités par cette mesure, l'obligèrent à se renfermer dans le fort de Saint-Pierre avec sa femme et ses enfants. Le juge-mage, les consuls et plusieurs ecclésiastiques, craignant pour leur vie, s'y retirèrent avec leurs effets les plus précieux. De Joyeuse parvint cependant à sortir, durant la nuit, du fort et de la ville et se rendit en hâte à Pézenas, où étaient ses troupes.
Le lendemain le peuple ouvrit les portes de la Saunerie, de Lattes et de xVlontpelliéret, qui avaient été fermées. Maître de la ville, il voulut se rendre maître également du fort de Saint-Pierre, où se trouvaient deux compagnies de vieux soldats. Mais auparavant on offrit à M'"® de Joyeuse de lui donner un sauf-conduit, elle accepta cette proposition et sortit du fort avec ses enfants et ses domestiques.
Dès l'arrivée du baron de Crussol, connu depuis sous le nom de Seigneur d'Acier, on creusa de grandes tranchées depuis la porte du Peyrou jusqu'à celle des Carmes, qui était au pouvoir des catholiques. Une batterie fut établie sur le haut du Peyrou et des troupes campèrent depuis le faubourg Saint-Guilhem jusqu'au Merdanson, afin d'empêcher tout secoui-s aux assiégés.
De Joyeuse parut alors avec dix-huit enseignes, gens de pied, et trois ou quatre cents chevaux. Il alla camper au faubourg Boutonnet. Le Seigneur d'Acier, de son côté, avec ses troupes, prit position entre le couvent des Jacobins et l'église Saint-Côme. La garnison du fort Saint-Pierre ayant fait une sortie pour
combler la tranchée du Peyrou, fut repoussée, et les troupes de Joyeuse s'étant portées à son secours, il s'en suivit un combat de plusieurs heures ; mais la nuit étant survenue empêcha une action générale.
Le feu ayant pris aux poudres du camp de Boutonnet, M. de Villeneuve, qui commandait les troupes, les fit retirer le lendemain.
Le peuple, les enfants, les femmes et les demoiselles de Montpellier s'employaient volontairement à porter les pierres sur les murailles pour faire des canonnières aux arquebusiers ; elles ne craignaient point de se mêler, dans le camp, aux combattants et de leur apporter du pain, des fruits, ainsi que des bouteilles de vin pour les rafraîchir. Les assiégés se défendirent vigoureusement pendant un mois, mais, pressés par la faim, ils proposèrent une capitulation honorable qui fut acceptée.
11 fut convenu (18 novembre) que les soldats de la garnison, au nombre de cent quatre-vingts, sortiraient avec leur épée et leur dague, et les capitaines avec leurs armes, mais que les gens de ville, comme consuls, chanoines et autres, seraient à la discrétion du Seigneur d'Acier, de même que tous les meubles, coffres, armes et artillerie, enfin tout ce qui se trouvait dans le fort. Les trois consuls furent donnés aux principaux officiers des troupes, pour en tirer rançon, de même que les chanoines et autres habitants de marque. Ceux qui avaient porté les armes furent arrêtés comme prisonniers et les autres renvoyés dans leurs maisons.
Les habitants furent laissés maitres du fort pendant trois jours ; aussi dépouillèrent-ils tous les appartements et l'église. Ils enlevèrent les tuiles et les charpentes et entreprirent de renverser tout l'édifice. Après avoir enfoncé les voûtes qui régnaient le long du cloître et dans les trois grands corps de logis, ils sapèrent la tour de droite dont ils avaient été incomniodés pendant le siège, et, après avoir eu soin de
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Tétayer avec de grosses poutres, ils mirent ensuite le feu aux étançons, afin que la chûte du clocher enfonçât les voûtes du portique et de l'église.
Le 1 1 décembre, à l'occasion de la bataille de Saint-Denis, où le connétable de Montmorency avait été blessé à mort, on fit un beau feu de joie.
Les murs de l'église de Saint-Firmin furent rasés à fleur de terre, ainsi que le monastère de Sainte- Catherine, près la porte de la Blanquerie.
Le capitaine Pages, de Lunel, qui avait laissé prendre aux catholiques la tour de la Carbonnière, à Aigues-xMortes, fut décapité à Montpellier, dans les derniers jours de l'année.
L'assurance de la paix prochaine causa une grande joie parmi les habitants. Dans la crainte de voir les catholiques rentrer dans leurs églises, ils achevèrent de démolir jusqu'à fleur de terre, Saint-Ruf, Sainte- Foy, Saint-Jean, Saint-Paul, Sainte-Anne, Saint-' Sébastien du Palais, Sainte-Croix, Saint-Nicolas, Saint-Mathieu et la maison épiscopale dite Salle l'Evêque. Ils se contentèrent d'enfoncer les voûtes , de l'église de Notre-Dame-des-Tables.
L'édit de Loujumeau (1368) fut publié dans les derniers jours d'avril, mais les habitants refusèrent de recevoir une garnison, et ce n'est que plus tard qu'ils acceptèrent deux compagnies à pied. Le sieur de la Crouzette, qui commandait ces troupes, ne se croyant pas en sûreté dans la ville, en appela d'autres, mais aussitôt le peuple tendit les chaînes .aux avenues et fit des retranchements autour du Palais. La Crouzette, afin d'éviter une collision, fit retirer les soldats.
Les cinq premiers consuls, deux ministres et douze cents personnes quittèrent la ville et se retirèrent dans les Cévennes, prévoyant l'arrivée certaine des troupes catholiques. Quelques jours après, en effet, de Joyeuse se rendit à Montpellier, avec une importante cavalerie. Il rétablit les ecclésiastiques, remit
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en charge les consuls catholiques de l'année précédente, et fit créer douze conseillers politiques pris parmi le Clergé, la Noblesse et le Tiers-Etat.
Les catholiques, dans la nuit du 4 août, allèrent mettre le feu à la porte du prêche qu'on faisait à la Cour du Bayle, renversèrent la chaire, brisèrent les bancs et auraient abattu les murailles si de Joyeuse n'eût envoyé des gens pour arrêter ces désordres. Les deux ministres qui étaient restés allèrent rejoindre leurs confrères dans les Cévennes.
Un ordre venu de la Cour ordonnait aux huguenots de prêter serment. Il portait en substance : « qu'ils reconnoissoient Charles IX pour leur souverain; qu'ils ne prendroient jamais les armes contre son service, ni contre ses Ordres ; qu'ils n'aideroient jamais, directement ou indirectement, ses ennemis ; et s'il lui plaisoit les conserver sans trouble dans Montpellier, ils promettoient de ne pas abandonner la ville et de vivre en bonne intelligence avec les Catholiques ».
L'Edit du 19 octobre 1^68, déclarant que le roi ne voulait qu'une seule religion dans ses Etats, et ordonnant, sous peine de mort, à tous les ministres de sortir du royaume, fit revenir à la religion catholique plusieurs officiers et autres habitants.
Le 4 mars 1569, Jacques de Farges, apothicaire, qui avait eu l'honneur de recevoir chez lui le roi Charles IX, fut arrêté avec sa femme et ses enfants, pour avoir chez lui de la poudre et des armes. C'était un homme âgé de 60 ans, studieux et paisible, jouissant d'une grande fortune, mais son fils s'était montré protestant exalté. Les catholiques envahirent sa maison, la pillèrent et y mirent le feu. Ils forcèrent le juge-mage et les consuls à condamner de Farges à la peine de mort, et le jour même s'emparèrent de sa personne et le pendirent à une des fenêtres de sa maison, où son cadavre resta toute la journée, et le lendemain qui était un dimanche,
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Les catholiques démolirent les faubourgs qui avaient été rétablis, et, dans une sortie vers Le Crès, surprirent la cavalerie de l'amiral Coligny, auquel ils enlevèrent cent soixante chevaux. Coligny irrité fit raser les châteaux de Montferrier et du Crès, brûler les maisons de campagne, couper les arbres, enlever les bestiaux, ce qui contribua à augmenter la misère.
Un complot faillit faire retomber la ville entre les. mains des protestants. Les habitants de Mauguio venaient de soutenir un siège de trois jours que leur avaient livré les troupes de Castelnau, gouverneur de Montpellier et du seigneur de Saint-André, gouverneur d'Aigues-Mortes. Cherchant à prendre leur revanche, ils engagèrent dans leur parti un capitaine catholique, nommé Barry. Celui-ci devait se présenter, de grand matin, à la porte de Lattes, avec des huguenots enchaînés, et, pendant un arrêt entre les deux portes, les gens de Mauguio, cachés en embuscade, devaient se jeter dans la ville et, de concert avec des conjurés qu'ils avaient dans Montpellier, mettre le feu à quelques maisons, afin de permettre l'entrée de la ville aux soldats du dehors.
Une enseigne de Barry, voulant prévenir un massacre, dénonça son capitaine qui fut arrêté au moment où il allait sortir de la ville. Barry avoua et fut condamné à être décapité (ii novembre 1569) sur la place du Consulat. Deux de ses soldats furent pendus et quelques autres envoyés aux galères.
L'édit du 15 août 1570 rétablissait les religionnaires dans leurs biens et dans leurs charges. A Montpellier, ils ne purent pratiquer leur culte, cette ville étant, à cette époque, au pouvoir des catholiques. Le seigneur de Saint-Jean-de-Védas leur ayant offert son territoire, tous les religionnaires de la ville y allaient régulièrement entendre le prêche. Les commissaires envoyés par le roi dans les provinces pour l'exécution du dernier édit, permirent aux ministres retirés à Saint-Jçan-de-Védas de revenir à Montpellier ; ils sup-
MONTPliLUER
primèrent une procession que les catholiques faisaient, le 27 juillet, en mémoire de leur retour dans la ville, en l'année 1568, et ne voulurent point laisser établir une confrérie de pénitents, afin d'éviter tout conflit entre les catholiques et les protestants.
Montpellier fut préservé des massacres de la Saint- Barthélemy. Le baron de Sauve, secrétaire d'Etat, chargé d'expédier les courriers aux gouverneurs et chefs du parti des catholiques des provinces, natif de Sauve, donna un ordre secret au courrier qui devait passer par Montpellier, destiné au seigneur des Ursières, son beau-frère, gouverneur de Montpellier, lequel fit prévenir et partir de la ville les ministres protestants et le consistoire.
De Joyeuse fit connaître ouvertement qu'il n'exécuterait jamais les ordres sanguinaires qu'il venait de recevoir. « Je suis bien, dit-il, serviteur du roi, mais « non pas son bourreau. » Il eut le soin cependant de faire enfermer les principaux religionnaires restés à Montpellier afin de les soustraire à quelque guetapens.
Le maréchal Damville, revenu de Chantilly, après les massacres de la Saint-Barthélemy, avait repris le gouvernement de Languedoc (1573). Il supprima l'élection des consuls afin de donner les charges publiques à des personnes d'honneur et d'autorité, sur lesquelles il pùt se reposer des choses concernant le service de Sa Majesté. De son autorité il nomma donc les consuls. C'était, du coup, supprimer les vieilles traditions et la seule qui restait des anciennes coutumes et libertés de 1204. Devenu suspect à la Cour et sachant que la reine voulait se défaire de lui, il se fortifia dans le palais de Montpellier, où il mit des troupes de renfort. Ayant conclu une trêve de six mois avec les huguenots, il fit décider, dans une assemblée de notables de la ville, que tous les forts des environs seraient rasés ou démantelés.
Le 30 mai 1574, le roi Charles IX mourait à Vin-
sous LE RKGNE DE HENRI III (1574)
cennes, à l'âge de 24 ans, laissant la France divisée en deux partis prêts à se déchirer encore et à entrer dans de nouvelles luttes.
MONTPELLIER PENDANT LES GUERRES DE RELIGION