EN 1791 ET
Cérémonies de la pose de la première pierre de la colonne de la Liberté et de la Concorde (3 janvier). — Les femmes cherchent à empêcher le curé de Sainte-Anne de prêter serment à la Constitution. — Serment civique des prêtres. — Pouderous, curé de Saint-Pons, est nommé évêque constitutionnel. — Elections des curés. — Troubles. — Fermetures d'églises. — Serment de fidélité à la Nation. — Sociétés du pouvoir exécutif et du contrepouvoir. — Rixes. — ■ Elections pour la nomination des députés à l'Assemblée nationale. — Inauguration de la colonne de la Liberté (15 septembre). — Renouvellement de la moitié des membres de la municipalité. — Rixes suivies de mort. — Troubles. — Instruction publique. — Destruction de tous les insignes de la royauté. — Election pour la Convention (2 octobre 1792). Noms des conventionnels élus. — Bataillons volontaires. — Envoi d'un bataillon à Paris. — Fargeôn inaugure les registres de l'Etat-civil. — Arbre de la Liberté,
Il avait été décidé que l'on élèverait, au milieu de la grande allée de l'Esplanade, une colonne à la Liberté et à la Concorde. Le 3 janvier fut posée la première pierre. Dans un bocal en verre on renferma des médailles de l'époque, ainsi qu'un parchemin portant cette inscription : « Le lundi 3 janvier 1791,
Montpellier
l'an III de la Liberté, a été posée la première pierre de ce monument patriotique, voté à la Concorde et à la Liberté, par la Société des Amis de la Constitution et de l'Egalité, et élevé, aux frais des souscripteurs pris dans son- sein, en mémoire de l'heureuse Révolution qui rend à la Nation ses droits et donne à la monarchie française une constitution sage, et de l'étroite alliance entre notre garde nationale, le patriote régiment de Bourgogne et la dite société. La cérémonie a été faite par M. Durand, maire, à la tête du conseil général de la commune, prié par la Société, en présence de MM. les administrateurs du Directoire du département et du district, et des juges du tribunal du district, les étudiants en médecine et en chirurgie, de nos frères de la Légion de Montpellier et du régiment de Bourgogne, des membres de la Société et d'une foule de citoyens libres et heureux. Si jamais ce monument devient la proie du temps, puisse cette inscription engager nos neveux à le reconstruire, et puisse-t-elle couvrir d'opprobre ceux qui tenteraient de l'anéantir ! »
Le 23 janvier, des femmes cherchèrent à empêcher le curé de Sainte-Anne de prêter serment à la Constitution. Un grand nombre de prêtres se refusèrent à lire dans les églises la Constitution civile du clergé. Le maire et les officiers municipaux se virent obligés d'aller faire eux-mêmes cette lecture dans les églists, et, dans celle de Sainte-Anne, ils furent insultés par une femme.
Le 20 février, 80 prêtres prêtèrent le serment civique dans l'église de Notre-Dames des Tables.
Le 28 du même mois eut lieu dans l'église Saint-Pierre l'élection de ré\'êque du diocèse ; Pouderous, curé de Saint-Pons, fut élu par 210 voix sur 274 votants. Le 6 mars suivant, furent nommés, à l'élection, les curés de Montpellier et de Celleneuve.
Toutes ces élections ne furent point sans causer quelques troubles, suivis de manifestations. Le 8 avril,
un prêtre assermenté fut dépouillé de ses ornements au moment où il montait à l'autel. On afficha à la porte de l'évéque Pondérons, dès son retour de Paris, où il était allé se faire sacrer, un placard injurieux sur lequel il était représenté pendu !
Ces désordres religieux, qui se produisaient même pendant les convois funèbres, amenèrent le Directoire du département à fermer plusieurs églises et à décider que celles qui ne seraient pas jugées nécessaires seraient vendues.
Le second anniversaire du 14 Juillet ramena la célébration des cérémonies religieuses et le renouvellement du serment de fidélité à la Nation et à la Loi. De nombreux repas patriotiques eurent lieu devant les portes des maisons.
Il s'était formé une Société patriotique qui, sous le prétexte de concourir à l'exécution de la loi, dégénéra en violences. Des hommes qui déshonorent tous les partis politiques s'y étaient introduits, et, armés de bâtons et de nerfs de bœuf, exercèrent des vengeances particulières. Les habitants désignèrent cette Société sous le nom de Pouvoir exécutif.
D'autres personnes, afm de résister à ces abus, créèrent une autre société qui prit le nom de Contrepouvoir. 11 en résulta des rixes sanglantes. Le 25 août, ceux du Contre-pouvoir, surpris en réunion, lurent arrêtés, puis jugés et les chefs condamnés à la prison et à l'amende.
Les élections pour la nomination des 9 députés de l'Hérault à l'Assemblée nationale commencèrent le i^^ septembre. Les électeurs présents étaient au nombre de 439. Joseph Cambon fils et Bonnier d'Alco furent élus députés et, avec eux, Brun, maire de Pézenas, Ronger, maire de Béziers, Curée, de Saint-André, H. Reboul, de Pézénas, Séranne, de Cette, Viennet, de Béziers, Bousquet, négociant à Agde.
Le 15 septembre eut lieu, au Champ de Mars, la
cérémonie de l'inauguration de la Colonne, dont la première pierre avait été posée le 3 janvier. Elle avait 22"'. 43 de hauteur, y compris la statue de la Liberté^ haute de 4 mètres. Sur une des faces du piédestal se trouvait la déclaration des Droits de l'Homme ; sur une autre les noms des grands hommes ; la troisième portait la pierre envoyée dans chaque département, après la prise de la Bastille ; et sur la quatrième était encastrée une plaque ovale de marbre noir, où on avait gravé, en lettres d'or, l'inscription suivante :
« La Constitution française, commencée le 17 juin 1789, finie le 3 septembre 1791, acceptée et signée par le roi, le 14 du même mois, a été proclamée, à Montpellier, par le corps municipal le 2 octobre suivant, troisième année de la Liberté. »
Ce monument fut détruit en 18 [4. Des fragments de l'inscription sont aux Archives municipales de Montpellier.
Les élections pour le renouvellement annuel de la moitié de la municipalité commencèrent le 13 novembre. Dans les sections électorales les deux partis se trouvèrent en présence. Des paroles injurieuses on en vint aux coups; le sang coula; cinq personnes furent tuées et cinq ou six autres blessées. La municipalité fit procéder au désarmement de ceux qui étaient suspects et qui s'étaient montrés comme adversaires de la Constitution. Durand, maire, fut réélu.
Durant le mois d'août des troubles avaient eu lieu dans plusieurs villages du département. A Montpellier deux officiers furent assassinés. On poursuivit les meurtriers qui étaient étrangers à la ville et on les condamna à la peine de mort.
On concentra à Montpellier toutes les gardes nationales du district. On détruisit, dans les églises et sur tous les monuments, tout ce qui rappelait la royauté et la religion. On enleva la grande inscrip-
PENDANT LA RÉVOlJJTlON EN 1793
tion de l'Arc-de-Triomphe du Peyrou, et l'on décida que la statue de Louis XIV serait descendue, l'inscription détruite et les armoiries de la ville abolies (30 août).
Les élections pour la Convention commencèrent le 20 août 1792. Tout citoyen âgé de 21 ans, n'étant pas en état de domesticité et ayant prêté le serment civique était électeur ; tout citoyen âgé de 25 ans était éligible.
Les députés nommés à la Convention furent : Cambacérès, président du tribunal civil, Fabre, président de l'administration du distrit, Cambon fils, Bonnier d'Alco, Curée, Viennet, Rouger, Brunet, Pierre Castilhon.
La plupart d'entre eux allaieut immortaliser leur nom pendant la période révolutionnaire.
La Convention avait ordonné de former des bataillons de volontaires dans les départements, mais il fallait les équiper et les armer. Avec le métal provenant des vieux canons, de la fonte de plusieurs cloches et de la statue de Louis XIV, on se procura treize pièces de campagne et les accessoires nécessaires.
Le Conseil du département envoya à Paris, sous les ordres de la Convention, un bataillon de 600 hommes, dont 30 canonniers avec deux pièces de canon, prêtées par la municipalité. La commune fournit pour ce bataillon 71 soldats (8 janvier).
Le procureur syndic de la commune, Fargeon, inaugura, le 27 octobre, les registres de FEtat-civil, en présentant au bureau de l Etat-civil son propre enfant et en se félicitant d'être le premier à donner l'exemple de la soumission à cette grande et utile réforme.
Le même jour, fut planté au Pont-Juvénal le premier arbre de la Liberté.
MONTPELLIER PENDANT LA RÉVOLUTION