LES DAMES DE MONTPELLIER
Légendes. — Font Putanelle. — Règlement sur leur costume au moyen âge et au xYiii" siècle. — Leur dévouement. — Leur patriotisme. — Héroïsme de Francèse dite Constance de Cézelly. — Leur courage pendant les sièges. — Sédition des partisans. — Les Dames du Dimècre. — Séjour de Charles VI. — Passage de l'archiduc Philippe, père de Charles-Quint. — Acte de galanterie du duc d'Ossonne. — Beauté de Catherine de Gaut. — Séjour du fils du roi de Danemarck. — Epoque révolutionnaire. — Dévouement de la femme Bousquet. — Affaire des Galettes. — Fêtes en souvenir de la prise de Toulon — Fête de la Liberté, an IV. — Les portraits des plus belles dames de la ville de Montpellier. — Portraits des griséttes. — Leur beauté d'après les poètes, les voyageurs, les historiens.
Il n'est point de cité dont le nom ait une origine plus agréable et dont la légende se prête mieux à rappeler le souvenir des jeunes filles de Montpellier, alors qu'elles allaient s'ébattre sur le Mous Puellarum (montagne des jeunes filles), emplacement actuel de la promenade du Peyrou.
Une autre légende dit qu'une jeune fille, rayonnante de beauté et de gloire, apparut au Comte de Maguelone et qu'à l'endroit même où avait eu lieu cette apparition, il jeta les fondements d'une ville qui fut Montpellier.
La critique historique a détruit ces légendes,, mais
MONTPELLER
la première n'en est pas moins restée vivante dans le souvenir des habitants.
11 est, d'ailleurs, souvent question des jeunes filles • dans les annales de notre cité. La Font Putanella n'indique-t-elle pas un lieu où elles se donnaient rendez-vous, et ce nom n'est-il pas d'une origine plus ancienne que l'époque où Jacques-Cœur fit réparer cette fontaine?
Au moyen âge on fut bien sévère au sujet de leur costume et l'on ne s'explique pas la sévérité des consuls à leur égard. Nos aïeules durent être très coquettes et très dépensières pour s'attirer ainsi les foudres de l'Eglise, par des règlements approuvés par le pape et sanctionnés de l'excommunication :
« Aucune femme n'a le dro t de porter des perles ou dès pierreries, si ce n'est aux bourses et ceintures déjà faites et aux anneaux pour les doigts ; aucune broderie de peau ou de drap fin aux habits, ni autour des pieds ; aucuns vêtements ni capuces ou aux habits aucune sorte de boutons dorés ou ouvrés ; mais seulement des boutons plats et blancs. Pas de manteaux ouverts par côté, parce que les femmes ainsi vêtues semblaient être des hommes, mais des manteaux ouverts par devant; pas de houppelandes, pas de manches pendantes ayant plus de trois doigts de large. — Défense aux hommes comme aux femmes, de mettre au pendant des manches aucune peau en fourrure d'hermine ; de porter des habits plus courts que le dessous du genou, ni aucun habit de soie, ni aux souliers d'été ou bottines, les pointes dites poulaines. — Ordre à chacun d'aller suivant son état et la condition de sa famille. — Défense à tous pelissiers, sabotiers, sartres (tailleurs), juponniers, argentiers et autres, de fabriquer des ornements et objets de luxe pour les habitants de la ville. >/
On ne s'explique guère l'arrêt des consuls, de l'année 17 14, qui défendait de porter des toiles peintes