‹ Histoire de MontpellierChapitre 36 sur 145 · MONTPELLIER SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

MONTPELLIER SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XIV

jusqu'à la révocation de l'ÉDIT de NANTES

Troubles à l'occasion de l'élection des consuls (1645). — Sédition des Partisans. — La Cour des Aides est transférée à Carcassonnc. — Procès et exécution de deux femmes arrêtées lors de l'affaire des Partisans Ci647). — Lettres d'abolition et de pardon du roi. — Passage du prince de Condé. — Rétablissement de la Cour des Aides à Montpellier. — Incidents au sujet de la cérémonie de la prestation de serment des consuls. — Duel entre le baron de Brissac et M. de Toiras. — Les consuls sont tous catholiques en (1653). — Duel entre le baron de Brissac et le vicomte d'Aubijoux. — Les consuls sont mis en prison (1653). — Le comte de Roure, gouverneur de la ville, crée la promenade du cours (boulevard Gambettai. — Passage du roi Louis XIV de la reine-mère et du c<irdinal Mazarin fi66o). — Le marquis de Castries est nommé gouverneur de la ville. — Retour du roi à Montpellier. — Emprunt de la ville. — Exécution de Jacques Roure, chef des religionnaires (1670). — Premier opéra représenté à Montpel'ier (1678). — Fondation de l'œuvre du Prêt Gratuit à Montpellier (1684). — Démolition du Grand Temple (1682) — Arrivée à Montpellier de Basville, intendant de Languedoc.— Révocation de l'édit de Nantes (1685).

L'année 1645 pleine de troubles qui commencèrent le I®'' mars, à Toccasion de l'élection des consuls. Un ordre du roi et du duc d'Orléans prescrivait de nommer comme premier consul Richer de Belleval, chancelier de TUniversité, préalablement à tout autre. Le conseil protesta ; il restait, en effet, si peu des usages et privilèges de la ville; mais voyant qu'il ne pouvait résister à l'autorité du roi, il nomma celui qui lui était désigné. On envoya à Toulouse le second et le quatrième consul pour empêcher les

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lettres d'appel de cette élection, et un courrier à la cour; mais M. d'Aubijoux, gouverneur de la ville, avait pris les devants et, à leur arrivée à Toulouse, il y eut arrêt du conseil.

Les consuls obtinrent plus tard de faire prendre aux Etats de la province une délibération, par laquelle le roi et son altesse furent suppliés de laisser à la ville de Montpellier et autres du Languedoc leurs libertés et leurs privilèges, ce qui fut accordé.

On voit par cet exemple combien les communes du Midi tenaient à conserver le privilège de l'élection de leurs consuls, souvenir le plus ancien et aussi le seul de leurs libertés si chèrement conquises pendant le moyen âge.

Des troubles éclatèrent quatre mois après, à l'occasion des droits de joyeux avènement à la couronne du roi Louis XIV, que quelques particuliers avaient affermés. Les huissiers de la ville ayant refusé de leur prêter leur concours, ils firent venir des étrangers que les femmes de la ville chassèrent à coups de pierres jusqu'à Castelnau. Le peuple murmura et attacha un grand mépris à ces individus qu'on désigna du nom de Partisans.

Cette affaire n'eut pas de suites immédiates, mais la veille de Saint-Pierre, le sieur François Matheron, étant allé voir le feu de joie que l'on faisait, tous les ans, devant la cathédrale, fut appelé Partisan par une troupe d'enfants. Cette injure le fâcha si fort qu'il châtia l'un d'entre eux ; mais tous les autres étant accourus, lui firent lâcher prise à coups de pierres.

La querellé de cet homme avec ces enfants fut bientôt suivie de celle des mères de ces derniers. Une femme, nommée Monteille, touchée des pleurs de son fils, qui avait été battu, alla prendre une caisse pour assembler ses compagnes. Une d'elles, nommée Branl^ire, d'une grande taille, d'une mine résolue, se

mit à leur tête. Après avoir pillé plusieurs maisons, elles se dirigèrent au Logis du Cygne, où les commis des Partisans étaient logés et brûlèrent leurs papiers. La dame Falguerole ayant fait tirer sur la troupe de ces femmes qui voulaient forcer sa maison, fut tuée d'un coup de fusil et ses meubles furent brûlés. D'autres maisons appartenant aux Partisans eurent le même sort. Un enfant fut tué misérablement.

Le maréchal de Schomberg, à la tête de ses gardes, A'int à la place des Cévenols, où il trouva des gens armés qui refusèrent de se retirer. Il ordonna de tirer sur eux, mais ceux-ci firent une décharge qui blessa plusieurs soldats et obligea ces derniers à s'enfuir vers la citadelle. Le maréchal aurait été infailliblement tué si un nommé Carrié, capitaine de sixain dans Montpellier, n'avait détourné le coup.

Le sang-froid du maréchal calma la sédition. Il parlait au peuple en Languedocien, ce qui lui gagna la bienveillance des femmes. On raconte que la Branlaire arrêta le cheval du maréchal par la bride et, comme celui-ci lui demandait ce qu'elle voulait faire de lui, elle lui répondit qu'on n'en voulait qu'aux sangsues publiques et nullement à un bon seigneur comme lui et l'engagea à se retirer.

Une chose qui le toucha beaucoup au commencement du tumulte, fut qu'ayant trouvé une bonne femme avec son enfant qu'elle pressait de marcher pour rejoindre les combattants, il lui demanda où elle allait. << A la mort, Monseigneur ! » réponditelle. « Mais qui vous presse de mourir?» lui dit le maréchal. « C'est, ajouta cette femme, pour mourir une bonne fois, afin qu'on ne nous donne pas la mort chaque jour, comme l'on fait en nous ôtant le pain à mon fils et à moi. » Le maréchal, ému par cette réponse, lui donna un écu d'or et la fit conduire dans la maison d'un bourgeois.

On négocia, et le maréchal de Schomberg publia une ordonnance portantdécharge avec main levée des

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saisies avec un ordre aux étrangers de quitter la ville. 11 avoua à ses amis que, dans les plus grands combats où il s'était trouvé, il avait moins appréhendé qu'en cette occasion, et il ajoutait en riant que, lorsqu'il récitait des litanies, il n'oubliait jamais d'y mettre ; A furore popiili libéra nos Domine (De la fureur du peuple délivrez-nous Seigneur).

Le surintendant des finances lit entendre au Conseil du roi que la Cour des Aides n'était pas restée étrangère à ce mouvement contre les Partisans, et le Conseil fut d'avis qu'il fallait punir Montpellier par la démolition des murailles, mais on se contenta de lui enlever la Cour des Aides, ce qui devait priver la ville d'un fort revenu et faire rentrer dans les colfres du roi une grosse somme par des offices de crue, qu'on pourrait établir. La Cour des Aides fut donc envoyée à Carcassonne. Les officiers de ladite Cour, malgré Tédit, cherchèrent à se réunir au palais, ensuite chez le président Grasset, où ils tinrent une audience publique, les officiers étant assis sur des chaises à dos, les avocats sur d'autres sièges et les procureurs debout.

Sur ces entrefaites, M. d'Argenson, conseiller à la Cour, arriva pour faire le procès à ceux qui avaient été arrêtés pour cause de la sédition dite des Partisans. Deux femmes furent condamnées à être pendues, après avoir fait amende honorable, et leurs têtes furent exposées sur deux portes de la ville ; plusieurs autres furent condamnées par contumace à la potence ou à la roue.

Le maréchal de Plessy-Praslin, nouveau gouverneur, annonça aux consuls, qu'il avait fait appeler chez lui, Tordre du roi de leur délivrer des lettres d'absolution et de pardon au sujet de la sédition survenue à Montpellier, aux mois de juin et juillet de l'année 1645. En même temps, il remit entre les mains du sieur Duché, premier consul, les dites lettres d'absolution scellées du grand sceau.

Les consuls étant sortis se dirigèrent vers l'hôtel de ville, précédés de leurs trompettes et violons. Le premier portait à la main les lettres d'absolution. Ils se rendirent ensuite chez le comte d'Aubijoux pour le prier de mettre en liberté les prisonniers qui restaient encore dans la citadelle, puisqu'ils étaient compris dans les lettres de pardon, ce qui leur fut accordé sur le champ.

On alla, le soir même, chanter un Te Detim dans Téglise de Saint-Pierre, et Ton finit la journée par un grand feu de joie, au bruit du canon de la citadelle et aux cris redoublés de : Vive le roi et son Altesse royale !

Le 5 avril on vit arriver à Montpellier le prince de Condé qui avait gagné les célèbres batailles de Rocroy, de Norlingue et de Fribourg. 11 se rendait en Catalogne pour commander l'armée de France. Toutes les Compagnies de la ville s'empressèrent de lui rendre leurs devoirs, et les Etats de la Province députèrent auprès de lui cinq évêques, cinq barons et cinq consuls.

La chute de Fouquet, surintendant des finances, qui était hostile à la ville, amena le rétablissement de la Cour des Aides à Montpellier, grâce aux démarches qui furent faites auprès du roi.

La bourgeoisie, accompagnée de l'étendard des consuls de mer, au nombre de deux cent cinquante personnes, se rendit à Pignan pour y attendre les membres de la cour, à leur retour de Carcassonne. Les consuls majeurs, en robe rouge, se trouvèrent à la porte de la ville pour les recevoir et les féliciter. Le lendemain, 7 août, une grand'messe en musique fut chantée dans l'église de la Loge, qui servait encore de paroisse.

Pendant la cérémonie de la prestation de serment des consuls, en 16^1, tandis que le sénéchal, assis sur sa chaise, placée sur le marchepied de l'autel, Recevait U baguette des mains de M. de Merles, qui

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sortait de place, le juge-mage, accompagné des huissiers, se présenta pour assister à la cérémonie, selon les droits de sa charge. Il y eut de grandes discussions entre le sénéchal et le juge-mage ; on verbalisa, et, quelques jours après, M. de Toiras, neveu du sénéchal , attendit M. le juge-mage à son retour de la messe des pénitents et lui « baila des coups de baston en pleine rue ». D'un autre côté, le baron de Brissac, beau-frère du juge-mage, envoya demander raison à M. de Toiras, et il s*ensuivit un duel. Le vicomte d'Aubijoux, venant à Montpellier comme commandant, envoya arrêter le baron de Brissac, qui, prévenu par des amis, se retira, non sans avoir auparavant fait porter un cartel au vicomte d'Aubijoux.

Le duel entre le baron de Brissac et le vicomte d'Aubijoux eut lieu à Paris, sur la place Royale. Chacun d'eux s'y était rendu avec son témoin. Il se termina par la mort d'un des témoins.

La guerre civile entre la Fronde et Mazarin eut son contre-coup dans le Languedoc. A Montpellier, le vicomte d'Aubijoux, comme en 1644, sans procéder à une élection générale, garda, en 16^), tous las anciens consuls catholiques. La Cour des Aides, sous un prétexte frivole d'administration financière, fit emprisonner les consuls pendant trois jours,

L'année suivante, un arrêt du roi ordonna que tous les consuls seraient désormais catholiques.

Dans la même année, le comte de Roure, gouverneur de la ville et de la citadelle, voyant qu'il n'y avait point de lieu convenable pour se promener en carrosse, créa la promenade du Cours (aujourd'hui boulevard Gambetta). Il y fit planter quatre rangées d'ormeaux.

Louis XIV, à l'occasion de son mariage avec l'infante de Castille, passa à Montpellier le janvier 1660, accompagné de la reine-mère, de son frère, le duc d'Anjou, et du cardinal Mazarin. « Un

de ses aumôniers dut payer cinq livres cinq sols au curé de Notre-Dame, à raison de trente-cinq sols par coucher, ce qui est un droit de curé par tout le royaume où le roi couche. »

Le roi disposa du gouvernement de la ville et de la citadelle en faveur de René Gaspard de la Croix, marquis de Castries. Le roi revint à Montpellier, où il ne séjourna que deux jours ; il se rendait à Toulouse pour attendre l'époque de son entrevue avec Philippe IV, roi d'Espagne, et arrêter les conditions de son mariage. A cette occasion, le duc de Castries fit frapper deux médailles en or et en argent ; sur l'une d'elles était cette inscription de circonstance : Otieni Mars 7J011 poiuii vincere vincii amor (Celui que Mars n'a pu vaincre a été vaincu par l'amour).

Les guerres passées avaient mis la ville de Montpellier dans l'obligation de contracter de^s emprunts qui s'élevaient au delà de deux cent mille livres, ce qui était une forte somme pour l'époque. On aliéna à divers particuliers, pendant quatorze ans, la claverie ou levée de tailles ; trois deniers sur chaque livre de viande ; les deniers provenant de la vente du bois de la Valette, appartenant à la ville ; le droit de corretage qui consistait en droits du poids des foin, bois et charbon, mesurage de l'huile, des noix et châtaignes; cinq sols par quintal de cochon; le poids de la farine qui entrait tous les jours en ville ; le loyer des boutiques de l'Orgerie et de la Grande Loge.

Le 19 octobre 1670, Jacques Roure qui avait soulevé les populations du Vivarais et avait pris le titre de Généralissime des peuples opprimés^ fut arrêté au moment où il allait passer en Espagne. Conduit à Montpellier on le condamna à être rompu vif devant l'hôtel de ville.

Le corps de ce malheureux « resta vingt jours sur la roue sans se gâter ni se corrQmpre, soit que cela

sous LE RHGNe 'dE LOUIS XIV (1681) 1 57

vînt de la force de son tempérament, ou des premiers froids du mois de novembre. »

Pendant la réunion des Etats de la province, assemblés à Montpellier en 1678, M. le cardinal de Bonzy, pour célébrer la paix de Nimègue, donna chez lui le premier opéra qu'on eût vu dans Montpellier, ce qui plut extraordinairement à tout le monde, tant par la grâce de la nouveauté que par l'exécution.

L'œuvre du Prêt Gratuit de Montpellier date de 1684. C'est en cette année que Mgr Pradel, évêque de Montpellier, la fonda sous le nom de Confrérie du Prêt-Charitable ou de Confrérie du Mont-de-Piété, et lui donna les statuts qui la régissent encore.

Jean Courdurier, premier avocat général à la Cour des Aides, contribua puissamment à la fondation de l'œuvre du Prêt -Gratuit.

Depuis sa fondation le nombre des personnes secourues dépasse deux cent cinquante mille. La somme prêtée a été de plus de neuf millions. Jamais l'œuvre n'a demandé ni accepté la plus légère rétribution en échange de ses services (i).

Un grand nombre de religionnaires abjurèrent en 1681, et, parmi eux, quelques-uns occupant des fonctions très élevées : M. Clausel Rouquairol, conseiller-doyen de la Cour des Comptes, Aides et Finances de Montpellier, M. Cambacérès, conseiller à la dite cour, M. Roux, Trésorier de France, etc.

La démolition du seul temple des protestants qui restât à Montpellier, fut ordonnée par le roi, en 16S2. Voici dans quelles circonstances :

Une demoiselle Isabeau Paulet, fille d'un ancien ministre d'Uzès, et alors conseiller au Présidial de Montpellier, avait abjuré comme son père; mais, deux ans après, étant revenue à Montpellier (elle

fi) Histoire du Prèt-Graliut de Montpellier (1684-1801), par M. MaïKlon. v • / ; 1

avait alors douze ans), sur les conseils de sa mère restée fidèle à ses anciennes convictions religieuses, elle alla au prêche et fut reçue à la Cène.

Le Parlement de Toulouse condamna par défaut la demoiselle Paulet à faire amende honorable, le ministre à cesser ses fonctions, et le temple à être démoli. Cet événement fit un grand bruit dans le royaume et dans toute l'Europe. Le Parlement de Toulouse néanmoins commua la peine de l'amende honorable en une prison perpétuelle ou à la réclusion dans un monastère. Mais cette jeune fille ayant abjuré entre les mains de l'archevêque de Toulouse et écrit à son père que tout ce qu'elle avait fait l'avait été à la sollicitation des huguenots, le roi lui accorda une pension de mille livres et mille écus d'argent comptant, pour se marier avec un avocat de Toulouse.

Le duc de Noailles présida à la démolition, opérée par soixante maçons que fournirent les consuls. Ce temple était fort grand et fort ancien, ayant été bâti en 1 583. Le grand arc qui le traversait en long portait cette inscription, placée au-dessus d'un phénix : Ex Cinere vires colligo.

Sous l'influence du cardinal de Bonzy et du duc de Noailles qui étaient arrivés de la cour pour la tenue des Etats de Languedoc, un grand nombre de protestants se convertirent à la religion catholique. La révocation de l'Edit de Nantes (12 octobre 1635) enregistrée à Montpellier le 27 du même mois, augmenta les conversions, mais, malgré les conférences et les prédications dans l'église de Notre-Dame et l'église des Jacobins, la plupart ne furent pas durables.

A cette époque le nombre de religionnaires à Montpellier était de 4.500 environ.

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XXIU

MONTPELLIER PENDANT LES GUERRES DE RELIGION

DEPUIS LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTES jusqu'à la mort de louis XIV

De Basville est nommé intendant de Languedoc. — Conversions de religionnaires. — Persécutions religieuses. — Exécution d'un enfant de 18 ans. — Prédicatication du P. Bourdaloue. — Fuite d'un grand nombre de protestants. — Mort de la dame Carquet.

— Construction delà promenade du Peyrou. — Porte du Peyrou. — Première représentation d'opéra. — Création d'une bourse de marchands (1691). — Don au roi de 60,000 livres (1692;. — Création d'un maire perpétuel. — Election des consuls. — Droits de lods. — Impôts sur le vin. — Hiver rigoureux de 1694. — Foire riu Pont Juvénal (1694). — Construction des casernes ; 1698). — Ouverture du canal du Lez '1697). — Eclairage par les lanternes (1697^. — Exécution du pasteur Claude Brousson (1698). — Rixe entre les oificiers et les vignerons (1698;. — Achat de la fonction de maiïo perpétuel par la ville (1699).— Passage des princ s, duc d'Anjou, duc de Bourgogne.

— Cérémonies des fêtes du jeu de l'arc (1701). — Passage de la reine d'Espagne et du roi d'Espagne (1702). — Arrestations de religionnaires. — Conseil de guerre tenu à Montpellier (1704). — Vente des charges de trois consuls (1704). — Création de la Chambre de Commerce (1704). — Achat par la commune des charges de maire (1707). — Exécutions d'un étranger et de Castanet prédicateurs protestants (1705). — Etablissement de la Société des Sciences (1706;. — Hiver rigoureux en J709, — Flotte des Anglais à Maguelone (17 10). — Exécutions au Peyrou de deux religionnaires. — Défense aux femniôs de se vêtir de toiles peintes, dites indiennes (1714)

Quelques mois avant la révocation de TEdit de Nantes, le roi nomma Nicolas de Lamoignon, seigneur de Basville, intendant de Languedoc. Il s*oc-

cupa, avec le cardinal de Bonzy et le duc de Noailles de ramener à la religion catholique les religionnaires, dont six mille se convertirent. Tout ceux qui étaient pris dans des réunions clandestines étaient envoyés dans les prisons du fort de Brescou ; on les embarqua ensuite à Marseille pour former des colonies dans la Nouvelle-France.

Les persécutions religieuses continuèrent pendant plusieurs années. Le 15 janvier 1690, un enfant de 18 ans, Olivier, fut pendu pour avoir prêché, baptisé et imposé des ministres.

Le P. Bourdaloue, prédicateur ordinaire du roi, vint prêcher le Carême de 1686 ; il était si fort goûté que les nouveaux catholiques se rendaient, écrit d'Aigrefeuille, dès huit heures du matin, à St-Pierre, bien que le sermon ne dût commencer qu'à dix heures et demie.

Mais tous ces moyens et d'autres ne réussirent qu'à l'égard d'un très petit nombre de protestants. Quelques-uns d'entr'eux allèrent jusqu'à affirmer, par des déclarations publiques, leur volonté de mourir dans leur ancienne religion. Pour l'exeriiple, on appliqua à deux ou trois la rigueur des édits contre les relaps, mais on dissimula sur bien d'autres.

Les femmes des reformés se signalèrent par la fermeté de leurs convictions. L'une d'elles, nommée La Feuillade, engagea ses semblables à aller chercher dans les pays étrangers la liberté qu'on leur ôtait en France. Un Génois, sous le prétexte de faire venir des confitures, des citrons et autres fruits de son pays, eut le crédit de se procurer une barque à Pérols, Il recevait de nuit les femmes et les filles de Montpellier. Le Génois fut condamné aux galères, mais malgré tout ce que l'on put faire par la suite pour y mettre empêchement, un grand nombre de personnes se retirèrent à Genève, en Brandebourg et en Angleterre.

Une dame (>arquet, convertie au catholicisme et

sous LE règMe de louis XIV (1692) i6r

gravement malade, ayant refusé les sacrements, l'évêque Pradel se transporta chez elle et lui dit que, si elle persistait dans cette résolution, elle serait traînée sur une claie, dans les rues, par le bourreau, qui conduirait son corps à la voirie. Cette dame étant morte le 19 septembre, son corps fut porté au Palais de Justice, après avoir été embaumé, et le procès ayant été fait aLi cadavre, on le condamna à être traîné sur une claie et jeté à la voirie, ce qui fut exécuté par le bourreau, le même jour.

On s'occupa, les années suivantes, de l'édification de la promenade du Peyrou, d'après les dessins de d'Aviler, ainsi que de l'arc de triomphe.

Q.uelque temps après avoir élevé la promenade du Peyrou, qui avait coûté 60.000 livres, on édifia la porte du Peyrou dont la dépense s'éleva 9.200 livres.

L'opéra, vint pour la première fois, à Montpellier. La première représentation eut lieu au Jeu de Paume, et Ton y joua successivement l'opéra d'Amadis, Bellérophon, Phaëton, Alceste et nombre d'autres.

La Bourse commune des marchands fut établie en 1691, à l'instar de celle de Toulouse, Elle jugeait en première instance tous les procès entre les marchands et les négociants de la Généralité de Montpellier. On supprima les Consuls de mer qui avaient régi le commerce de Montpellier depuis l'origine de cette ville.

Les guerres de Louis XIV coûtaient à la France des sommes considérables. MontpeUier, en 1692, fit au roi un don de soixante mille livres.

La même année, on créa une charge de maire perpétuel, à la place du premier consul, qui n'était en charge que pendant un an. Georges de Bellevue, président en la Cour des Aides, poussa les offres jusqu'à la somme de quarante mille écus, avec les deux sols par livre. Le même édit établissait six assesseurs adjoints de premier rang et six de second rang, au prix de six mille livres chacun, pour le pre-

HisT. DE Montpellier h

mier rang, et de quatre mille livres chacun pour le second rang. Avec les deux sols par livre, cette somme s'élevait à 198.000 livres.

Le nouveau maire assembla les électeurs, le 26 du mois de mars 1693, dans la salle de THotel-de-Ville, pour l'élection des consuls. Henri de Ranchin fut nommé premier consul. Ayant reçu la baguette des mains du maire, lors de la prestation de serment, il fit ses visites avec la baguette à la main, mais on envoya la lui demander dès le soir même, ce qui donna lieu, en fin de compte, à une ordonnance rendue par de Basville, qui cassait l'élection du premier consul. Ce dernier partit pour Paris, afin de se pourvoir en Conseil du roi, mais, à peine arrivé, il apprit que le Conseil avait confirmé l'ordonnance de l'intendant, qu'il était interdit de sa charge de Conseiller en la Cour des Comptes, Aides et Finances. Un mois après, il fut rélégué au château de Saumur, jusqu'à nouvel ordre,

Le roi transmit à la ville son droit de lods (i) moyennant la somme de 226.000 livres, que la ville emprunta. Cet emprunt donna lieu à un impôt sur le vin qui ne fut établi que pour un temps, et qui dure pourtant depuis cette époque.

L'hi\^er de 1694 fut des plus rigoureux, et la misère devint si grande qu'un grand nombre de pauvres périrent dans la province. Le mauvais temps dura jusqu'au mois de mai. Alors survint une pluie abondante qui fut le présage d'une bonne récolte.

Le 2 novembre se tint la première foire du Pont Juvénal. Elle s'ouvrit par une procession. Durant les trois jours, on offrit des prix pour être gagnés à la course, ce qui attira un grand nombre de personnes de la ville et de la campagne.

Les Etats de 1695 décidèrent la construction des casernes, qui furent terminées en 1698. Le soir même

(t) Impôt d'un douzièmé sur les bieus roturiers.

sous LE RÈGNE DE LOUIS XIV (1694)

OÙ les soldats y entrèrent, quelques -uns d'entre eux, ayant un peu trop bu, rencontrèrent un pauvre homme qui revenait de la coupe du blé et passait devant les casernes; ils l'invectivèrent et lui donnèrent un coup d'épée mortel. Le meurtrier fut saisi et pendu devant les casernes, en sorte que leur entrée dans cette maison fut scellée du sang d'un habitant et d'un soldat.

Le canal du Lez commencé en 1675 fut terminé en 1O97. La marquise de Grave, fille et héritière du président Solas, qui en avait été l'acquéreur, établit une foire à cette occasion.

C'est le 20 novembre 1697 que les lanternes commencèrent à être allumées dans les rues. Cet éclairage subsista jusqu'à l'installation du gaz.

Claude Brousson, un des chefs politiques des religionnaires, qui avait, pendant plus de quinze ans, parcouru les Cévennes, la Hollande et la Suisse, cherchant à organiser la résistance, fut arrêté à Oloron et conduit à Montpellier, où il fut condamné, le 4 novembre, au supplice de la roue (1698).

Au mois d'octobre, des officiers sortant du cabaret se prirent de querelle avec des vignerons et dégainèrent. Une rixe s'ensuivit ; les soldats qui étaient de garde chez le commandant ayant été appelés, firent une décharge. Deux habitants furent tués et plusieurs autres blessés. Les vigueron^ attaquèrent avec leurs bâtons la garde et les officiers ; ils leur lancèrent des pierres et les poursuivirent dans la ville. Ils laissèrent mort sur la place un neveu du sieur de Ginestous qu'ils avaient pris pour un officier. M. de Basville se fit porter en chaise à la place du Petit-Temple, où il fut bientôt environné d'hommes et de femmes qui lui demandaient justice de la mort des deux hommes, dont l'un laissait sept enfants. M. de Basville reconnut que les officiers avaient tort et en fit conduire deux à la Citadelle (1698),

La mairie perpétuelle fut rachetée par la ville au prix de 135,442 livres qui fut remboursé au sieur de Belleval lequel aurait dû l'être par le roi. On créa une charge de lieutenant de police et d'ofticiers subalternes. Cette charge fut payée par la ville au roi 110,000 livres. La place de premier consul ne fut désormais conférée qu'à un gentilhomme ou à un noble faisant profession des armes (1699;.

Le passage du duc d'Anjou, du duc de Bourgogne et du duc de Berry, héritiers du trône d'Espagne, donna lieu à des réjouissances publiques. On organisa, avec un grand cérémonial, les fêtes du jeu de l'arc. Les princes se divertirent en jouant au mail dans le parc de l'évéque de Montpellier. On leur oflfrit, à leur retour en ville, une magnifique collation. De leurs fenêtres ils regardèrent tirer au perroquet, et, sur le soir, ils se rendirent à l'Opéra, où les dames étaient invitées. Ils firent donner 120 louis (2,400 francs) aux acteurs (1701).

La reine d'Espagne passa à Montpellier le 26 octobre 1702. On lui offrit cinq corbeilles remplies de sultans parfumés, tous en broderie d*or et d'argent, et quantité de fioles de différentes essences, dont la reine parut très satisfaite.

Quelque temps après, le loi d'Espagne, avec une longue suite de charrettes, de charriots, de fourgons et de mulets, chargés des équipages du roi et de son trésor, qu'on disait s'élever à cinq ou six millions, arriva suivi de plusieurs calè^-hes et carrosses où se trouvaient les officiers de sa maison. Dans l'après-midi il se rendit au bois de Grammont, où il tua quelques lapins et pigeons. Le lendemain, suivi de ses gardes et de quelques carrosses, il alla à cheval jusqu'à Lavérune, où l'évéque lui offrit une collation en viande Le roi joua au mail et tira ensuite aux pigeons. Après le souper, le roi ayant demandé des cartes, il ne s'en trouva point dans le château; on envoya un garde à toute bride pour en

sous LE RHGNE DK LOUIS XIV (1705)

chercher en ville; mais, comme il était déjà dix heures du soir, il revint à Montpellier, d'où il partit le lendemain pour Pézenas.

Les religionnaires ayant repris les armes, la guerre recommença dans le pays. Les consuls des villages fournirent des listes ; on en embarqua douze cents sur le canal du Lez, pour aller servir sur les galères d'Espagne ou être envoyés à Terre-Neuve.

Le 4 janvier 1704, se tint, à Montpellier, un conseil de guerre, où furent décidées l'extermination des religionnaires et les mesures à prendre à cet effet.

Par un édit de 1704, le roi rendit héréditaires trois des charges de consul. Le premier paya trente mille livres, le troisième dix-huit mille, et le cinquième six mille. Les deux autres charges furent électives.

Cette même année fut créée, à Montpellier, la Chambre de Commerce, pour éclairer le pouvoir central sur les besoins généraux de la contrée. Elle était présidée par l'Intendant et composée du prieur, des deux consuls de la Bourse commune des Marchands, de quatre négociants élus et de tous les négociants nobles qui en étaient membres de droit.

En 1707, la ville sa vit dans la nécessité d'acheter les nouvelles charges des maires alternatifs ou triennaux, avec faculté d'entrer aux Etats, et de lieutenant de maire, pour le prix de cinquante-cinq mille livres. La ville était alors endettée pour plus de quinze cents mille livres.

En 1704, un nommé Julien, qui se tenait à Genève pour recevoir l'argent des cours étrangères, fut attiré par des gens envoyés par de Basville à Genève, dans un petit village des environs, appartenant à la France. Arrêté et conduit à Montpellier, il fut condamné à être pendu.

En 1703, deux chefs des Cévenols ayant été livrés par trahison, l'un d'eux fut tué ; l autre, un prédicant, nommé Castanet, pris vivant, fat conduit à Montpellier, portant à la main la tête de son compa-

MONTPELLIFR

gnon. Mis sur la roue, le 26 mars, il eut les quatre membres brisés, et il fallut l'achever après de longues heures de souffrances, pendant lesquelles sa fermeté ne se démentit pas. Ses complices, Vignes et Teyrat, furent condamnés à être pendus.

Des lettres patentes de 1706 autorisèrent l'établissement de la Société des Sciences.

L'hiver de 1709 causa les plus grands désastres dans le pays. Toutes les rivières furent gelées, et le froid fit périr les oliviers, les figuiers, etc. La ville se vit dans la nécessité d'emprunter cinquante mille livres pour acheter du blé dans les lieux où il était possible d'en trouver.

Le 24 juillet 1710, on aperçut, au-delà de Maguelone, une flotte anglaise, comprenant vingt-cinq vaisseaux de ligne et un plus grand nombre d'autres bâtiments. M. de Basville, était occupé, avec les officiers du Présidial, à instruire le procès de deux religionnaires pris dans une assemblée proche d'Alais. « Il crut (pour témoigner de sa fermeté) devoir faire exécuter, ce jour-là même, ces deux malheureux au plus haut de l'Esplanade, d'où ils pouvoient découvrir la flotte et être aperçus eux-mêmes des vaisseaux ennemis. » La flotte anglaise suivit la côte jusqu'à Cette ; elle se rendit maîtresse de cette ville et d'Agde.

Un arrêt du Conseil (1714) proscrivait les toiles peintes dites indiennes, avec injonction de les ôter à toutes les personnes qui s'en trouveraient vêtues. On usa, envers les femmes qu'on trouva revêtues de ces étoffes, de procédés qui faillirent occasionner une émeute. Elles disaient hautement qu'on aurait mieux fait de défendre les étoffes d'or et d'argent que ces sortes de toiles dont elles pouvaient se parer à bon compte ; encore moins devait-on les leur ôter sur le corps, tandis qu'elles n'avaient pas de quoi acheter d'autres étoffes.

sous LE RÈGNE DE LOUIS XIV (1715)

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