RÈGNE DE HENRI III (1560-I
Le maréchal Da inville privé de son gouvernement (1574^ — Les religionnaires désarment les catholiques. — Un grand nombre de ces derniers quittent la ville. — Cherté des vivres. — Edit de pacification (1576). — Le maiéchal Damville est maintenu dans son gouvernement. — Arrivée à Montpellier du vicomte de Joyeuse. — Fêtes en signe de réjouissance pour la paix. — Les habitants de Montpellier délibèrent de se soustraire à l'obéissance de Damville. — Ils obligent la maréchale de quitter Montpellier (1577). — Le maréchal se prépare à la guerre. — François de Coligny fait sortir les troupes pour aller à la rencontre de celles de Damville. — Celui-ci les oblige de se rendre et fait passer au fil de l'épée les soldats et pendre les chefs aux arbres. — Il assiège Montpellier. — La paix de Bergerac met fin au siège (1577). — Peste (1580). — Catherine de Médicis s'arrête au château de Lavérune. — La guerre se rallume en 1380. — Damville se réconcilie avec les habitants de Montpellier. — Construction du grand temple (1585). — Damville signe aA^ec le roi de Navarre une alliance offensive et défensive. — Peste de 1587 et 1588. — Mort de Catherine de Médicis et d'Henri III (1589).
Dès son avènement, Henri III réunit à Villeneuveles-Avignon les Etats de Languedoc. Cette assemblée destitua le maréchal Damville de son gouvernement (1574) et le roi donna au duc d'Uzès la généralité de Montpellier et le nomma lieutenant général pour le reste de la province.
MONTrnLUER
Mais Dam^'ille, qui prétendait conserver son gouvernement, se prépara à la guerre. La reine, sous prétexte de négociations et afin de le compromettre auprès des huguenots, lui envoya un homme de sa confiance. On arrêta cet individu qui avoua, au milieu des tortures, avoir été suborné pour empoisonner le maréchal. Il fut exécuté aux flambeaux.
Les religionnaires profitant de cette occasion, désarmèrent les catholiques de la ville. Le plus grand nombre quitta Montpellier et n'y revint que six années après. Cependant, le 2 s mars, époque de l'élection des consuls, le maréchal les désigna moitié parmi les réformés, moitié parmi les catholiques, ainsi que le Conseil des Vingt Quatre.
La grande agitation qui régnait dans le pays, à cause des prétentions qui divisaient Damville et le duc d'Uzès, fit déserter les villages qui se trouvaient sur le passage des troupes. Leurs habitants vinrent, pour la plupart, se réfugier à Montpellier, et le prix du blé augmenta jusqu'à huit livres par sétier.
L'Edit de pacification (15 mai 1576) accordait l'exercice public et général de la religion, qui devait être désignée : Religion prétendue réformée. Le maréchal Damville était maintenu dans son gouvernement. Il devait y avoir, à Montpellier, une chambre de vingt conseillers, avec chancellerie, pour rendre la justice souveraine aux habitants de ce ressort, tant aux catholiques qu'à ceux de la religion.
On fit, pour cette paix, une procession générale, à laquelle le maréchal assista, et, peu de jours après, on vit arriver à Montpellifer le vicomte de Joyeuse, lieutenant général pour le roi en Languedoc, le gouverneur de Narbonne, plusieurs prélats et autres seigneurs, qui vinrent alors reconnaître le maréchal comme gouverneur de la province. On fit des joûtes et des tournois en signe de réjouissance pour la paiîc,
sous LE RHGNE DE HENRI III (l=)77)
La reine-mère essaya d'attirer Damville à son parti ; la maréchale, son épouse, l'y sollicitait aussi. Il refusa, mais néanmoins sa conduite dans plusieurs affaires détacha de lui la population protestante qui était irritée de ce que le roi avait signé la Ligue contre les protestants.
Le capitaine Singla, natif de Montpellier, et Saint- Romain, gouverneur de Béziers, lui ayant fait des remontrances parce qu'il avait confié la garde de la citadelle de la ville de Béziers aux catholiques, Damville leur répondit que, s'ils n'étaient pas contents de ce qu'il avait fait à Béziers, ils n'avaient qu'à quitter la ville. Tous les deux étant partis aussitôt. Saint -Romain alla s'emparer d'Aigues- Mortes, et Singla se retira à Montpellier (1577).
Dès le lendemain de son arrivée, les huguenots « délibérèrent et décidèrent de se soustraire à l'obéissance de Damville ; ils donnèrent des armes aux habitants de leur parti, qui courut emprisonner les catholiques et exercer sur les gens d'église les mêmes excès que dans les premiers troubles. Non contents de cela, ils vont de nuit, prendre les consuls et les faisant marcher, aux flambeaux, à leur tête, ils s'avancent vers le Palais où logeait Madame la Maréchale, et ayant donné plusieurs coups à la première porte, ils menacent d'y mettre le feu si on ne la leur ouvre. La Maréchale donna ordre d'ouvrir, et s'étant avancée vers les premiers, elle leur demanda qu'estce qui pouvait les faire venir de la sorte, à une heure si indue? A quoi ils répondirent, sans autre ménagement, qu'elle eût à leur rendre les clefs de la ville et en sortir le lendemain de grand matin. »
Les huguenots se hâtèrent de publier un manifeste dans lequel ils adressaient à Damville les reproches les plus sanglants. Ils détruisirent alors le Palais de Montpellier, où il avait pris son logement, ainsi que la chapelle royale qui avait été respectée jusqu'alors,
Le maréchal répondit au manifeste des huguenots en déclarant qu'il n'en voulait qu'à ceux de Montpellier, à cause de l'insulte faite à sa femme. Il se prépara à la guerre en s'assurant les places fortes situées sur le chemin de Béziers à Montpellier, particulièrement Frontignan et Villeneuve-les-Maguelone. Ses troupes arrivèrent devant Montpellier le 9 juin. François de Coligny, fds du célèbre amiral, s'y était rendu et avait pris le gouvernement de la place. Il s'attendait à soutenir un siège, mais le maréchal se contenta d'en faire le blocus et d'enlever les blés des environs.
La crainte d'une famine obligea le gouverneur à faire sortir des soldats pour soutenir les moissonneurs qui prirent poste dans la métairie du Cocon. Le maréchal vint en personne avec du canon et les obligea à se rendre à vie sauve, mais dans sa colère, il fit passer les soldats au fil de l'épée et pendre les chefs à des arbres. Parmi eux se trouvait le capitaine Singla, auquel il avait confié le gouvernement de Sommière est que, pendant une grave maladie qu'il fit à Montpellier, il n'avait quitté ni le jour, ni la nuit, et La Madeleine qui avait toujours conduit son artillerie.
Il continua de serrer la ville de si près qu'il la réduisit, au bout de deux mois, à une grande disette. La ville reçut enfin un convoi de vivres avec un secours de 3.000 hommes de pied et 300 chevaux. Mais au moment où l'on se préparait à attaquer Damville à Lattes (2 octobre 1577}, on reçut la nouvelle de la paix de Bergerac.
La peste de 1 580, suite inévitable de la famine et de la guerre, enleva en deux ans, 8.000 personnes. L'évêque et le chapitre se retirèrent à Villeneuve, les officiers de la Cour des Aides à Aniane, puis à Pézenas.
Catherine de xMédicis, qui s'était rendue dans le Midi pour conférer avec le roi de Navarre, s'arrêta au châ-
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teau de Lavérune. Elle fit appeler les principaux habitants des deux religions, auxquels elle fit promettre l'observation de la paix sous mutuelle sauvegarde.
La guerre se ralluma partout en 1580, chaque village étant tour à tour pris et repris. Le pays était ensanglanté.
Dam ville vint à Montpellier à la fin de l'année 1^82 pour rendre visite au prince de Condé qui y avait fixé sa résidence. On en prit occasion de se réconcilier avec lui, car, depuis l'insulte faite à sa femme, il n'avait mis les pieds dans la ville, c'est-à-dire depuis près de six ans.
Les protestants construisirent alors leur grand temple à la Cour du Bayle, sur l'emplacement occupé par l'aile ouest de la Préfecture actuelle ; il passait pour être le plus beau de l'Europe (1^8^).
La tranquillité ne fut troublée à Montpellier qu'en 1^85, à la suite de l'édit du 18 juillet, que la Ligue fit rendre à Henri III, et par lequel l'exercice de la religion prétendue réformée était, sous peine de mort, interdit dans le royaume. On organisa la résistance dans tout le Languedoc. Damville signa avec le roi de Navarre une alliance offensive et défensive. Révoqué, pour ce motif, une seconde fois par Henri III, il se posa en adversaire du roi et de la Ligue et repoussa le duc de Joyeuse jusqu'à Carcassonne. La mort de ce dernier dans les plaines de Coutras, où son armée fut défaite par le roi de Navarre, le 15 octobre 1^87, mit un terme aux rançons, aux pillages, aux prises des villes par les deux partis.
La peste avait recommencé de sévir à Montpellier en 1587 et 1^88. Les cours de justice et tous les particuliers qui en avaient les moyens avaient quitté la ville.
En janvier 1^89, on apprit la mort de Catherine de Médicis et celle de Henri III, assassiné par Jacques Clément.
MOxNTPHLLlER
MONTPELLIER PENDANT LES GUERRES DE RELIGION
RÈGNE d'hENRI IV (11^89-1610)
Dévouement de Frnncèze dite Constance de Céselly (1^90). — Etendue de l'admission au Consulat (1596^. — Nouvelle prospérité de Montpellier. — Les catiioliques cherchent à prendre possession de Téglise Notre-Dame des Tables. — Le roi les autorise (1601). — Construction du petit Temple fi6o';). — Pierre de Fenouillet est nommé évêquede Montpellier (1607). — Il fait construire l'église des Carmes (1607). — Des Juifs chassés d'Espagne viennent se réfugier à Montpellier. — L'évêque Eenouillet prononce l'oraison funèbre du roi (1610).
Dans les premiers mois du règne d'Henri IV et pendant qu'il était occupé au siège de Paris, une dame de Montpellier, désignée par les auteurs sous le nom de Constance de Cézelly, mais dont le véritable nom était Francèze de Cézelli, accomplit un acte des plus héroïques.
Tandis qu'on était au plus fort du siège de Paris, les affaires n'en étaient pas plus tranquiles dans le Languedoc, où le Duc de Montmorency, ayant découvert quelques menées dans la ville-basse de Carcasonne, fut obligé de s'y rendre au commencement de juin, et d'y faire bâtir une citadelle pour l'opposer à la garnison de la ville-haute, qui tenait pour le maréchal de Joyeuse ; il en donna le commandement au Vicomte de Mirepoix, et ayant eu avis de la maladie de son épouse, Antoinette de la Marche, il partit en diligence pour Pézenas, où il la perdit le quatrième jour de son arrivée, ayant eu
sous LE RÈGNE DE HENRI IV (1^90)
d'elle : Hercule, comte d'Offernot; Charlotte, mariée à Charles de Valois, duc d'Angoulême, et Marguerite, épouse d'Anne de Levé, duc de Ventadour.
En même tems, les Seignieurs du Languedoc eurent recours au roi d'Espagne, comme avait fait le Duc de Majène, pour en avoir des secours ; ils en obtinrent six mille Tudesques, conduits par le Comte de Ladron, qui vint aborder au port de la Nouvelle le premier août (1590), et fit camper ses troupes sous des tentes le long de la Robine. Le Duc de Montmorency, en ayant été informé, fit attaquer un de leurs quartiers, qu'il défit entièrement, ce donna tant de chagrin aux Ligueurs de Narbonne, qu'ils jetèrent leur colère sur les Prisonniers qu'ils tenaient dans la tour de l'Archevêché, ausquels ils ne firent aucun quartier, parce qu'ils avaient témoigné de la joye dans le tems du combat, qu'ils regardaient du haut de leur tour.
Cet acte de cruauté fut comme le préparatif d'un plus grand qui arriva dans ce même teais et qui intélesse plus particulièrement Montpellier, puisque les principaux acteurs étaient natifs ou habitants de cette ville, N. Boursier, s"" de Barri et de s^" Aunés, au voisinage de Montpellier, avait le Gouvernement de Leucate, sur le chemin de Salces à Narbonne, le long de la côte. Ce poste était d'autant plus important, qu'il fermait le passage aux Espagnols, pour venir par terre du Roussillon en Languedoc. Comme ou eut avis en ce temps-là du secours que les Ligueurs avaient demandé au Roi d'Espagne, le Seigneur de Barri, fort zélé pour Henri IV, se mit en chemin pour aller conférer avec le Duc de Montmorency ; mais il eut le malheur de tomber dans une embuscade, qui le retint prisonnier ; dans ce contretemps, son premier soin fut de pourvoir à la conservation : il trouva le moyen d'informer sa femme de son état et lui manda de se jeter dans Leucate, et de n'entendre à aucune des propopositions que les
Espagnols ou les Ligueurs pourraient lui faire. Le nom de sa femme était Constance de Cézelli, fille de Jean de Cézelli, président en seul de la Chambre de Montpellier ; elle s'embarqua aussitôt à Maguelone, et aborda heureusement à Leucate, où elle anima tout par son courage. Les Espagnols et les Ligueurs tentèrent de lui enlever la place de vive-force ; mais leurs attaques furent inutiles contre la forte situation du lieu et le bon ordre qu'elle avait mis à sa défense. Alors, les ennemis ayant recours à un autre moyen, firent conduire à Narbonne le Gouverneur de Leucate, et lui proposèrent de grandes récompenses s'il leur faisait rendre la place, ou bien une mort certaine s'il refusait de le faire ; ils le trouvèrent dans une si ferme résolution, qu'ils crurent devoir se tourner du côté de la femme : pour C3t effet, ils lui firent demander un pourparler dans lequel ils lui représentèrent qu'ils étaient les maîtres de la personne de son mari, mais qu'il y avait d'autre expédient pour le sauver que de rendre Leucate. Elle offrit toutes ses pierreries et la somme qu'ils voudraient pour sa rançon ; mais elle ajouta qu'elle se résoudrait à tout, plutôt que de manquer à la Foi que son mari avait jurée au Roi. Sur ce refus, ils vont à Narbonne, où de sang-froid ils font étrangler le Seigneur de Barri, dont ils envoyèrent le corps à Leucate. Cette vue causa une si grande fureur à la Garnison, qu'ils coururent demander à leur Gouverneur, le Seigneur de Loupian, prisonnier de guerre, que le Duc de ^lontmorençy lui avait envoyé pour repondre de la vie de son mari. On marque qu'elle eut la générosité de le leur refuser, et qu'elle se contenta de faire un si grand feu sur les ennemis, qu'ils n'osèrent plus tenter le siège de Leucate. Le gouvernement lui en fut laissé jusqu'à ce qu'elle pût le transmettre à son fils Hercule; et quelques courtisans ayant voulu représenter à Henri IV qu'un Gouvernement de cette importance n'était pas assuré entre les mains d'unç
sous LE RÈGNE DE HENRI IT (1600)
femme, il répondit qu'il n'était point d'homme qui voulût faire pour son service les avances que cette femme avait faites.
La nouvelle de l'abjuration du roi Henri IV affligea les protestants, et les catholiques firent une belle procession. L'épée de connétable fut donnée au duc de Montmorency.
A la même époque par lettres royales de 1596 furent admis au Consulat les officiers des cours judiciaires, les membres de la noblesse et tous autres habitants idoynes et capables d'administrer les charges consulaires. »
L'édit de Nantes, en assurant aux protestants le libre exercice de leur Culte et l'admissibilité à toutes charges et emplois, vint apporter une nouvelle prospérité à Montpellier.
De nouvelles mesures relatives à l'industrie du tissage du coton et de la confection des velours, satins, taffetas et autres marchandises de soie, donnèrent une impulsion au commerce des habitants avec les pays extérieurs.
Les catholiques avaient demandé au roi de rentrer en possession de l'église de Notre-Dame-des- Tables sans attendre l'envoi des commissaires.
L'évêque Guitard de Ratte, ancien aumônier d'Henri IV, se présenta, le 28 décembre (1600), avec le duc de Ventadour, plusieurs seigneurs et des maçons, pour faire démolir le ravelin (fortification en demi-lune) que les protestants avaient près de la grande porte et qu'ils prétendaient conserver pour la défense de la ville et comme lieu de sûreté. Mais, à peine les maçons avaient-ils dressé une échelle qu'une grêle de pierres s'abattit sur eux, le tocsin sonna, et aussitôt plus de quinze cents protestants en armes accoururent.
L'évêque resta courageusement et dit au baron de Castries : « S'il faut mourir, nous n'en trouverons jamais de plus belle occasion, puisqu'il s'agit de
HlST. DE MONTPI-LLIER
la gloire de Dieu et du rétablissement de son culte ; ne nous rendons point méprisables à ceux qui ne cherchent qu'à profiter de notre lâcheté. »
Un des séditieux s'avança et allait asséner un coup de bâton sur la tête de l'évêque, lorsqu'il fut heureusement arrêté.
Les consuls prévoyant les suites de ce grand tumulte, parvinrent à faire retirer l'évêque. On en référa au roi qui ordonna la démolition du ravelin et la prise de possession par les catholiques de l'église de Notre-Dame-des-Tables (1601).
C'est vers cette époque (1603) que fut construit le petit temple protestant, à peu près à l'endroit occupé par la place Saint-Côme actuelle. Au-dessus de la porte figurait l'inscription suivante : Verce religioni sacrum (consacré à la vraie religion), qui parut outrageante pour les autres cultes, et, sur la requête de l'abbé Granier, elle fut remplacée par cette autre en l'honneur de la Trinité : Au trois fois saint.
Les pasteurs étaient entretenus au moyen de l'impôt appelé le denier de la chair, parce qu'il consistait en un sou par livre sur la viande de boucherie.
Pierre de Fenouillet, prédicateur ordinaire du roi Henri IV, fut nommé, en 1607, évêque de Montpellier. Dès le commencement de son épiscopat, il voulut faire construire une église près la porte des Carmes, pour y loger les capucins qu'il avait appelés à Montpellier. Les consuls craignant une sédition de la part des calvinistes, s'y opposèrent. L'évêque déclara vouloir se borner à planter une croix. Les catholiques, au nombre de cinq ou six mille, partent processionnellement pour aller planter la croix, s'avançant au milieu d'une double haie de soldats huguenots. L'évêque fait briser la porte de l'enclos qui avait été fermée. Aussitôt les soldats huguenots font une décharge de poudre. L'évêque, loin de s'effrayer, s'écrie : « Courage, mes amis, on salue la croix, vive Jésus />. Et la croix fut plantée.
sous LE RÈGNE DE LOUIS XlII (1610)
Le grand froid qui fit appeler l'année 1608 année du Grand Hiver^ dura tout le mois de janvier et tout celui de février sans presqu aucun relâche ; les oliviers et les vignes moururent; on trouvait le gibier mort de froid à la campagne et un grand nombre de voyageurs périrent par les chemins. « On eut toutes les peines de sauver le bétail tant par la rigueur du temps que par le manque de fourrages. »
Une colonie assez nombreuse de Juifs et de Maures chassés d'Espagne par Philippe III vint se fixer à Montpellier, en 1609. L'or et l'argent, qu'ils avaient soigneusement caché, malgré les défenses du roi d'Epagne, leur ouvrirent un passage dans nos provinces. La pitié naturelle qu'on eut pour ces étrangers, jointe à leur bonne mine et à la qualité de plusieurs, en fit recevoir un bon nombre dans nos villes. Us exercèrent les uns le négoce, les autres la médecine; plusieurs s'adonnèrent à la culture de la terre, dans laquelle ils étaient très habiles. On les appela d'abord Morisques ou Grenadins, plus tard du nom de Marrans.
La mort d'Henri IV, lâchement assassiné par Ravaillac, le 14 mai 1610, causa une douleur immense à Montpellier. Les religionnaires ordonnèrent un jeûne général, en signe de tristesse, et les catholiques firent un service des plus solennels. L'évêque, Pierre de Fenouillet, l'un des plus grands prédicateurs de son temps, prononça l'oraison funèbre du roi. Après avoir parlé de ses plus beaux exploits de guerre et des grâces que ce prince avait accordées dans sa vie, il laissa à ses auditeurs le soin de décider laquelle des deux vertus avait été plus éminente en lui, de la valeur ou de la clémence.
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MONTPELLIER PENDANT LES GUERRES DE RELIGION
sous LE RÈGNE DE LOUIS XIII JUSQ.u'apRÈS le siège de MONTPELLIER (161O-1622)
CoiiHnnation des privilèges. — Entrée des Jésuites à Montpellier (1617). — Les protestants renversent la croix près la porte des Carmes. — Exécution de deux énieiitiers. — Les Catérinols. — Les députés du cercle réunis à Montpellier, suppriment l'exercice de la religion catholique dans la ville
. (1621). — Les protestants démolissent toutes les églises. — Noble conduite de M. de Serres. — Meurtre du président Ducros. — Arrivée du duc de Rolian. — Le duc de Montmorency s'empare drs lieux voisins do Montpellier. — Combat près de Perols. — Ruse de Zaniet, maréchal de camp de Montmorency. — Mesures énergiques du consul Aiméric.
— Siègi de Montpellier par Louis XIII (2 août 1622)
— Les femmes et les dames de Montpellier aident à la construction des terrassements. — Attaque et prise du fort Saint-Denis (2 septembre). — Il est repris par les habitants et conservé par eux après un combat sanglant. — Mort de Zamet. — Bassompierre se rend maître de l'ouvrage de Saint-Denis, — Le roi fait venir de nouvelles troupes. — Débordement du Merdanson. — Sortie des assiégés. — Le prince de Condé quitte Larniée du roi.
— Retour du duc de Rohan (10 octobre). — Il en repart le 13 pour aller informer les chefs protestants des Cévennes de la résolution des habitants de rendre la ville. — Le duc de Rohan se rend au quartier du roi (19 octobre). — Le lendemain le gouverneur de la ville, les consuls viennent présenter les clefs de la ville au roi. — Entrée du roi Louis XIII à Montpellier (20 octobre 1622). — Procession générale. — Départ du roi. — Durée du siège de Montpellier.
Les consuls de Montpellier n'oublièrent pas de demander au nouveau roi, dès son avènement au trône, la confirmation de leurs statuts et privilèges,
sous LE KHGNE DE LOUIS XIII (1622)
libertés et immunités, qui leur avaient été accordés par ses prédécesseurs.
L'évêque Fenouillet chercha à rétablir les Jacobins réformés dans le couvent de la Portalière. Les consuls refusèrent d'admettre ce nouvel ordre religieux. On plaida, et le roi, par arrêt du lo novembre 161 7, permit l'entrée des Jésuites ou tous autres que l'évêque voudraitpour l'instruction de ses diocésains. Les protestants, irrités, allèrent renverser la grande croix rouge que l'évêque Fenouillet avait fait planter près la porte des Carmes. Le premier consul, voulant s'interposer, fut maltraité et blessé, et les émeutiers lui arrachèrent les prisonniers. Plus tard on en reprit deux, dont l'un était concierge de la prison du Présidial. Ils furent conduits à Castres et condamnés à mort ; leurs têtes furent envoyées à Montpellier et placées sur la porte de Lattes.
Cette exécution n'arrêta point l'esprit d'indépendance qui s'était emparé du peuple. Des assemblées furent tenues dans les masures du vieux monastère de Sainte-Catherine (aujourd'hui Sainte-Ursule). Ceux qui y prirent part furent appelés Catérinots. Leur ingérence fut si grande qu'ils empêchèrent un jésuite choisi par l'évêque de pénétrer dans la ville pour prêcher l'Avent et le Carême.
Les protestants avaient divisé la France en huit cercles ou grandes divisions provinciales établies pour les affaires religieuses. Le cercle du Bas- Languedoc, après s'être réuni à Anduze, à Nîmes, avait fixé ses réunions à Montpellier.
Le premier consul, Aimeric, calviniste, homme énergique, engagea l'assemblée du Cercle à frapper des impôts, à s'emparer des cloches pour faire des canons, etc. Par une ordonnance du 20 novembre 162 1, les députés de cette assemblée interdirent l'exercice de la religion catholique; firent retenir prisonniers les papistes et s'emparèrent de leurs biens sous le prétexte qu'on agissait de même dans
les villes catholiques. Le gouverneur général, Chatillon, qu'on ne trouvait pas a^sez actif, fut destitué; on offrit au duc de Rohan le généralat.
Une nouvelle ordonnance parut bientôt, dont les conséquences furent désastreuses pour les monuments de notre cité. On se prépara à l'exécution de cette sentence par un jeûne solennel qui eut lieu le i6 décembre, et après avoir chanté le psaume 79, on commença, dans la nuit du 16 au 17, à s'emparer des églises et à procéder à leur démolition. La populace se jeta d'abord sur l'église de Notre-Dame des Tables et sur celle de la Canourgue, au cri sinistre de Harlam^ Ilailam (1). De soixante-quatre ou soixante-cinq églises que Montpellier possédait, pas une ne resta intacte ou en état de servir au culte, et les pierres furent employées à élever de nouvelles fortifications (1621).
Les capucins avaient résisté à l'ordonnance du Cercle sur la messe. Deux huguenots vinrent les prendre et les cacher chez eux. Lorsqu'après l'attaque de leur couvent, on se présenta pour les réclamer, l'un d'eux, M. Serres, correcteur en la Chambre des Comptes, répondit qu'il ne violerait jamais la foi donnée à des gens réfugiés chez lui et les garda jusqu'à ce qu'on pût faire l'échange avec deux autres prisonniers que le duc de Ventadour avait fait sur les gens de Montpellier.
L'arrivée du duc de Rohan fut signalée par le meurtre du président Ducros, chargé de missions secrètes par le maréchal de Lesdiguières auprès du duc. Les coupables furent pendus, écartelés, condamnés aux galères, et le ministre protestant, Suffren, accusé d'en avoir été l'instigateur, fut banni.
Le duc de Montmorency commença à inquiéter l'armée du duc de Rohan en s'emparant des lieux fortifiés, voisins de Montpellier, et entreprit, sur les
(i) Mot suisse ou allemand qui signifie : Pille, pille,
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ordres du roi, de détruire les récoltes aux environs de la ville. Six cents hommes se mirent, dès le 16 juin, à faucher tous les blés, depuis les métairies d'Encivade et Cocon jusqu'à Pérols, Mauguio et Castelnau. La garnison de Montpellier sortit aussitôt pour s'opposer à ces ravages et un combat s'engagea sans avantage d'un côté ni de l'autre.
Quelques jours après, la veille de la Saint-Jean, le 23 juin, M. de la Bertichere, lieutenant-général de M. le duc de Rohan, ayant appris qu'il était arrivé à Pérols quelques bateaux chargés de munitions pour M. de Montmorency, lit pariir six cents hommes pour s'en emparer, ignorant que le duc était parti de Villeneuve avec deux mille hommes de pied et trois cents de cavalerie. Ceux de Montpellier, surpris, laissèrent quatre cents hommes sur le terrain. Les habitants n'osèrent sortir de plusieurs jours pour couper les blés.
Zamet, maréchal de camp de Montmorency, trouva moyen de les attirer hors des remparts en faisant habiller trois cents soldats en villageois ; on leur fit prendre des charriots, comme s'ils voulaient enlever la récolte qu'ils avaient faite. Les charriots étaient remplis de gros mousquets, emboîtés six par six dans des pièces de bois qui devaient prendre feu en même temps. Les habitants sortirent au nombre de cinq cents et chargèrent les prétendus moissonneurs qui se retirèrent au petit pas, en abandonnant leurs charriots qui avaient été couverts de quelques gerbes. La décharge des mousquets, qui survint alors, tua et blessa une partie des agresseurs, et la cavalerie, qui était en embuscade, vint couper aux fuyards la retraite vers la ville et l'infanterie les ayant pris par côté, en jeta par terre cent cinquante. Le reste fut blessé ou fait prisonnier. Le peuple ne trouva d'autre vengeance que de donner le surnom de Grand Mahomet au maréchal de camp, Zamet, qui avait dirigé cette affaire.
MONTPFtLTFR
Ce fut à Béziers, où le roi était arrivé le 17 juillet que l'on prit des dispositions pour le siège de Montpellier. Des négociations et des pourparlers n'amenèrent aucune entente. Les habitants, alarmés par les menaces du prince de Condé, imposèrent comme condition, trop rigoureuse pour être acceptée, que le roi et ses troupes s'élois^neraient à dix lieues de la ville.
Le consul Aimeric avait fait dresser deux potences, l'une devant l'hôtel de ville, l'autre devant le palais, avec cet écriteau : « Ils seront pendus les porteurs de
mauvaises nouvelles et les escambarlat. » On désignait de ce nom ceux qui voulaient la paix et avaient des relations dans les deux partis. Il fit imposer tous ceux qui étaient disposés à une entente, et quelquesuns ayant voulu se plaindre : Philistins », leur dit-il,
vous voulez votre roi, il faut, auparavant, payer la bienvenue et la poudre des canons pour lui faire son entrée ».
Dans un conseil tenu à Lavérune, les propositions des habitants de Montpellier furent repoussées de la manière la plus énergique par Bassompierre.
Dès le lendemain 2 août, l'armée alla camper en deçà de Castelnau. On plaça d'abord un corps de garde au pont de Castelnau et un autre au pont Juvénal. La cavalerie s'était avancée vers la ville, et les Suisses, avec les lansquenets, occupèrent la petite plaine qui est au bas de la citadelle, le long du Merdanson. Le prince de Condé prit son logement au-dessus des Récollets, et Bassompierre, comme maréchal de camp, était auprès. Le duc de Montmorency, avec ses troupes, eut son quartier aux Tuileries, vers Boutonnet, le régiment de Vendôme et quelques autres sur le chemin de Celleneuve, et les troupes du connétable de Lesdiguières sur le tertre qui est au-dessus de la porte de la Saunerie.
-Les assiégés opposaient à l'armée du roi de bons bastions autour de la ville, chacun avec son fossé et
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son glacis. Les pierres provenant de la démolition des églises et des faubourgs y avaient été employées, et, quant aux terrassements, les femmes et les dames de la ville y portèrent la hotte.
On fit sur le Peyrou un grand ouvrage et vers la porte Saint-Guilhem, du côté du jardin du roi, un bastion qui prit le nom de Saint-Jaumes. Devant la tour des Carmes on éleva un grand boulevard, désigné par l'armée du roi le bastion Blanc, pour le distinguer de celui qui se trouvait au-dessous de la porte de la Blanquerie, auquel on donna le nom de bastion Noir.
Pour communiquer plus aisément avec le fort Saint-Denis (aujourd'hui la Citadelle), on ajouta une corne qui servait à nettoyer les approches de cette hauteur. Depuis cet espace jusqu'à la porte de Lattes, les murailles de la ville, qui étaient en fort bon état, avaient une autre porte, appelée Montpelliéret. On y éleva un cavalier. A la porte de Lattes se trouvait aussi un autre bastion, ainsi que devant la tour Babotte.
Dans un conseil de guerre, tenu le i'^'' septembre, on résolut de se rendre maître du fort Saint- Denis. L'attaque eut lieu à deux heures du matin, et la facilité avec laquelle on s'empara de ce poste en fit négliger la garde. Dans la journée un trompette de la ville, étant venu réclamer les mors, remarqua qu'il n'y avait point de cavalerie et que les soldats étaient épars çà et là pour se rafraîchir. Ceux de la ville firent une sortie et s'emparèrent de nouveau du poste, après avoir tué Saint-Brés et Fabrègues, commandant les régiments de ce nom.
Le roi qui, du haut de son logis, regardait avec une lunette d'approche, vit bientôt que les assiégés avaient l'avantage sur ses troupes. Aussitôt tous les seigneurs qui l'entouraient prirent des chevaux et coururent à toute bride vers Saint-Denis. Le duc de Fronsac et le duc de Montmorency y arrivèrent,
n'ayant d'autres armes que leurs épées. La mêlée fut bientôt si grande que Montmorency ayant fait prisonnier Carlencs, cavalier des ennemis, le donna en garde à leur infanterie, sans la reconnaître. D'Argencour, qui était du nombre, n'ayant pas voulu tuer le duc de Montmorency, comme il le pouvait aisément, se contenta de lui dire : « Monsieur, il ne fait pas bon pour vous ici, retirez-vous parla ». Mais, comme il se retirait, le duc reçut deux coups de pique dont il fut plus de quinze jours à se guérir. Le duc de Fronsac fut tué presque en arrivant, ainsi que d'autres seigneurs. Le sieur de Combalat, neveu de feu le connétable de Luynes, ayant été pris et conduit dans la ville, y fut tué de sang-froid.
Bassompierre, voyant ce désordre, courut au quartier des Suisses, dont il était colonel, et les fit marcher sur les ennemis qui poursuivaient les soldats jusqu'au Merdanson. Ils montèrent résolument jusqu'au haut du fort Saint-Denis et les gens de la ville se retirèrent alors, après plusieurs décharges de mousqueterie. On résolut de fortifier ce fort, mais l'exécution en ayant été différée, les assiégés trouvèrent plus de facilité à s'y retrancher, et l'occasion fut perdue d'attaquer la ville de ce côté.
Dans ce même temps, les assiégés firent une sortie au bas du Peyrou, vers le quartier de Montmorency. Zamet, maréchal de camp, voyant ses soldats reculer, accourut, mais un coup de canon parti du Peyrou tua son laquais, emporta la fesse de Coudroy et le ventre de son cheval, tua celui du sieur Zamet et lui brisa la cuisse, ce dont il mourut six jours après.
Les assiégés qui, depuis la journée des Moissonneurs, l'appelaient le Grand Mahomet, faisant allusion à son nom de Zamet, reconnurent, du haut de leurs bastions, avec leurs lunettes, qu'il avait été renversé par leur canonnade. La joie qu'ils en éprouvèrent leur fit pousser un grand cri et ils dirent souvent : Voyez, voyez le Grand Mahomet par terre,
sous LE RÈGNE DE LOUIS XIII (1622) 139
La faute commise par les assiégés de négliger la porte de Saint Denis les obligea à faire de nouveaux efforts pour se rendre maîtres de l'ouvrage à cornes qu'ils y avaient construit. Dans la nuit du 4 au 5, Bassompierre fit dresser une barricade pour traverser le chemin qui était en vue de ces cornes, puis, se glissant le long du Merdanson vers le pont du Pila Saint-Gilles, il s'y fortifia. Un combat eut lieu le 10, à deux heures du matin. Les soldats reçurent l'ordre de mettre des chemises sur leurs armes. Les assiégés les ayant aperçus envoyèrent un sergent et plusieurs mousquetaires faire une salve sur eux pour les reconnaître. Sur un signal donné par quelques coups de canon, les soldats partirent d'un tel élan qu'ils s'emparèrent des palissades et des cornes. L'épouvante fut si grande parmi les défenseurs que ceux-ci abandonnèrent, pour quelque temps, les bastions.
Cette victoire ne donna toutefois aucun avantage aux assiégeants ; l'armée dépérissait à vue d'œil ; les vivres renchérissaient dans les camps ; le fourrage manquait pour les chevaux ; les maladies sévirent considérablement, et les fruits de l'automne, les raisins et le vin nouveau firent mourir plus de soldats que les coups d'épée ou les arquebusades des ennemis.
Le roi fut obligé de faire venir de nouvelles troupes, ainsi que les vivres et munitions nécessaires, afin de pouvoir continuer le siège. D'Argencour avait profité de ce répit pour fortifier les bastions qui tenaient tête aux assiégeants, et les travaux qu'il exécuta parurent si surprenants que M. de Pontis fut traité de visionnaire lorsqu'il eut fait son rapport au roi. Une succession d'attaques montra aux assiégeants la valeur et le courage des défenseurs de la cité. Un historien affirme que les femmes de Montpellier, déguisées en hommes, combattirent très vaillamment.
Le duc de Rohan s'était rendu à Nîmes pour
MONTPELUHR
rassembler les troupes qu'il avait dans les Cévennes et dans le Vivarais, afin de marcher ensuite au secours de Montpellier.
Un grand orage vint combler les tranchées, et le Merdanson emporta plus de cent lansquenets qui, pour éviter les grandes chaleurs, ava ent construit des aménagements dans l'intérieur des rives.
Le 4 octobre, les assiégés firent une dernière sortie. Après avoir mis le feu aux gabions et tué les avant-gardes ennemies, ils furent repoussés jusqu'au pied des murailles.
Le connétable de Lesdiguières arriva au camp pour rendre compte au roi des conférences qu'il avait eues avec le duc de Rohan.
Le 10 octobre, on vit passer le ducde Rohan, avec un passeport de Sa Majesté pour entrer dans la ville. On publia une trêve, les assiégeants et les assiégés se visitèrent, et les dames de Montpellier vinrent se promener jusqu'aux avant-postes et se faire voir aux seigneurs de la Cour.
Le duc de Rohan partit le 13 pour faire savoir aux députés des Cévennes, de Nîmes et d'Uzès, qui se tenaient à Ganges, la résolution où l'on était à Montpellier d'accepter le traité qu'il avait arrêté avec M. de Lesdiguières. La paix étant donc résolue, et la ratification des habitants de Montpellier en ayant été portée au roi, le duc de Rohan se rendit, le soir même, au quartier du roi. Introduit dans la chambre de Sa Majesté, il se mit à deux genoux, demandant pardon d'avoir porté les armes contre son service. Le roi lui répondit qu'il fût plus sage à l'avenir et lui promit d'oublier les choses passées.
Le lendemain, 19 octobre, le duc de Rohan rentra dans MontpeUier et amena au roi le gouverneur de la ville, les députés des Cévennes, qui devaient venir demander pardon à Sa Majesté et la supplier d'accorder la paix. Les consuls vinrent ensuite présenter les clefs de la ville dans un sac de velours bleu.
Sous LE RÈG>Î1' DË LOUIS XIII (1622)
Le même jour, le connétable de Lesdiguières rentra dans Montpellier avec les maréchaux de Bassompierre et de Créqui, pour y établir les gardes françaises et les Suisses.
Le lendemain, 20 octobre, les troupes étrangères, qui avaient servi pendant le siège, sortirent de la ville, au nombre de douze cents hommes, en fort bons équipages, et prirent le chemin des Cévennes. L'après-midi, le roi, après avoir visité le fort Saint- Denis, rentra dans Montpellier par la porte de Lattes, au bruit d'une double salve de quarante-trois pièces de canon. Les consuls le reçurent à la porte avec le plus d'appareil possible.
Louis XIII demanda à quelle église il pourrait rendre grâces à Dieu de la victoire qu'il lui avait accordée. Comme les églises avaient été toutes démolies, les catholiques zélés proposèrent de s'emparer du Grand-Temple des huguenots et de le convertir en église ; mais le roi ne voulant pas effaroucher la ville qui venait de se soumettre, fut d'avis que l'on se servît de la loge des marchands. Elle fut préparée pour le dimanche suivant. Ensuite Ton fit une procession générale -, toutes les maisons furent indistinctement pavoisées. Le roi suivit cette procession un cierge à la main et partit le soir même pour aller coucher à Aimargues.
Les articles concernant la paix portaient en substance : Que l'Edit de Nantes serait observé dans toute sa teneur; « Que, par cy après, il n'y aura ny gouvernement, ny garnison dans la dite ville, ny aucune citadelle bastie, ainsi Sa Majesté veut et entend que la garde de la dite ville demeure ès mains des Consuls et n'y sera rien innové. »
Le siège de Montpellier avait duré du 2 août au 19 octobre, soit 77 jours. Les assiégés avaient, dans plusieurs sorties, montré le plus grand courage, et la paix honorable qu'ils obtinrent, ils la durent à leur énergie et surtout à l'exaltation de leurs croyances.
Montpellier
MONTPELLIER PENDANT LES GUERRES DE RELIGION
sous LE RÈGNE DE LOUIS NUI DEPUIS LE SIÈGE DE MONTPELLIER JUSQU'a LA MORT DE CE ROI (1622-1643)
Retour du duc de Roliaii. — Il reçoit l'ordre de quitter la ville. — Démolition des fortifications. — Mesures du gouverneur contre les religionnaires. — Armoiries de Montpellier. — Tentative du duc de Rohan pour s'emparer de la Citadelle (1628). — Terribles représailles : 63 soldats protestants sont pendus k la porte de la Saunerie. — De Rohan fait pendre 63 prisonniers faits à Montpellier. — Refus des religionnaires d'accepter de faire partie du Consulat. — Séjour du cardinal de Richelieu à Montpellier (1629;. — Sa visite au Jardin des Plantes — Il rétablit les Jésuites. — Il préside à l'union de la Cour des Aides et de la Chambre des Comptes. — Il fait suspendre les travaux de la citadelle et ceux de l'église de la Canourgue. — Sa visite à l'église Saint-Pierre. — Il ordonne de rebâtir l'église N.-D.des-Tables. — Grande peste de 1629. — Dévouement de François de Ranchin et c'a l'évêque Fenouillet. — Passage de Louis XJI à Montpellier (1632). — Destruction de la forteresse de Maguelone (1632). — Hercule de Barry, fils de Françèse de Cezelly, remporte à Leucate une victoire sur les Espagnols (1637). — Petite peste de 1640. — Mort de François de Ranchin. — Troisième visite de Louis XIII à Montpellier (1642). — Passage du cardinal Richelieu et Mazarin. — Cinq-Mars prisonnier à la citadelle. — Réponse de Don Pedro, général en chef des Espagnols. — Mort de Richelieu (1642) et de Louis XIII (1643).
Le duc de Rohan revint, quelques mois après, à Montpellier, afin d'éluder la nomination des consuls qui devaient être mi-partie catholiques et mi-partie protestants, mais il reçut un ordre du roi de quitter
sous LE RÈGNE DE LOUIS XÎII {1627) 143
Montpellier et de n'y point revenir sans une permission expresse. Après son départ il fut réglé que le premier, le troisième et le cinquième consuls seraient catholiques et les trois autres huguenots. Le baron de Castries fut désigné comme premier consul. Sous son consulat on rouvrit la chapelle de l'Hôtel de-Ville, qui avait été fermée pendant soixante ans.
Après le départ du roi, on détruisit les fortifications et les ouvrages avancés qui avaient le plus résisté au siège. Les habitants y travaillèrent par corvées, de sorte qu'en moins de deux mois, la ville fut à peu près réduite aux temples, murailles, tours et fossés qu'elle avait avant le siège. Le jardin du roi, qui avait été détruit lorsqu'on avait voulu se préparer au siège, fut mis dans l'état où il est aujourd'hui, et François Ranchin, chancelier de l'Université, y apporta tous ses soins. Malgré la déclaration générale, M, de Talence, gouverneur de la ville, s'employa pour obtenir du conseil l'autorisation d'y bâtir une citadelle.
Louis XIII fut si satisfait de voir qu'il n'avait plus rien à craindre des habitants qu'il leur accorda dix sols à prendre sur chaque minot de sel, applicable moitié au paiement des dettes de la ville et moitié à la construction de la cathédrale et des autres églises du diocèse.
Les protestants du Languedoc crurent devoir profiter de la guerre que le roi avait alors en Italie pour reprendre les armes. M. de Talence, gouverneur de Montpellier, craignant qu'une partie des religionnaires de la ville ne profitât de l'absence des troupes qui devaient partir pour aller faire le siège de Sommières, s'assura du plus grand nombre, fit changer tous ceux qui avaient la garde des portes, ordonna de mettre dehors les gens sans aveu, et fit braquer les canons de la citadelle contre la ville.
Le marquis de Fossez, nommé gouverneur, en
remplacement de M. de Talence, appelé à la cour, y lit son entrée le 9 de ce mois. Il obtint du conseil général qu'on rétablit les anciennes armoiries.
Les armes de Montpellier étaient la Vierge, assise sur une chaise antique d'or, tenant le Petit- Jésus entre ses bras, ayant sous ses pieds un écusson, chargé d'un tourteau de gueules, que nos anciens Guillaumes avaient pris pour armes dans leurs expéditions à la Terre-Sainte.
En 1628, le duc de Rohan fit une tentative pour s'emparer de la citadelle. Le seigneur de Bretigny avait confié ce projet à un de ses proches parents, le baron de Mélay, qui commandait un bataillon de Normandie dans la citadelle, et lui avait proposé deux cent mille écus et k lieutenance générale. Le baron de Mélay prévint M. de Fossez, gouverneur de Montpellier, et ils projetèrent ensemble de faire tomber M. de Rohan dans le piège.
Le 9 janvier, à minuit, heure convenue, Bretigny partit avec cinquante des plus braves officiers de l'armée du duc pour aller se saisir de la porte du cheval de frise qu'on devait lui ouvrir, et le duc de Rohan le suivit de près avec deux ou trois mille hommes. M. de Fossez avait fait prendre les armes à tous les soldats des deux régiments de Picardie et de Normandie, dont le nombre s'élevait à deux mille huit cents hommes ; il en disposa huit cents dans la ville, aux principales avenues des rues, avec ordre de tuer tous les bourgeois' qui sortiraient de leurs maisons ou qui voudraient se jeter par dessus les murailles. Il mit douze cents hommes aux trois ouvrages de l'Esplanade, où il fit faire de grands retranchements ; il prit avec lui les autres huit cents qu'il disposa, partie vers la porte du cheval de frise, partie vers l'Esplanade, et pointa tous ses canons vers ces deux cotés.
Bretigny se présenta, sur les cinq heures du matin, à la porte de secours qu'il trouva la première
sous LE RÈGNE DE LOUIS XIII (1628) i 4^
ouverte, et ayant passé le pont-levis, il heurta doucement à la seconde qui était fermée, croyant que le baron de Mélay était derrière pour lui ouvrir. Il lui fut répondu par un sergent que le baron de Mélay était allé faire un tour au corps de garde, mais qu'il allait revenir pour le recevoir. Cependant, ajouta-t-il, serrez-vous et mettez-vous en bataille. L'ingénieur de la place, sans attendre l'ordre, coupa, avec sa hache, la corde du cheval de frise. Ceux qui se trouvaient dessus tombèrent dans la chausse-trappe, èt les autres restèrent entre le pont-levis et la herse.
Le duc de Rohan voyant que la partie était manquée et qu'on lui tuait tous ses gens à coups de canon, les fit retirer par le Pont-Juvénal. Le seigneur de Bretigny et Courteilles, son frère, étaient enfermés entre les deux portes du cheval de frise. On rapporte que M. de Fossez, l'ayant aperçu, lui dit : « Vous croyez donc, monsieur, nous prendre pour dupes? A quoi il répondit que c'était bien lui qui les avait dupés. Mais patience, ajouta M. de Fossez, c'est le sort de la guerre. Bretigny reçut un coup de pistolet dans la tête ; on en fit autant à son frère et aux autres et l'on ne fit grâce qu'à une douzaine, qui furent fait prisonniers, au nombre desquels était Verchand, enfant de la ville, homme de grand cœur et de bonne famille.
'< Quand à ceux qui étoient tombés dans la chassetrape, on leur jeta des pierres pour les assommer, ce qui fit que Cadet, bâtard du Mélay, qui étoit du nombre, cria de toutes ses forces pour se faire connoître, et demanda qu'on lui jetât une corde pour le retirer ; mais ses compagnons crièrent de leur côté qu'ils le poignarderoient si on ne leur promettoit la vie et voyant qu'on ne leur donnoit aucune parole, ils lui donnèrent plusieurs coups-de-dague, dans le tems qu'un le tiroit avec une corde, dont il ne mourût pas pourtant, ensuite on assomma tous les autres ; et ainsi finit cette funeste tragédie. »
HisT. DE Montpellier 10
La guerre incessante que le duc de Rohan entretenait dans le Midi contre les troupes du duc de Montmorency amena des représailles terribles dans les deux partis. Cinq ou six cents hommes qui s'étaient rendus à discrétion à Galargues furent condamnés aux galères et les soixante-trois officiers condamnés à être pendus,
« Ceux des prisonniers qui étoient les mieux vêtus se débitèrent pour officiers, quoiqu'ils ne le fussent pas, espérant d'en être mieux traitez, mais leur vanité leur coûta cher, car ils furent soixante-trois condamnez à être pendus. On prit jour au 3® de novembre après-midi pour cette exécution et l'on choisit l'île dite de Barrière, hors la porte de la Saunerie, dans le même lieu où l'on a bâti depuis la nouvelle église de Saint-Denis. Là, sur trois rangs, de gros soliveaux soutenus par des pieds droits qui tenoient toute la largeur de l'aire, on expédia ces misérables qui donrtoient un spectacle bien touchant; mais particulièrement le fils de M. de Laroque, gentilhomme des Cévennes, âgé de quatorze ou quinze ans, qui fut obligé. d'assister au supplice de son père, l'un des deux chefs de la bande ; Valescure, son collègue, ayant pris la fuite après que M. de Rohan eut refusé de signer la capitulation.
« M. de Rohan ayant appris cette exécution, en fit faire autant à soixante-quatre des principaux prisonniers qu'il avoit faits à Montpellier, qui furent tous pendus à Anduze, le huit, le neuf et le dix de novembre. »
L'élection des consuls produisait, chaque année, un mouvement dans les deux partis. M. de Fossez, gouverneur de la ville, offrit aux religionnaires, en 1629, de les comprendre dans le rôle, mais ils refusèrent, sur le prétexte qu'on avait mis aux armoiries de la ville l'image de la Vierge.
Le séjour du cardinal de Richelieu à Montpellier, du 18 au 26 juin en 1629 fut d'abord marqué
sous LE RÈGNE DE LOUIS XIII (1629)
par une visite au jardin du roi, où il conduisit toute sa cour. Le lendemain, 20 juin, il fit rétablir les Jésuites dans l'ancien collège (actuellement le lycée).
Le samedi 21 on procéda à l'union de la Cour des Aides et de la Chambre des Comptes (i), ordonnée par lettres patentes du roi Louis XIII.
Le dimanche 22, le cardinal fit arrêter par les maréchaux de France les travaux de la citadelle, du côté de la ville, et ordonna la démolition des remparts qui se trouvaient de ce côté. Il fit suspendre les travaux de l'église de la Canourgue, commencés par Mi'" de Fenouillet, et confia les réparations de l'église Saint-Pierre à l'architecte de la ville, Froment, pour la somme de vingt-sept mille livres, sous la direction du Président Beaudon, chez qui il était descendu.
Il ordonna aussi de rebâtir l'église de Notre-Dame des Tables, mais ce projet ne fut exécuté que quelques années après. Il alla coucher le soir à Frontignan pour se rendre de là à Montauban.
Après son départ, la peste se déclara à Montpellier. Elle éclata en juillet et, durant huit mois, elle emporta plus de deux mille personnes. Elle valut à l'année 1629 le nom d'année de grande peste. Le premier consul , François de Ranchin , et ses collègues, MM. Delort, Cortaud, Rivière, Durranc et Chassignon dont les noms méritent d'être conservés à la postérité pour le service important qu'ils rendirent à leur patrie, se dévouèrent au soin des pestiférés et, ayant pris pour chirurgiens de l'épidémie les sieurs Fourny, Estanove, Pomaret et quelques autres, ils travaillèrent tous de concert avec François de Ranchin, dont il est juste de rappeler le grand dévouement. L'évêque de Fenouillet se distingua aussi par son courage. Quant aux chanoines, ils avaient abandonné la ville, ainsi qu'un grand
(i) La fresque de la grande salle du Palais de Justice de Montpellier, peinte par M. Ernest Michel^ rappelle cet événement.
Montpellier
nombre de personnes qui ne rentrèrent à Montpellier qu'en 163 1.
Louis XIII se rendant à Toulouse, après la bataille de Castelnaudary, dans laquelle le duc de Montmorency avait été fait prisonnier, arriva à Montpellier avec la reine, le 22 septembre 1632, et y séjourna douze jours.
La forteresse de Maguelone fut abattue par ordre du roi, de crainte que les religionnaires ne vinssent à s'en emparer. Cette démolition fut la suite d'une mesure générale prise par Richelieu contre d'autres forteresses du pays.
La ville de Montpellier prit part, en 1637, ^ l'^ittaque du camp retranché des Espagnols, près Leucate, où commandait Hercule de Barry, fils de Françèse de Cézelly. L'évêque de Montpellier y avait envoyé 400 hommes. Laclotte eut la conduite des milices de Montpellier, auxquelles on donna le nom de régiment. Cette victoire valut au duc d'Alcuin, gouverneur de Montpellier, le bâton de maréchal de France, et le roi voulant perpétuer le nom du maréchal Schomberg, mort depuis peu, lui fit prendre ce nom.
La nouvelle guerre avec l'Espagne amena à Montpellier, en 1640, au retour des troupes du Roussillon, la maladie du camp, qui dégénéra en une peste. La cour des Aides se changea à Frontignan, les Trésoriers de France allèrent à Gignac, les chanoines à Aniane, et tous les habitants qui en eurent le loisir quittèrent la ville. On donna à cette épidémie le nom de petite peste, pour la distinguer de celle de 1629. Elle emporta François de Ranchin.
Louis XIII, se rendant à Perpignan, ht une troisième visite à Montpellier le 6 mars 1642. Les consuls allèrent l'attendre, en robes rouges, au Clos d'Aguillon. Le roi logea chez le président Beaudon. Le lendemain, le cardinal de RicheHeu et Mazarin, qui venait de recevoir le chapeau de cardinal, passaient à Montpellier.
sous DE RÛGNE DU LOUIS XIII (1640)
On fut surpris, quelques jours après, de voir arriver comme prisonnier d'Etat, M. de Cinq-Mars qu'on avait vu tout récemment avec le roi dans le même carosse. On mit tout en œuvre pour le faire évader de la citadelle, où il avait été enfermé, par le moyen d'un enseigne de la garnison qui avait attaché une échelle de corde au parapet d'un bastion, par où le prisonnier pou^'ait descendre. Le courage manqua à Cinq-Mars, car, après être sorti de sa prison par une fenêtre en pierre sèche qui donnait sur un couvert, il fut effrayé du bruit que faisait l'officier qui l'avait en garde et au lieu de continuer sa marche pour gagner le bastion, il se contenta de se cacher derrière un tuyau de cheminée, où il fut découvert.
Le général en chef de l'armée des Espagnols, Don Pedro d'Aragon, marquis d'El Povar, fait prisonnier par nos troupes en Catalogne, arriva à Montpellier et y resta pendant deux ans. Un roi de même nom, Pierre II d'Aragon, avait été seigneur de Montpellier, quatre cents ans auparavant. D'Aigrefeuille raconte que le maréchal de Brézé, chez qui il était logé, lui, ayant présenté M. de la Mothe Houdancour, auquel il venait de donner, de la part du roi, le bâton de maréchal de France, le marquis auquel cette vue rappelait le souvenir de sa défaite, lui dit fièrement : No es rey que loa liecho marescal de Francta^ es yo. (Ce n'est pas le roi qui l'a fait maréchal de France, c'est moi). Les soldats de son armée, qui avaient été faits prisonniers, furent conduits à Montpellier, où on les logea, au nombre de deux mille, sous des tentes, dans les fossés, en attendant qu'on les répartit en d'autres villes.
Cette même année, la reine-mère mourut à Cologne, le 3 juillet; le cardinal de Richelieu mourut à Paris le 4 décembre, et le roi Louis XIII ne lui survécut que cinq mois, étant mort à Saint-Germainen-Laye le 14 de mai 1643.
MONTPELLIÏR