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EN 1793 ET

Le représentant Boisset réorganise la municipalité. — Fêtes pour la reprise de Toulon. — Exécution à Paris de Durand, ancien maire de Montpellier (12 janvier). — Condamnation à mort d'un prêtre (15 mars). — Affaires des Galettes. — Condamnation à mort de plusieurs prêtres (avril). — Cérémonie funèbre eu l'honneur de Fabre, de l'Hérault. — Souscription pour l'armement d'un vaisseau. — Exécution du poète Roucher (juillet).

L'arrivée dans l'Hérault du commissaire Boisset, délégué par la Convention, apporte un changement dans les pouvoirs publics. Le 23 octobre, il cassa la municipalité, en nomma une autre avec Gas jeune pour maire.

On éprouva à Montpellier une grande joie à la nouvelle de la prise de Toulon. Pendant un mois on se prépara à célébrer ce grand événement par une fête éclatante. Boisset y avait tout particulièrement invité les citoyennes, leur disant « qu'elles avaient reçu de la nature les grâces de la beauté qui font l'ornement des triomphes, et, que, chez tous les peuples libres, leur sexe avait toujours été chargé d'embellir les fêtes et de donner le prix à la valeur. » Tout fut figuré à cette cérémonie : Agriculture, marine, travail, liberté de la presse. Une belle et jeune femme, Julie, dite la Juive, ornée de vêtements simples et majestueux, y représentait l'image vivante de la Raison. Quarante femmes, vêtues à la romaine, embellissaient son cortège. La statue de l'Egalité, tenant dans ses mains une équerre, suivait celle de la Raison. Puis venait l'image de la Liberté avec tous

ses emblèmes. Un char de triomphe portait des soldats blessés, et un char funéraire, couvert de lauriers et de cyprès, fermait la marche. Après un discours prononcé par Pressoir Villaret, on offrit aux jeunes époux, unis en ce jour de fête, un repas où le reprétant Boisset voulut les servir lui-même.

L'année 1793 n'avait pas occasionné à Montpellier de grands mouvements populaires; celle qui allait suivre devait laisser dans notre région de tristes souvenirs. Les exécutions sanglantes qui eurent lieu à Montpellier furent ordonnées plutôt comme exemple que comme vengeances personnelles ou politiques .

Le 28 juin 1793, Durand, maire, Fabreguettes et Annequin Cadet, avaient été arrêtés. Fabreguettes et Annequin s'échappèrent. Quant à Durand, conduit à Paris, il fut incarcéré à la Force. Prévenu d'avoir été un des principaux moteurs et coopérateurs des mouvements contre-révolutionnaires fédéralistes, il fut convaincu d'avoir conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la République et d'avoir attenté à la tranquilité et à la sûreté du peuple français ; il fut condamné à mort, exécuté le 23 nivôse (12 janvier 1794. Il était âgé de 33 ans.

Le 15 ventôse, un prêtre condamné à la déportation, nommé J. Michel, fut surpris disant la messe. Il fut condamné à la peine de mort. Grâce à l'intervention de l'accusateur public, Pagès, les demoiselles Devèze, chez lesquelles le réfractaire avait trouvé asile et officiait clandestinement, ainsi que les femmes qui assistaient à cette messe, échappèrent à la condamnation capitale.

Plusieurs boulangers fabriquaient secrètement des galettes pour le compte des particuliers. On vit là une infraction aux décrets qui défendaient, sous peine de mort, d'enfouir et de laisser dépérir du blé et des farines. Surpris, ils furent arrêtés. Le comité de surveillance de la commune délibéra et arrêta « que

racciisateur public sera invité à prendre toutes les mesures nécessaires que la loi dicte, pour faire tomber sans retard sous le fer vengeur des lois, la tête criminelle de ceux qui ont, en contravention à la loi, caché des subsistances pour en priver le peuple, et qui, d'ailleurs, par leurs principes, méritent la peine que doit subir tout ennemi de la Révolution. »

Sur la demande de la Société populaire et sur la proposition du président Gas, le tribunal, reconnaissant qu'il importait que cette affaire fût connue du plus grand nombre possible de citoyens, arrêta que « pour le jugement de cette accusation, il se transporterait dans la salle de spectacle, laquelle, par les soins du greffier et avec le concours du bureau municipal, devait être disposée à cet effet. »

En conséquence, le 18 germinal, les membres du Tribunal, réunis d'abord au palais, avec les jurés, les accusés, les défenseurs et les témoins, se rendirent à la salle de spectacle, escortés d'une force armée considérable et tambours en tête.

Les débats durèrent bien avant dans la nuit. D'après la loi du 26 juin 1793, les jurés devaient opiner à haute voix et en public. L'un d'eux, Ferren (i), se déclara en faveur des accusés, alléguant que «les galettes fabriquées n'auraient pu suffire pour nourrir un quart de l'avant-garde de l'armée espagnole. » 11 y avait dans ces paroles plus de courage que de vérité.

Le jugement condamna à la peine de mort, avec confiscation de le'urs biens : Ehsabeth Coste, la veuve Ballard, Lazuttes et Rolland ; à la détention : Gallié, Moinier et Touchy ; et déclara acquittés : Gauthier, Delville, Joseph Ballard et la citoyenne Gérard,

(i^l Nicolas-André Ferren, repasseur de chapeaux, très exalté, très honnête, très pauvre en même temps, était l'orateur populaire des fêtes oécadaires. Préposé à la surveillance de la mouture des grains servant à la nourriture commune, il bornait ses repas à un oignon et un morceau de pain pour épargner, disait-il, l'argent du peuple*

x\iidré Azéma, le dénonciateur, demanda la récompense que la loi lui accordait et reçut mille francs à prendre sur les biens des quatre condamnés.

Dans les premiers jours de floréal, le même tribunal condamna à la peine capitale : Salles, curé de Taussac, soumis à la déportation, chez qui on avait trouvé un testament de Louis XVI ; un prêtre de Draguignan, réfugié à Montpellier sous un déguisement ; Massilian, ancien aumônier du Bon Pasteur ; Bernadou, prêtre, de Montpellier, ainsi que la femme Bousquet qui l'avait recélé ; Galabert, ancien cordelier ; enfin l'abbé Avignon.

Dans l'église de Saint-Pierre, alors temple de la Raison, on célébra, le 20 floréal, une cérémonie funèbre en l'honneur de Fabre, représentant du département, mort gleurieusement à l'armée des Pyrénées-Orientales, le 23 nivôse an i^"", à la prise de Collioure par les Espagnols, en défendant le passage d'un pont. Lorsque la Convention lui décerna les honneurs du Panthéon, Robespierre dit de lui : « La République a à regretter un de ses plus dignes représentants, le peuple un de ses plus glorieux défenseurs et la Montagne un de ses membres les plus courageux. » La Convention entière applaudit à cet éloge mérité.

Une souscription ouverte, le 15 floréal, dans la commune de Montpellier, pour la construction et l'armement d'un vaisseau, s'éleva, en peu de jours, à 172,828 fr. Ce vaisseau devait s'appeler d'abord Y Hérault^ puis le Départemmt de V Hérault, enfin le Sans-Culotte de V Hérault.

La condamnation et l'exécution du poète montpelliérain Roucher précédèrent de quelques jours la chute de Robespierre, à laquelle contribua le député Cambon.

MONTPELLIER PENDANT LA RÉVOLUTION

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